Combien sont ceux qui n’y croyaient plus? Convaincus que le temps avait fait son travail de sape, inhibant ses ambitions, plombant sa capacité à tenir la cadence sur des matches en cinq sets. En janvier 2011 à Melbourne, Roger Federer, éliminé en demi-finale par Novak Djokovic, s’était retrouvé pour la première fois depuis 2003 sans couronne à défendre. La tentation eût été grande d’y voir le signe du crépuscule. Mais, ici même, nous avions osé écrire que le «Maître» n’avait pas dit son dernier mot. Tant son amour du jeu, source inépuisable chez lui de plaisir et d’épanouissement, était la garantie d’une nouvelle victoire possible.

A ce niveau d’excellence, en cet âge d’or du tennis mondial où se côtoient trois des plus grands joueurs de tous les temps, la frontière entre défaite et succès est plus que fragile. Elle tient à un fil. A quelques points clés. Et, l’an dernier, le Bâlois ne passa pas loin de l’exploit à Roland-Garros. Il fut le contradicteur d’un Novak Djokovic invincible et disputa sa meilleure finale parisienne face à Rafael Nadal. Le succès n’était pas loin. A New York non plus, où une défaite improbable en demi-finale servit d’électrochoc, de base pour un nouveau départ. L’automne se montra fécond et, avec les titres en enfilade, le présage d’un appétit renouvelé et d’un futur à nouveau étoilé.

L’appétence de Roger Federer n’est pas entamée. Elle est juste peut-être inconsciemment plus sélective, renforcée lorsque l’histoire pèse de tout son poids. L’homme aux désormais 17 Grands Chelems aime aligner les records, redessiner chaque fois qu’il le peut les contours de l’empreinte qu’il laissera sur son sport. Egaler son idole Pete Sampras avec un 7e sacre sur le gazon anglais, accéder à nouveau au trône mondial pour une 286e semaine record. La tentation était trop belle.

En ce dimanche 8 juillet 2012, un mois jour pour jour avant l’anniversaire de ses 31 ans, Roger Federer a élargi une fois encore le champ des possibles, étendu l’emprise de son talent immuable et prouvé que cette passion intrinsèque peut être synonyme de jeunesse éternelle.