Mise à jour 10h00: Platini entendu

Michel Platini sera entendu par la Commission d'éthique de la Fifa «fort probablement entre le 16 et le 18 décembre», a-t-on appris vendredi d'une source proche de la Fifa.

Michel Platini sera entendu par la Chambre de jugement de la Commission d'éthique alors que la chambre d'instruction a requis fin novembre à son encontre, selon son avocat, une suspension à vie pour un paiement controversé de 1,8 million d'euros reçu en 2011 de Joseph Blatter, président aujourd'hui démissionnaire de la Fifa.

Platini et Blatter «ont demandé à être entendus, ce qui leur sera accordé. Michel Platini sera entendu fort probablement entre le 16 et le 18 décembre», a indiqué à l'AFP une source proche de la Fifa. (AFP)


 Encore une dure journée pour les membres du comité exécutif de la FIFA. Réuni depuis mercredi à Zurich pour entendre le rapport du comité de réformes conduit par François Carrard, le gouvernement du football mondial s’est compté deux de moins jeudi matin à l’appel de Diane. A l’aube, selon un scénario désormais bien rodé, la police zurichoise a débarqué à l’hôtel Baur au Lac pour réveiller brutalement Juan Angel Napout, Paraguayen, président de la Confédération sud-américaine (Conmebol), et Alfredo Hawit Banegas, Hondurien, président de la Confédération des Amériques du Nord et centrale et des Caraïbes (Concacaf).

Réclamés par la procureure générale américaine Loretta Lynch, ces cadres haut placés auraient accepté des pots-de-vin de plusieurs millions. Les deux prévenus se sont opposés à leur extradition vers les Etats-Unis. Dans les chambres avoisinantes du palace, ceux qui ont le sommeil fragile ont cru revivre le cauchemar du 27 mai 2015, lorsqu’un vaste coup de filet mené par les justices suisse et (surtout) américaine permit l’arrestation de 14 personnes, dont 9 membres actuels ou passés de la FIFA. A la suite de ce scandale, Alfredo Hawit avait été promu vice-président en remplacement de Jeffrey Web (arrêté le 27 mai), qui avait lui-même succédé à Jack Warner, également tombé depuis.

La FIFA continue de collaborer pleinement aux enquêtes en cours. C'est tout ce que nous pouvons dire en ce moment

Juan Angel Napout, lui, était vice-président de la FIFA depuis un an. Ses deux prédécesseurs à la Conmebol, l’Uruguayen Eugenio Figueredo et son compatriote Nicolas Leoz, sont aussi impliqués dans le Fifagate. Figueredo, arrêté le 27 mai, attend son extradition vers l’Uruguay ou les Etats-Unis (il préfère la première option), alors que Leoz est en résidence surveillée à Asunción. Jeudi matin, la FIFA, comme la ville de Zurich, étaient dans le brouillard le plus complet et, en grimpant vers la colline du Sonnenberg, remontaient les paroles de l’ex-candidat à la présidence Zico, lequel, après avoir longtemps pensé que les hommes avaient souillé la FIFA, en était venu à se demander si ce n’était pas la FIFA qui pourrissait les hommes.

C’est dans ce contexte particulièrement chargé que François Carrard et Issa Hayatou se sont présentés devant la presse. L’avocat lausannois et le président par intérim de la FIFA venaient détailler les propositions de réformes que le groupe conduit par le premier avait formulées et que le comité exécutif présidé par le second avait acceptées. «A l’unanimité», ne manquèrent-ils pas de souligner. Mais à la FIFA, l’unanimité est toujours un peu suspecte…

«Début d’un changement 
de culture»

Hayatou (69 ans) marche d’un pas lourd. Malade, il ménage ses efforts et s’épargne de commenter les affaires du jour. «La FIFA continue de collaborer pleinement aux enquêtes en cours. C’est tout ce que nous pouvons dire en ce moment. De notre point de vue, ce qui s’est passé confirme le besoin urgent de réformes.» Le Camerounais annonce «le début d’un changement de culture», mais rappelle que ces propositions «devront être soumises à l’approbation du congrès de la FIFA le 26 février prochain.»

Moins jeune (77 ans) mais plus alerte et totalement dans son élément, François Carrard déploie l’arsenal de recommandations retenues. Elles s’articulent autour de trois axes: des dirigeants plus exemplaires, une organisation plus professionnelle, une représentativité plus grande. Dans le détail, le groupe Carrard préconise de réformer le comité exécutif. «Il faut séparer la fonction décisionnelle, l’apanage du président et du nouveau «conseil de la FIFA», de la fonction opérationnelle, du ressort du secrétariat général. Le secrétariat général rapporterait au conseil mais aussi à un comité d’audit et de surveillance.»

La composition du comité exécutif doit également évoluer. De 26 membres cooptés par le comité exécutif et siégeant jusqu’à ce que mort ou scandale s’ensuive, Me Carrard propose une assemblée de 36 membres, dont au minimum six femmes (une par confédération), élu(e)s par les confé­dérations pour trois mandats de quatre ans maximum (y compris pour le président). Chaque membre de la FIFA devra passer un test d’intégrité mené par un «comité indépendant».

Autre mesure spectaculaire: la limitation du nombre de commissions permanentes. Véritables marottes de Sepp Blatter (à chaque scandale, il créait une nouvelle commission), on en dénombre 26. «Neuf seraient suffisant», estime François Carrard. Les flux financiers devraient être mieux contrôlés. «Il doit y avoir aussi un nombre minimum de membres indépendants dans les commissions de Finance, Développement et Comité de gouvernance», souligne le Vaudois. Enfin, il faut que la FIFA intègre davantage les «parties prenantes» du football (clubs, ligues, joueurs) et s’engage à mieux faire respecter les droits de l’homme.

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Ce catalogue de bonnes intentions est louable mais il pose question. L’introduction d’une limite d’âge n’est pas mentionnée. «Elle serait discriminatoire, estime François Carrard. La limitation des mandats pourvoira au nécessaire roulement.» Le comité exécutif reste fermé aux acteurs du football: joueurs, clubs, ligues, sponsors. «Non, mais le comité exécutif se coordonnera avec ce groupe, notamment les partenaires financiers.» Si la place faite aux femmes est positive («Les femmes représentent le plus fort potentiel de développement du football», souligne l’Australienne Moya Dodd, rare femme de l’actuel comité exécutif), rien ne prouve qu’elles seront plus honnêtes que les hommes. Rien ne garantit non plus que les commissions et organes de contrôle ne continueront pas d’être des instruments au service d’intérêts particuliers.

Rien ne dit enfin que ces propositions seront votées le 26 février par le congrès de la FIFA. En conclusion de sa présentation, François Carrard traça un parallèle avec un train qui s’ébrouerait et quitterait la gare. Son prochain arrêt, le 26 février, sera-t-il un terminus? En 2013, des propositions identiques émises par Mark Pieth, professeur à l’Institut pour la gouvernance de Bâle, avaient été balayées. Il est vrai que depuis, 16 des 26 membres du comité exécutif ont été bannis, suspendus, radiés ou emprisonnés. Et que les réveils sont devenus parfois brutaux, à l’aube, dans les palaces zurichois.