Membre du Comité international olympique (CIO) depuis 35 ans (il est d'ailleurs l'un des derniers à l'être à vie), vice-président de la Commission exécutive du CIO depuis 1993 et président jusqu'à l'été dernier de la Fédération internationale de ski (qu'il a dirigée durant 47 ans avant de céder sa place au Grison Gian Franco Kasper), le Bernois Marc Hodler, 80 ans, a fait exploser une véritable bombe ce week-end en accusant le groupe Fiat d'avoir distribué plusieurs centaines de voitures afin d'obtenir les votes nécessaires à l'obtention par la station italienne de Sestrières (en main de Gianni Agnelli, le patron de la Fiat) des championnats du monde de ski alpin qui s'y sont déroulés en février de l'année dernière.

«Des fédérations nationales telles celles de Suisse, d'Allemagne et d'Autriche ont reçu chacune 120 à 150 voitures Fiat au moment de la campagne en faveur de Sestrières, a lancé Marc Hodler. Nous (n.d.l.r.: la FIS) avons pu remercier Gianni Agnelli de ce geste grâce auquel il contrariait les manipulations d'agents intermédiaires qui promettent des voix en bloc contre de fortes sommes d'argent. Ces intermédiaires travaillent aussi dans le cadre des candidatures olympiques. Leurs exigences portent parfois sur des millions de dollars. J'espère qu'on n'ira pas jusqu'à leur offrir des Ferrari…», a-t-il dit en substance.

L'allusion à la candidature de Turin – adversaire lui aussi de Sion – à l'organisation des JO 2006 n'a échappé à personne. D'autant plus que Marc Hodler, on le sait, «roule» pour le projet sédunois. Dimanche, la presse italienne parlait même de complot. Une accusation dont s'est défendu Jean-Daniel Mudry, directeur général du comité valaisan: «Cela n'a aucun sens. Cette affaire n'est pas un avantage pour nous. D'ailleurs, nous avons rencontré aujourd'hui des responsables turinois et avons convenu de continuer dans le fair-play.»

Questionné samedi soir à Val-d'Isère, le Valaisan Josef Zenhaüsern, directeur de la Fédération suisse de ski (FSS) a nié en bloc les accusations de Marc Hodler: «Il rigole, ou quoi? A la FSS, nous conduisons des Audi depuis un quart de siècle et le contrat nous liant avec ce constructeur allemand vient tout juste d'être reconduit pour trois ans. Maintenant, je ne me prononce pas pour ce qui est des Allemands et des Autrichiens. Une chose est sûre, la Suisse – avec la station de Saint-Moritz (n.d.l.r.: qui accueillera les Mondiaux de ski alpin de 2003) – était candidate contre Sestrières pour 1997. Or, je vois mal Gianni Agnelli offrant des cadeaux à ses adversaires.»

Il n'empêche, les accusations lancées par Marc Hodler ont été relayées, à Val-d'Isère toujours, par le Valaisan Didier Bonvin, entraîneur de l'équipe de France masculine de ski alpin, qui prétend «connaître des éléments qui vont dans le sens des accusations lancées par le vice-président du CIO». «J'ai discuté avec certaines personnes qui ont reconnu avoir voté pour Sestrières après avoir reçu une Lancia (n.d.l.r.: marque appartenant au groupe Fiat) en cadeau», affirme ainsi Didier Bonvin. Sur les ondes de la Radio suisse romande et sur celles de France Info, le Valaisan a déclaré que «certains hauts dirigeants ont reçu des voitures, des Ferrari à l'époque, ainsi que quelques chèques en blanc.»

Une chose est certaine aujourd'hui, les accusations lancées par Marc Hodler – qui a aussi traité au passage l'un des patrons d'«Athènes 2004», ville qui organisera les JO d'été 2004, d'escroc ajoutant que «les Grecs sont manipulés par la mafia» – ont fait un peu partout l'effet d'une bombe. D'autant qu'elles surviennent quelques heures après qu'on eut appris que six membres du CIO, principalement africains, et sept autres personnes (non membres, elles, du prestigieux cénacle) auraient été payés ou auraient obtenu divers avantages afin de voter pour Salt Lake City, ville candidate à l'organisation des Jeux olympiques d'hiver 2002, lors de la session qui s'est déroulée en 1995 à Budapest et au cours de laquelle les Américains l'avaient emporté au détriment notamment de «Sion 2002» (lire LT du 12.12.1998).

Marc Hodler a-t-il raison ou est-il en train de «péter les plombs» comme on l'a entendu dire ce week-end notamment dans les coulisses du CIO ce week-end? Des enquêtes détermineront si Marc Hodler «délire» ou s'il a bel et bien raison. Auquel cas, le monde du sport finira l'année ébranlé une fois encore par des affaires dont il se passerait.

En attendant, le CIO a exprimé sa totale confiance en les dirigeants de Salt Lake City, même si le directeur général du Comité international olympique, le Vaudois François Carrard, estime l'affaire très sérieuse («nous voulons toutefois obtenir des preuves avant d'engager des poursuites»).