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Hatem Ben Arfa de Nice (à gauche) joue contre le défenseur lyonnais Samuel Umtiti (à droite) lors du match de Ligue 1 du 15 avril 2016.
© PHILIPPE DESMAZES

Football

Au Parc OL, un fauteuil pour quatre

Vendredi 15 avril, le match Lyon-Nice réunissait Hatem Ben Arfa, Mathieu Valbuena, Nabil Fekir et Alexandre Lacazette. Les quatre prétendants à la dernière place offensive en équipe de France pour l’Euro

«Ah oui, tiens, c’est vrai, on ne parle que de ça en France mais on n’y avait pas pensé.» Dans les sous-sols du superbe Parc OL, le nouveau stade de l’Olympique Lyonnais à Décines-Charpieu, Vincent Duluc, le leader de la rubrique football de L’Equipe, justifie le voyage depuis la Suisse. Le match Lyon-Nice vendredi 15 avril (1-1) mettait aux prises les quatre candidats à la dernière place offensive dans la liste des 23 joueurs français sélectionnés pour l’Euro: le Niçois Hatem Ben Arfa et les Lyonnais Alexandre Lacazette, Mathieu Valbuena et Nabil Fekir. «On pourrait ajouter Frank Ribéry dans la course mais il part de beaucoup plus loin», ajoute Vincent Duluc. Oublions Ribéry.

Depuis 1998, la méthode Aimé Jacquet fait jurisprudence: les sélectionneurs convoquent 25 à 28 joueurs au dernier stage, réduisent au dernier moment leur liste aux 23 noms réglementaires, sacrifient les potentiels fauteurs de trouble (Cantona, Yakin, Benzema) et doublent les postes. Huit défenseurs, six milieux, six attaquants. Partant du principe que la France de Deschamps joue en 4-3-3 et que, même au pays du «carré magique», n’importe quel joueur capable de dribbler ou de marquer est désormais catalogué «attaquant», les six places à prendre devant semblent déjà réservées, à Antoine Griezmann, Olivier Giroud, André-Pierre Gignac, Anthony Martial, Dimitri Payet et Kingsley Coman.

Cela laisse sur le carreau une demi-douzaine de joueurs (Ribéry, Benzema, Nasri, Dembelé, Gameiro et même le Bernois Hoarau) qui, tous, seraient titulaires en équipe de Suisse. Le potentiel des Bleus penchant très nettement vers l’avant, Didier Deschamps cherche un latéral pouvant jouer en défense centrale (Jérémy Mathieu?) afin de ne retenir que sept défenseurs et d’offrir une place de plus en attaque. C’est pour ce strapontin à l’Euro tout autant qu’une place en Ligue des champions que Ben Arfa, Valbuena, Lacazette et Fekir ont tenté de briller vendredi soir.

Côté lyonnais, seul Alexandre Lacazette (24 ans, 10 sélections) était aligné au coup d’envoi. Moins coté que ses rivaux, le Guadeloupéen est pourtant le buteur français le plus efficace depuis deux ans: 27 buts la saison dernière (meilleur buteur de Ligue 1), 17 cette saison, dont 11 en 2016. «Alexandre montre qu’il est régulier», souligne son entraîneur Bruno Genesio. C’est Lacazette qui égalisa en fin de match, reprenant un coup-franc de Mathieu Valbuena repoussé par la barre transversale. Les deux hommes s’étaient âprement disputé le droit de tirer cette balle arrêtée. Remplaçant à l’OL, déstabilisé par «l’affaire de la sextape», Mathieu Valbuena (31 ans, 52 sélections) sait depuis l’éviction de Karim Benzema qu’il ne peut espérer aucun traitement de faveur de la part de Didier Deschamps et qu’il se doit de saisir chaque occasion de briller. Il en a conçu une obsession: être décisif.

Les circonstances (expulsion de l’attaquant Maxwell Cornet, ouverture du score de Nice) le propulsèrent sur la pelouse à la demi-heure de jeu. Il se jeta dans la partie avec une détermination, un courage et un orgueil qui, quoi qu’on en pense, forcent l’admiration. Et si besoin, son président Jean-Michel Aulas est là pour faire du lobbying. «Mathieu n’est plus très loin d’une place de titulaire. Et quand on est titulaire dans le deuxième club de France, on peut prétendre à l’équipe de France.» Les Bleus, Nabil Fekir (22 ans, 5 sélections) y avait fait sa place l’an dernier. Ses appuis très bas et ses crochets courts de gaucher en faisaient un titulaire en puissance jusqu’à une grave blessure à l’automne (rupture des ligaments croisés du genou). Revenu depuis deux matchs, il s’efforce de jouer simple, conscient qu’il n’a pas le «jus» nécessaire pour faire davantage. «Sa forme n’est pas encore optimale», euphémise Bruno Genesio. Ce sera trop juste pour l’Euro, sauf si Deschamps ne le programme que pour les huitièmes de finale. Conscient de ses limites du moment, Fekir semble ne pas y croire et a admis sur beIN Sports qu’à la place du sélectionneur, il choisirait Ben Arfa.

Hatem Ben Arfa. Le plus grand talent du football français depuis Zinedine Zidane a déjà 29 ans mais seulement 15 sélections. Improbable rescapé de la «génération 87» (Benzema, Nasri, Ménez), revenu de quatre ans d’errance à Newcastle et Hull, il éclate enfin cette saison sous le maillot de l’OGC Nice grâce à Claude Puel, entraîneur rigoureux mais offensif, exigeant et compréhensif. Toute la France du football pousse pour sa sélection. Même Jean-Michel Aulas: «C’est un joueur de classe mondiale qui a beaucoup progressé sur le plan de la lucidité et de la maîtrise». Pourtant, pour son retour à Lyon (il y acheva sa formation et y joua de 2004 à 2008), l’ex-enfant prodige eut le tort de vouloir transformer le stade en Parc Hatem. S’il fut tout près d’inscrire deux buts magnifiques, il oublia par trois fois des partenaires mieux placés. «Son jeu est ainsi fait. Ce soir, il a alterné le bon et le moins bon dans un contexte un peu particulier pour lui», plaidait Claude Puel.

Didier Deschamps n’aura sûrement pas apprécié cet excès d’individualisme qui, vendredi, a coûté la victoire à Nice. Mais Ben Arfa, sorte d’avant-centre qui ne va jamais au duel, est peut-être l’attaquant dont le profil se rapproche le plus de celui de Benzema. Alors? Alors Deschamps a l’embarras du choix. La Suisse, son adversaire le 19 juin à Lille, n’a que l’embarras.

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