Personne ne s’y attendait, et pas davantage l’intéressé lui-même: au terme des 66 tours du Grand Prix d’Espagne, c’est le Vénézuélien Pastor Maldonaado qui s’est imposé sur un circuit exigeant pourtant des châssis ultra-performants.

C’était le cinquième vainqueur différent en cinq courses. Depuis 1983, la F1 n’avait plus connu début de saison aussi incertain. A l’époque, la variété de vainqueurs s’expliquait par des problèmes techniques, notamment des moteurs turbo, dont le manque de fiabilité causait des pannes pimentant les classements.

Mais de nos jours, avec le niveau extrême de professionnalisme de la F1, les monoplaces sont devenues fiables, et les Grands Prix ne déplorent guère d’abandons pour causes techniques. Cette saison, la succession de vainqueurs s’explique par des raisons qui ne sont pas simples, et les ingénieurs des écuries eux-mêmes en perdent souvent leur calculette. Hier, la ligne d’arrivée franchie, Pastor Maldonado n’était ainsi pas vraiment en mesure d’expliquer pourquoi il était soudainement si rapide, alors que jusqu’ici, cette saison, il n’avait terminé qu’une seule course, en huitième place. «C’est une magnifique journée pour notre écurie, se contentait de répéter le Vénézuélien après la course. Nous avons beaucoup travaillé sur nos réglages, et ça commence à payer.»

Mélanges de gommes plus agressifs

Une explication qui laisse sur sa faim, puisque toutes les écuries travaillent de la même manière sur les réglages de leurs monoplaces. La victoire de la Williams semble donc tout aussi surprenante que l’avait été celle de la Mercedes de Nico Rosberg en Chine, ou qu’avait été la compétitivité des Lotus il y a trois semaines à Bah­reïn.

C’est Paul Hembery, le patron de la compétition de Pirelli, le manufacturier de la F1, qui avance un début d’explication: «Cette saison, nous avons décidé de produire des mélanges de gommes plus agressifs, explique-t-il. Si l’on compare avec l’an dernier, les «Super-tendres» sont pratiquement inchangés, tandis que les pneus Mediums 2012 sont en réalité proches des pneus tendres de l’an dernier, alors que nous avons totalement modifié notre pneu dur. En 2011, ici à Barcelone, il n’y avait probablement que deux pilotes qui ont réussi à exploiter notre pneu dur, c’est la raison pour laquelle nous l’avons changé.»

Ces modifications des pneus ont contraint les ingénieurs des écuries à repenser totalement la manière dont les monoplaces exploitent leurs gommes. «Nous avons nettement resserré notre gamme, poursuit Paul Hembery. Et comme les voitures ont elles-mêmes changé, tout a été à revoir. Ce qui complique la situation, c’est que les performances de nos pneus semblent chuter très vite en fonction de la température de la piste. A Shanghai, par exemple, nous avons constaté d’énormes changements de comportement quand l’asphalte descendait au-dessous de 20 degrés.»

Adapter châssis et pneus

Cette saison, toute la question consiste donc à adapter parfaitement le châssis aux pneus, et ­d’essayer de faire fonctionner ces derniers dans leur plage de température idéale. Certaines voitures y arrivent sur tel circuit mais échouent sur tel autre. Davantage que de chimie, c’est d’alchimie qu’il est question. Les ingénieurs, en dépit de leurs outils informatiques, en sont réduits à tâtonner tels des apprentis sorciers. «Au début de la saison, le facteur d’adaptation aux pneus s’avère très important, conclut Paul Hembery. Mais bientôt, les équipes vont commencer à comprendre comment se comportent nos gommes. Elles vont modifier leurs châssis, et vous verrez que tout redeviendra normal. Les ingénieurs sont vraiment très doués, ils vont rapidement trouver des solutions.»

Il en sera alors fini des victoires d’outsiders, tel Pastor Maldonado. Hier, le Vénézuélien a signé une course parfaite, qui lui permet de remporter la première victoire d’une Williams depuis 2004.

Mais c’est surtout Fernando Alonso qui a réalisé la bonne opération du Grand Prix d’Espagne: avec sa deuxième place, l’Espagnol revient en tête du classement du championnat au volant d’une Ferrari F2012 profondément retouchée. Et devient du même coup l’un des principaux favoris de la saison.