Coureurs, vos papiers! Tandis que le peloton du Tour de Romandie s'apprêtait à rouler contre la montre autour de Sion (lire ci-contre), l'Union cycliste internationale (UCI) faisait le point à propos du passeport biologique, vendredi midi à Aigle. Lancé en janvier, le projet devrait entrer dans sa phase opérationnelle d'ici à la fin de l'année.

En quatre mois, 2172 contrôles ont été effectués sur les 854 coureurs appartenant aux 35 équipes - dont les 18 du Pro Tour - concernées par le programme. Selon Anne Gripper, manager de l'antidopage à l'UCI, une procédure a d'ores et déjà été ouverte contre un athlète pour une probable infraction au règlement. Sur la base des premières évaluations, 23 autres cas suspects seront l'objet d'une attention toute particulière. «Je suis heureuse de constater que les coureurs se montrent en général polis et disponibles, bien que la plupart des tests soient réalisés à leur domicile», se félicite la Néo-Zélandaise.

Une cellule de neuf experts indépendants se réunira les 25 et 26 mai prochains afin d'évaluer les profils hématologiques et stéroïdiens des coureurs. Mario Zorzoli, responsable médical de l'UCI, évoque une «nouvelle façon de penser la lutte antidopage». «Avec le passeport biologique, nous passons d'une détection directe à une détection indirecte», dit-il. «Nous recherchons les effets sur l'organisme et non plus la substance utilisée.» Ce dépistage individualisé s'appuiera sur un logiciel spécialisé, qui tient compte de paramètres extérieurs comme l'altitude à laquelle se trouve le coureur, son âge, son sexe, son origine ethnique ou encore les conditions du contrôle et du stockage de l'échantillon. «Même la position dans laquelle se trouve le coureur au moment du test peut influencer le résultat», précise Olaf Schumacher, l'un des neuf experts mandatés.

«Je suis convaincu que l'introduction du passeport biologique constituera un changement majeur dans la lutte contre les tricheurs», clame Pat McQuaid, président de l'UCI. L'Irlandais a minimisé le fait que l'Agence mondiale antidopage ait finalement renoncé à être partie prenante du concept. «Nous n'avons aucun problème avec l'AMA, mais avec son ex-président Dick Pound, contre qui nous avons intenté une action en justice afin de protéger le cyclisme de ses déclarations», explique-t-il. «Nous continuons à travailler au quotidien avec les experts de l'AMA, qui seront impliqués dans la lecture des rapports effectués.»

Demeure la question essentielle: quand et comment le passeport biologique pourra-t-il déboucher sur des sanctions? «Votre avis est aussi bon que le mien», élude Pat McQuaid, avant de préciser qu'on en discuterait lors du prochain comité directeur, fixé à la mi-juin à Copenhague. Même si Olaf Schumacher signale que «la justice a déjà prononcé des condamnations sur la base de très fortes probabilités», on voit mal comment les conclusions d'un passeport biologique pourraient tenir la route devant un tribunal civil.

Les 5,2 millions d'euros que coûte le programme, en partie couverts par les équipes et les organisateurs, sont-ils investis dans le vent? Pas tout à fait: «L'effet dissuasif est non négligeable», estime Olaf Schumacher. «Avant, pour éviter de se faire attraper, les coureurs se contentaient de veiller à ce que leur hématocrite ne dépasse pas 50%. Là, ils ne savent pas ce qu'on fait.»