L'homme serre des mains, discute au gré des rencontres avec les nombreux décideurs et personnalités présents au 15e Sportel, le Congrès mondial du sport et de la télévision, qui s'est tenu la semaine dernière à Monaco. Avec affabilité et discrétion, sans ostentation ni courbettes, Philippe Baudillon, 49 ans, directeur général de la candidature de Paris pour accueillir les Jeux olympiques de l'été 2012, se prête au jeu aléatoire de la chasse aux soutiens.

Ancien patron d'une TV publique internationale, créateur d'une société qui s'occupe de la distribution des droits télévisés des JO en Afrique, il accomplit son travail de relations publiques en respirant l'aisance d'un dirigeant rompu aux contacts humains. En filigrane, l'espoir d'attirer des sympathies envers sa ville – que d'aucuns disent favorite –, en course aux côtés de quatre autres mastodontes (Londres, Madrid, Moscou et New York) jusqu'à la décision de la session du CIO, le 6 juillet 2005 à Singapour.

Le Temps: Quel genre de lobbying pouvez-vous entreprendre lors d'un événement comme le Sportel?

Philippe Baudillon: Le CIO ne veut pas que ses membres soient constamment sollicités ou importunés par les villes candidates. Il définit donc des meetings officiels où elles sont autorisées à nouer des liens. Le Sportel en est un. On y croise beaucoup de gens qui nous intéressent dans notre démarche de campagne de promotion.

– Estimez-vous que les règles strictes adoptées par le CIO depuis la crise de 1999, notamment l'interdiction faite à ses membres de visiter les cités finalistes, sont préjudiciables?

– Je n'ai aucun état d'âme à ce sujet. On postule en vue d'obtenir les Jeux, un modus vivendi nous est imposé et on l'applique à la lettre. C'est tout.

– Comment analysez-vous le sévère échec de Paris au terme de sa précédente candidature pour 2008?

– Lorsqu'on veut réussir ce genre d'opération, il faut un consensus exceptionnel au plan national sur la volonté d'accueillir les JO dans son pays. Concernant 2008, il me sem-ble que ce consensus n'était pas aussi fort que maintenant. Des dissensions internes ont miné le processus.

– Vous avez déjà entamé votre campagne de spots publicitaires à la télévision. Pourquoi si vite?

– Simplement pour tenter de mobiliser les Français autour de notre projet, de faire connaître la marque de fabrique Paris 2012 et son slogan «l'amour des Jeux». Résultat: aujourd'hui, 92% de mes compatriotes savent que nous existons.

– Afin d'accompagner vos spots, vous avez choisi la musique composée par Serge Gainsbourg pour le film Le Pacha, le célèbre Requiem pour un con. Plutôt bizarre, non?

– Cette musique a été retenue parce qu'elle correspond aux images assez décalées des spots, non dénués d'humour. Quant à son titre, il n'y a que les anciens comme vous et moi qui s'en souviennent! Les jeunes, visés en priorité, ne font pas le rapprochement.

– La commission exécutive du CIO a sélectionné quatre villes finalistes européennes et une seule nord-américaine. Cela constitue-t-il un signe clair en vue d'un retour des Jeux vers l'Europe en 2012?

– Il ne m'appartient pas d'en juger. J'observe juste que New York représente une candidature énorme. Même si, c'est vrai, l'Amérique du Nord a déjà reçu les JO d'hiver 2010 via Vancouver. La qualité et la notoriété des finalistes me fascinent davantage. Nous avons vraiment cinq poids lourds en compétition.

– Comment résumeriez-vous la spécificité de Paris 2012?

– Notre philosophie est simple: si les Jeux se déroulent à Paris, ils seront aimés et partagés par l'ensemble des Français. De plus, ils auront lieu «à la maison», le CIO ayant été fondé à Paris. Dans ce contexte, nous avons bâti un dossier technique et politique qui reflète les préoccupations actuelles du Mouvement olympique: organiser des JO magnifiques, mais en essayant de conserver une réalité selon laquelle «le plus grandiose n'est pas forcément le mieux».

– Les points d'orgue, en quelques mots?

– Un village des athlètes de 50 hectares, dont 10 de verdure, en pleine ville, aux Batignoles, qui deviendra par la suite un nouveau quartier parisien; deux noyaux de sites sportifs à dix minutes de trajet du village, qui réuniront 80% des épreuves; et puis, la beauté de Paris en toile de fond.

– Une faiblesse dans ce dossier?

– Oui, un défaut bien français… Il faut rester conscient que nous ne sommes qu'une offre parmi cinq, éviter absolument le complexe de supériorité, voire l'arrogance reprochée à la candidature 2008. Sinon, on gommera nos atouts.

– A propos d'arrogance, que répondez-vous à Sebastian Coe, portefaix de Londres 2012, lequel affirme que personne ne peut organiser de meilleurs Jeux que l'Angleterre?

– Je ne réponds rien, puisque nous n'avons pas le droit de polémiquer! Sincèrement, je crois que le CIO a affaire à cinq villes majeures. Le problème consiste à trouver l'argument choc qui convaincra ses membres de nous élire plutôt qu'une autre.

– Précisément, qu'est-ce que Paris apportera au monde à travers les Jeux 2012?

– L'ensemble des décideurs français veut que ces JO soient un élément de re-développement de plusieurs choses dans notre pays. Non seulement au chapitre des infrastructures, mais surtout dans les mentalités. Les Jeux peuvent servir de catalyseur en ce domaine. Les recevoir fera évoluer ou changer la vision d'avenir d'un peuple entier.

– Après les échecs de 1992 et 2008, vous considérez-vous comme les favoris de la course?

– Pas du tout. Et il ne s'agit nullement d'une humilité de façade. Nous devons créer l'alchimie qui donnera envie au CIO de voter en faveur de Paris. Or, on le sait, cela ne dépend pas uniquement du dossier technique, fût-il le plus mirifique de la terre…