C’est un bateau comme on aime les dessiner. Une coque effilée, une grand-voile, un génois et un gennaker. Facile et ludique, il répond aux critères requis pour faire de lui le navire le plus polyvalent possible. Il ne faut cependant pas se fier à son nom, car contrairement à ce qu’on pourrait penser, le mOcean, tel qu’il a été baptisé, est idéal pour naviguer sur les lacs de Suisse.

S’il se doit d’être polyvalent, c’est parce que son usage est destiné au plus grand nombre de personnes. Conçu pour l’association à but non lucratif Sailbox, il participe à la démocratisation de la voile en Suisse. «Avoir un bateau coûte cher, relève Alexa Demander, responsable de la communication de l’association et également mordue de voile. C’est pourquoi nous voulons proposer une alternative et permettre à ceux qui le souhaitent de naviguer librement, sans devoir nécessairement posséder son propre voilier, ni être un sportif de haut niveau.»

Implantation romande

D’abord essentiellement implantée du côté alémanique de la Sarine, la flotte de désormais 34 mOcean – tous identiques jusqu’à la couleur des drisses – vient occuper quelques places dans les ports romands depuis quelques années. Entre Genève, Lausanne et la région des Trois-Lacs, sept embarcations sont à disposition en été, trois en hiver. Leur usage s’apparente à celui aujourd’hui répandu des voitures Mobility. Pour emprunter un mOcean, une inscription à Sailbox et un permis de navigation sont requis. «Cependant, si la personne n’a pas de permis, elle peut intégrer une équipe et apprendre ainsi à naviguer. Dans tous les cas, un cours de formation doit être suivi lors d’une première rencontre», précise Alexa Demander.

Simple d’utilisation pour les débutants mais aussi intéressant pour les plus expérimentés, ce navire de 8 mètres dénué de cabine et destiné à sept personnes maximum offre un gréement moderne sportif et robuste. «Nous avons aussi fait en sorte qu’au moins deux bateaux soient présents par lac afin de répondre à la demande des match races, qui sont des régates entre deux navires identiques.»

Longues listes d’attente

Avant tout, l’offre proposée par Sailbox répond à la difficulté croissante d’acquérir une place dans un port. Toute personne ayant tenté d’en chercher une s’est retrouvée confrontée à une longue liste d’attente lui promettant d’ici à une décennie d’obtenir son sésame. Et ces mêmes personnes se sont aussi sans doute rendu compte de la présence des «bateaux épaves» ancrés au port dans le seul but de garder une place. «La politique de la gestion des places dans les ports est en train de changer, soutient Alexa Demander. A l’avenir, on espère que les communes feront un pas vers la mutualisation des places d’amarrage, comme à Lausanne, qui a changé son règlement afin d’octroyer des places à des organisations de boat sharing pour permettre à un large public d’avoir accès à un voilier et de naviguer à un prix abordable.»

Depuis une année en effet, au port d’Ouchy à Lausanne, 17 bouées sont destinées à la mutualisation à travers Sailbox et deux autres structures: SailCom et le Club Folle Brise. A Lutry, Léman sur mer propose aussi de partager ses bateaux Surprise. L’idée fait son chemin.