C’est l’histoire d’un club issu d’une fusion en 1970 – Stade Saint-Germain et Paris FC – qui n’a jamais tutoyé les sommets. Deux Championnats et huit Coupes de France, certes, plus une Coupe des vainqueurs de coupe, mais au fond, pas de quoi titiller l’intérêt des investisseurs et des fans hors du sérail. A côté de Berlin et de son chaotique BSC Hertha, Paris a toujours été montré du doigt comme la seule grande capitale européenne sevrée d’une équipe de foot digne de l’Europe.

Depuis la prise de pouvoir, à l’été 2011, par la famille régnante du Qatar via son fonds souverain QSI (Qatar Sports Investments) et son gardien du temple Nasser al-Khelaifi à la présidence – sans omettre le ­directeur sportif brésilien Leonardo, bientôt suivi du coach italien Carlo Ancelotti –, tout a changé. Trop vite pour les titis. Un budget saisonnier soudain gonflé à 150 millions d’euros, les arrivées de Javier Pastore (42 millions, record provisoire pour la Ligue 1), Salvatore Sirigu, Alex, Diego Lugano, Thiago Motta, Jérémy Ménez et consorts; voilà un jackpot qui vous chamboule un train de vie, des habitudes jusqu’alors bien ancrées dans l’aurea mediocritas chère au poète latin Horace… et n’empêchera pas le «petit» Montpellier de décrocher le titre.

Sacrée baffe pour ces Parisiens sauce émiratie, qui visent désormais le toit de la France et de l’Europe. Alors, QSI a encore frappé. 200 millions d’euros supplémentaires pour éponger le déficit de l’exercice, juste avant l’entrée en vigueur du fair-play financier de l’UEFA, qui interdit précisément aux propriétaires de clubs – ou actionnaires majoritaires – de boucher les trous à tout-va. Et, accessoirement, pour boucler un budget 2012-2013 à hauteur de 300 millions. Loin du Real Madrid (un demi-milliard) et du Barça (461 millions), mais proche du Top 10 continental en la matière, soit le quart du total de la L1…

Corollaire, l’entame d’une nouvelle valse des transferts. Thiago Silva (46 millions d’euros pour un défenseur central, nouveau record), Zlatan Ibrahimovic (25 millions), Ezequiel Lavezzi (31), Marco Verratti (15), Maxwell (4,5), Gregory van der Wiel (6), etc. Le PSG devient donc un grand club à l’effectif étoffé? Pas vraiment. Hormis Zlatan (9 goals en 9 matches de Ligue 1, 1 chez les champions) et Thiago Silva, les vedettes piétinent, bien qu’elles aient recollé au leader phocéen. En Ligue des champions, avant de s’en aller affronter le Dynamo Zagreb ce mercredi, le Paris SG a obtenu un succès net contre un autre Dynamo (Kiev, 4-1), puis subi une défaite mortifiante à Porto (1-0 après avoir été archi-dominé). Penauds, les millionnaires rabougris à leur retour de Lusitanie.

Et la polémique de s’élever à tire-d’aile. Parce qu’au Portugal, Ancelotti a choisi de ne pas aligner Pastore en soutien de l’homme de pointe Ibrahimovic, l’Argentin étant en panne d’inspiration depuis le début de la saison. 42 millions assis sur le banc. Mieux que quiconque, l’ex-patron de Pastore, le président de l’US Palerme, Maurizio Zamparini, a fait sauter la banque: «Carlo Ancelotti ne comprend rien au football! Pastore n’est pas un flop, mais un phénomène. C’est Ancelotti qui n’y pige que dalle. Je suis content qu’ils aient perdu en Ligue des champions, ça lui apprendra à faire jouer Nenê derrière l’attaquant nominal, au poste de Pastore.» Propos pleins de verdeur cueillis sur le site Calcissimo.com.

Nenê, le nom du maudit parmi les maudits, est lâché. Le PSG doit beaucoup aux buts et inventions techniques du Brésilien, comme le rappelle Grégory Coupet (ex-gardien des Bleus) dans France Football: «Si Paris dispute la Ligue des champions cette année, c’est en grande partie grâce à Nenê. Il ne faut pas perdre la mémoire. On connaît ses qualités, et à chaque fois qu’il est entré cette saison, il a été bon. Oui, il devrait jouer davantage.» Seulement, le Brésilien quittera le PSG au mercato d’hiver, comme pas mal de ses coéquipiers réduits au rôle de sparring-partners en raison de la prolixité du vestiaire (voir ci-dessous).

D’autant que les boss qataris continuent leurs emplettes compulsives. En janvier débarquera au Parc des Princes un Auriverde nommé Lucas Rodriguez Moura da Silva, Lucas en abrégé. Un milieu offensif (un de plus) de 20 printemps, acquis moyennant 45 millions d’euros auprès du FC São Paulo. Et puis, il y aurait le Japonais Shinji Kagawa (23 ans, demi à Manchester United), lequel apporterait l’immense bonus de faire connaître et vendre la marque PSG en Asie. «Paris est une belle équipe qui va encore grandir ces prochaines saisons», a déjà proclamé le papable, manifestement ouvert à l’idée de rejoindre la Ville-Lumière.

Daniele De Rossi? L’international italien (29 ans) n’est pas officiellement en partance de l’AS Rome, mais… Mais il a resigné jusqu’en 2017 pour un coût TTC, salaire, primes et taxes diverses, de 60 millions d’euros; mais ce montant fait mal aux caisses de la Louve, pas débordantes de sous; mais De Rossi cultive le froid avec son coach Zdenek Zeman. Selon La Gazzetta dello Sport, économiser 60 «briques» et en recevoir au moins 25 du PSG ne déplairait pas au trésorier de la Roma.

Reste, en guise de «Kaffee mit», le cas Ibrahimovic, 31 ans, dont on dit le Paris Saint-Germain hyper-dépendant vu ses performances. Leonardo lui-même en ajoute une couche: «Il est le meilleur au monde dans un registre d’avant-centre pur. Cristiano Ronaldo et Messi sont plus des deuxièmes attaquants.» Mince de compliment! Vincent Guérin, ancien du PSG et des Bleus, dans France Football: «Composer sans Ibrahimovic serait un gros problème pour Ancelotti. Un coup dur. Ce serait pareil au Barça ou au Real si une blessure frappait Messi ou Cristiano Ronaldo. Car, comme «Ibra», ce sont ces joueurs-là qui provoquent les étincelles.» Preuve, par exemple, le récent Allemagne-Suède comptant pour les qualifications au Mondial 2014, avec cette incroyable remontée scandinave de 4-0 à 4-4 orchestrée par Zlatan – 1 but et 2 assists.

Léger hic, ledit «Ibra» vient d’étaler ses sentiments à l’égard de son ancien club chéri, l’AC Milan. «Ils m’aiment bien là-bas, j’y étais très bien, je m’y sentais comme à la maison. S’ils ont besoin de moi, je serai là», a-t-il lâché dans Le Parisien, provoquant cette mise au point aléatoire de Leonardo: «Zlatan s’en ira quand il aura tout gagné avec Paris!» On parie?

Ainsi, le côté obscur de la richesse frappe-t-il le PSG. Le plus étonnant, c’est qu’un type en acier trempé tel Carlo Ancelotti, vainqueur de titres multiples à la tête de grosses cylindrées – AC Milan, Chelsea – ne parvienne pas à gérer ça.

«Composer sans Ibrahimovic seraitun gros problème pour le coach Ancelotti.Un coup dur»