Mais où est passé le trophée?

Rugby La flèche de Guillaume Tell a disparu. Emoi dans l’Ovalie

Samedi 6 juin, Hermance accueillait Genève-Plan-les-Ouates (PLO) pour la finale des play-off du Championnat de Suisse de rugby. Dans sa présentation du match, qui s’annonçait très indécis, la Tribune de Genève ne s’avançait que sur un point: «Seule certitude, le trophée revient à la maison…» Eh bien non! Car si Genève-PLO l’a finalement emporté après prolongation (31-28), le trophée est toujours à Zurich! Quelque part… Perdu ou volé, on ne sait.

Que s’est-il passé? Tout bêtement, le vainqueur de l’an passé, la section rugby de Grasshopper Zurich, ne retrouve pas le trophée qui lui avait été confié pour un an seulement. Le 6 juin, le président de la Fédération suisse de rugby (FSR) a donc débarqué avec une vulgaire coupe de tournoi corpo et deux mots d’explication.

A Genève, les passionnés de rugby fulminent. «C’est lamentable et indélicat, déplore le président d’honneur de Plan-les-Ouates, Jacques Huchon. Ce trophée est une pièce unique, parfois abîmée, parfois rafistolée, mais toujours remise la saison suivante.» «Imagine-t-on Stan Wawrinka ne pas rendre la coupe des Mousquetaires l’an prochain à Roland-Garros?» demande le Lausannois Andrea Regazzoni? En fait, le monde du tennis est plus prudent: Federer ou Wawrinka ne touchent la vraie coupe que pour les photos, ils repartent ensuite avec une copie…

Lui faire vivre des aventures

Mais en rugby, emporter le trophée, lui faire vivre des aventures est une tradition bien ancrée. Récemment, une vidéo postée sur YouTube montrait les joueurs du Stade Français, vainqueur du célèbre bouclier de Brennus, jouer à glisser tête la première contre la fameuse «planche». Moins prestigieux, le trophée de champion de Suisse ne manque pas d’allure. C’est (c’était?) un ballon ovale en bronze transpercé d’une flèche. Surnommé «la flèche de Guillaume Tell», il reposait sur un socle où, année après année, l’on gravait le nom des clubs titrés. Bref, il faut sans doute remonter au vol de la pierre d’Unspunnen par les indépendantistes jurassiens Béliers en 1984 pour retrouver pareil scandale. Sur le groupe Facebook Rugby suisse/résultats et commentaires, un joueur de Plan-les-Ouates explique son attachement au trophée disparu: «Le champion, quel qu’il soit, a forcément sacrifié, transpiré, saigné, aimé, douté, en pensant au moment où il allait pouvoir soulever ce trophée. Conquérir un tel objet est une fierté. Je me bats pour ça et je regrette amèrement de ne pas avoir pu le soulever samedi», écrit joliment Sébastien Fourot.

Moins poétiques, les forums spécialisés se déchaînent. Beaucoup en veulent aux Alémaniques, qui n’ont gagné que deux titres, en 2001 et 2014, ainsi qu’à la FSR, apparemment peu remuée par cette histoire. «Dix jours après, toujours aucune nouvelle de la fédération, même pas un coup de fil pour dire qu’on suit l’affaire», s’emporte un dirigeant. L’occasion de rappeler qu’une année, la finale dû être jouée en France voisine parce que la FSR avait oublié de réserver un terrain…

Une rumeur née sur Facebook suppose que l’ancien entraîneur de Grasshopper est reparti en Angleterre avec un petit souvenir. Contacté, le capitaine des Sauterelles dément. Refusant d’être cité pour ne pas porter seul le poids de cette infamie, il a écrit à la fédération et à Genève-PLO pour les informer que «malgré des recherches intensives, le trophée officiel n’avait pas encore été retrouvé. Nous sommes conscients que cela est très insatisfaisant pour vous et honteux pour nous. Nous faisons tous les efforts pour remédier à cette situation le plus vite possible.»