«Je serai le meilleur supporter de l'équipe de Suisse», annonçait Patrick Müller en fin d'année dernière, rappelant au passage qu'il y a pire dans la vie qu'un genou déchiré ou un Euro manqué. Opéré d'une rupture totale du ligament croisé antérieur le 7 décembre, soit six mois jour pour jour avant le match d'ouverture entre la Nati et la République tchèque, le Genevois est alors mis hors jeu par les lois de la médecine. «A moins d'un miracle...» s'agrippent quelques doux rêveurs.

L'optimisme n'est décidément pas une maladie et, à dix-huit jours du grand rendez-vous, la possibilité de voir le joueur de l'Olympique Lyonnais (OL) retrouver ses galons de patron au sein de la défense helvétique n'a plus rien d'incongru. Convalescence éclair et fol espoir. «Ce sera très juste», grimaçait Köbi Kuhn mardi passé, comme pour mieux conjurer le mauvais sort. Le sélectionneur national, qui affirmait voilà un an que ses gars devraient être régulièrement alignés en club afin de participer à l'aventure, est aujourd'hui prêt à dérouler le tapis rouge à Patrick Müller. Parce que sans lui, son compère Philippe Senderos apparaît comme perdu; parce que sans lui, ni Mario Eggimann ni Steve Von Bergen n'ont marqué des points; parce que sans lui, les bases arrière, atout essentiel d'une Nati imperméable durant la Coupe du monde 2006, sont devenues un motif d'inquiétude.

Un temps réputée pour sa pingrerie envers les attaquants adverses, la Suisse n'a plus terminé un match sans encaisser de but depuis sa victoire (2-0) en mars 2007, devant la Jamaïque B à Fort Lauderdale. Neuf rencontres sans goûter aux joies du «blanchissage», un plaisir si savoureux pour une formation dont la force a plus souvent consisté à enrayer les intentions adverses qu'à imposer sa propre jouerie. Le constat fait peur, d'autant que les difficultés à marquer éprouvées par la Nati ne lui laissent aucune marge de manœuvre. «En tant que chef de la défense, avec son intelligence de jeu et son calme, Patrick est irremplaçable», tranchait même le capitaine Alexander Frei fin mars dans les colonnes de la SonntagsZeitung, au lendemain de la débâcle (0-4) enregistrée devant l'Allemagne. Réponse de l'indispensable, la modestie chevillée au corps: «Qui peut dire qu'avec moi la Suisse aurait fait mieux?»

Initialement parti pour six mois de rééducation, Patrick Müller a repris l'entraînement du côté de Lyon le 23 avril déjà. Robert Duverne, fameux préparateur physique de l'équipe de France et de l'OL, n'en était pas à un miracle près. Au bout d'une semaine passée à tripoter le ballon et à éviter les chocs, l'intéressé livre un diagnostic mitigé: «Je pense encore trop à mon genou. J'ai peur de ne pas pouvoir faire certaines choses.» Qu'importe, le compte à rebours est lancé. Le 10 mai, l'homme aux 76 sélections - 3 buts - retrouve la compétition contre le Red Star en CFA (4e division), sur un terrain bosselé. Köbi Kuhn, si peu enclin à rendre visite à ses mercenaires, est dans les tribunes d'un stade de la banlieue parisienne. Touché par tant d'attention, le défenseur central synthétise son heure de jeu: «C'était très moyen, avec beaucoup de mauvaises passes. Mais il était important que je retrouve un peu d'assurance. Après le premier duel, j'ai remarqué que je n'avais plus à avoir peur.»

Samedi dernier, tandis que ses potes fêtaient leur septième titre de champion consécutif, lui a tenu tout le match avec l'équipe réserve. Une victoire personnelle qui ne saurait servir de gage absolu quant à son éventuelle capacité à tenir la baraque face aux Tchèques le 7 juin. Sa dernière apparition au plus haut niveau remonte au 5 août 2007 face à Auxerre, lors de la 1re journée de Ligue 1... «Il est clair que l'expérience internationale et la personnalité de Patrick feront du bien à notre jeune équipe», se lance Hansruedi Hasler, directeur technique de l'Association suisse de football, avant d'anticiper une issue moins favorable: «S'il ne peut pas venir, je suis persuadé qu'un autre saura le remplacer. L'absence d'un joueur est toujours une chance pour un autre.»

Patrick Müller n'a pas foulé la pelouse du Cornaredo, hier en fin de journée, lors de la première séance tenue à Lugano. Lyon, dont les dirigeants ont annoncé qu'ils ne renouvelleraient pas le contrat du joueur, a la priorité sur l'équipe de Suisse jusqu'au 26 mai. Et comme à la suspension du Brésilien Cris s'est ajoutée une mini-élongation pour Jean-Alain Boumsong, l'OL préfère jouer la prudence en vue de la finale de la Coupe de France ce samedi. Si Boumsong se rétablit, Müller ralliera le Tessin dès mercredi soir. Sinon, le Genevois devra s'asseoir sur le banc lyonnais et faire une croix sur le Suisse-Slovaquie qui a lieu le même jour.

«Le fait qu'un tel club, multiple champion de France, veuille conserver dans son groupe un joueur qui n'a disputé qu'un match de la saison, est un plaidoyer pour Patrick», positive Hansruedi Hasler. Tout le monde, à commencer par lui-même, préférerait toutefois qu'il puisse enfiler le maillot rouge à croix blanche à deux semaines du coup d'envoi de l'Euro. Car cela constituerait une étape majeure sur le chemin du miracle.