Il n'y a pas eu de passe-droit: Pascal Richard n'ira pas à Sydney. Lundi, la Fédération suisse de cyclisme (FCS) a communiqué les noms des cinq sélectionnés suisses pour les épreuves sur route des JO de Sydney. La principale question étant de savoir si Pascal Richard, 36 ans et champion olympique en titre, serait de la partie.

La réponse est tombée comme un couperet. Le Vaudois ne fait pas partie des élus. Wolfram Lindner, le sélectionneur national, a préféré accorder sa confiance à Oscar Camenzind, Laurent Dufaux, Mauro Gianetti, Markus Zberg et Alex Zülle pour la course sur route qui se déroulera le 27 septembre. Les deux derniers seront également alignés dans le contre-la-montre trois jours plus tard.

«Nous avons effectué notre choix sur la base de critères sportifs», explique Walter Leibundgut, directeur de la FCS. Outre les cinq sélectionnés, trois autres coureurs pouvaient prétendre à une sélection. «Beat Zberg relève d'une grave blessure. Il court à nouveau, mais il aurait été risqué de l'engager dans une course de cette importance. Niki Aebersold n'a pas obtenu de grands résultats cette saison, tout comme Pascal Richard.» Pas question de regarder en arrière du côté d'Atlanta. Le fait que le Vaudois ait martelé depuis le début de la saison que Sydney constituait l'ultime objectif de sa carrière avant la retraite sportive n'y a rien changé.

Cinq éléments ont été déterminants: le classement mondial au début de la saison, le même classement à l'heure actuelle, les résultats obtenus jusqu'à présent dans les courses par étapes et d'un jour et… la capacité à s'intégrer dans une équipe. Le choix effectué par Wolfram Lindner respecte la place dans la hiérarchie mondiale des coureurs suisses. Lundi, au dernier pointage, Markus Zberg figurait au 9e rang, Oscar Camenzind, vainqueur du dernier Tour de Suisse, au 36e, Alex Zülle au 67e, Laurent Dufaux au 79e et Mauro Gianetti au 86e. 192e, Pascal Richard n'est que le septième Helvète du classement tenu par l'Union cycliste internationale. Plus subjectif, le dernier critère aurait pu permettre de modifier la logique des chiffres. Mais il faut croire que le sélectionneur est-allemand a préféré accorder sa confiance à Gianetti, coureur d'expérience qu'il apprécie, plutôt que d'accorder crédit à un baroud d'honneur du Vaudois.

Retraite dans un mois

Déçu, Pascal Richard l'est «terriblement». «Je n'ai pas vu un des sélectionneurs sur une course de toute la saison. On parle de critères sportifs, je pense avoir obtenu des résultats supérieurs à la moitié des sélectionnés», a-t-il déclaré à l'agence Sportinformation. Il faut pourtant dire que le champion olympique n'a pas mis tous les atouts de son côté. Tout d'abord en s'engageant dans une équipe de deuxième division, la formation Linda McCartney, ce qui l'a privé des courses de Coupe du monde. Son 13e rang récent au Tour du Danemark, même s'il laissait entrevoir un retour en forme, n'a pas suffi à convaincre la fédération. Ensuite, Pascal Richard, même s'il a été poursuivi par la malchance, n'a peut-être pas accordé suffisamment d'importance au début de saison, convaincu qu'une sélection olympique lui était due. Un mauvais calcul qui ne lui donne plus aucune raison de prolonger une fin de carrière qui rimait avec Sydney: «Encore un mois et je range tout. Définitivement.»

Laurent Dufaux aux anges

Toujours dans le Chablais, Laurent Dufaux ne taisait pas sa joie. Son bonheur, il le connaissait depuis vendredi dernier. «Il est important pour tout athlète de vivre une fois l'ambiance des JO», explique-t-il. Il y a quatre ans à Atlanta, le Vaudois avait été écarté au profit de Rolf Jaermann, alors qu'il était mieux classé que le Suisse alémanique. «Aujourd'hui, la polémique qui soutenait que j'avais refusé de moi-même la sélection est oubliée.»

Prochainement, les sélectionnés se retrouveront à Zurich pour préparer le voyage australien. Laurent Dufaux, qui se rendra à Sydney après avoir couru le Tour d'Espagne, imagine déjà l'épreuve: «Ce sera très tactique. Avec cinq coureurs par nation, il sera très difficile de contrôler la course. La seule solution sera d'être présents dans toutes les échappées. Ensuite, avec de la réussite, chacun a une chance de décrocher le gros lot.» A ce jeu-là, la sélection suisse a des chances de se mettre en évidence. Les résultats des Mondiaux de ces dernières années en témoignent. En 1998, à Valkenburg (Hol), Oscar Camenzind avait décroché l'or et l'année dernière à Vérone (It), Markus Zberg n'avait manqué le titre que d'un boyau. Malgré l'absence de Pascal Richard, l'espoir olympique demeure.