Fin de l'imbroglio et bonne nouvelle pour Köbi Kuhn: Patrick Müller honorera sa 77e sélection en équipe de Suisse, ce samedi (18h) devant la Slovaquie au stade du Cornaredo. Le Genevois, que l'Olympique Lyonnais souhaitait retenir en vue de la finale de la Coupe de France, a choisi de rallier Lugano vendredi, quitte à brusquer sa droiture naturelle et fâcher son futur ex-employeur. «J'aurais voulu éviter d'en arriver là, ce n'est pas facile à vivre», lâche-t-il peu après son atterrissage à Milan. «Cette histoire va encore me trotter dans la tête, mais je devais prendre une décision pour moi-même. Je suis désormais tourné vers l'équipe de Suisse.»

Davantage encore que l'amour de la patrie, c'est sans doute la situation personnelle du défenseur central qui a fait pencher la balance. Sans club pour la saison prochaine, il ne pouvait raisonnablement pas snober la vitrine potentielle que constitue un Euro. «Patrick a suivi son désir, maintenant il doit me démontrer qu'il est prêt à tenir sa place», prévient toutefois le sélectionneur helvétique. «Connaissant son honnêteté, je sais qu'il me dira franchement après le match ce qu'il ressent à propos de son état de forme.»

Opéré du genou le 7 décembre, Patrick Müller a 150 minutes de jeu dans les jambes - avec la réserve lyonnaise. Suffisant pour tenir la route au plus haut niveau? En «parfait état sur le plan médical», d'après le staff helvétique, le patron de l'arrière-garde a deux semaines pour rattraper le temps perdu. «Dans un cas comme celui-ci, il y a forcément une prise de risque», estime Gérald Gremion, chef du Swiss Olympic Medical Center au CHUV. «Après une telle opération, au bout de six mois, le genou n'a retrouvé que 50% de sa capacité originelle. Mais, si le joueur a bien récupéré au niveau musculaire, ça peut marcher.»

Autre question: Müller, qui a quitté son club un jour plus tôt que ne l'autorisent les règlements de la FIFA, encourt-il une sanction? «Pour les conséquences, on verra plus tard. A l'ASF, personne ne m'en a parlé», dit l'intéressé. «Je ne suis pas juriste, mais nos dirigeants m'ont assuré qu'il n'y aurait pas de souci», déclare Köbi Kuhn à la mi-journée. Problème: ni Ernst Lämmli, délégué aux équipes nationales, ni Ralph Zloczower, président déboussolé de l'Association suisse de football, ne sont au courant de quoi que ce soit! Quatre ans après la gestion déplorable du crachat d'Alexander Frei à l'Euro portugais, force est de constater qu'aucun progrès n'a été accompli en termes de communication.

Que dit Lyon? Sur son site internet, l'OL «a pris acte du départ de Patrick Müller, qui a rejoint l'équipe nationale suisse sous la pression de sa fédération. Le club regrette l'attitude de la fédération suisse et rappelle que le joueur, blessé la quasi-totalité de la saison, a été régulièrement payé par l'OL, avec lequel il est encore sous contrat jusqu'au 30 juin.» Renseignements pris, toute peine sportive, à commencer par une suspension prononcée par la FIFA, est à exclure. «Le joueur semble en faute par rapport à son contrat, mais nous sommes sur le terrain du droit du travail», précise un juriste rompu à ce type d'affaires. «Si Lyon porte plainte, il devra le faire auprès de la Commission de litige de la Fédération française.» A part renoncer à son salaire du mois de juin, le joueur ne devrait pas trop pâtir de ses actes.

«Nous sommes très contents de le voir arriver parmi nous», apprécie son compère Ludovic Magnin. «Pat est la personne la plus expérimentée du groupe, et notre jeune équipe en a besoin. Personne ne sait exactement à quel niveau il se situe, mais je suis persuadé qu'il sera sur le terrain le 7 juin face aux Tchèques.» La rencontre de ce samedi contre la Slovaquie doit servir de répétition générale. «Notre objectif est de créer une unité, de retrouver les principes de jeu qu'on avait un peu perdus ces derniers temps», expose Köbi Kuhn, qui devrait aligner deux attaquants avec Alexander Frei et Marco Streller. Le premier, capitaine et buteur de la Nati, attend «vitesse et percussion» de la part de ses collègues. «L'essentiel reste le 7, dit-il, mais chacun doit montrer qu'il arrive gentiment à son plus haut niveau.» A commencer par Patrick Müller.