Tennis

Patty Schnyder, la parenthèse inattendue

A 39 ans, sept ans après… l’arrêt de sa carrière, la Bâloise a joué en Fed Cup contre la numéro 1 mondiale, Simona Halep. Elle a nettement perdu (6-2 6-1) mais sa victoire est ailleurs

Sans surprise, l’équipe de Suisse de Fed Cup a été battue ce week-end par la Roumanie à Cluj (3-1). Cette défaite en barrage relègue la Suisse dans le groupe mondial II, réunissant les nations classées entre la 9e et la 16e place, après trois années passées dans l’élite et deux demi-finales au palmarès.

Plus que le résultat lui-même, attendu en raison de la blessure de Belinda Bencic, de la confiance déficiente de Viktorija Golubic et du manque de compétition de Timea Bacsinszky, c’est la sélection de Patty Schnyder qui a constitué la grande surprise de cette rencontre entre la Roumanie et la Suisse.

Je ne serai pas du tout triste si Timea Bacsinszky et Belinda Bencic recouvrent tous leurs moyens et que de jeunes joueuses suisses me dépassent et prennent ma place en Fed Cup.

Patty Schnyder

La Bâloise, qui n’avait plus joué en Fed Cup depuis sept ans, a même eu droit à un article dans L’Equipe pour son retour à 39 ans dans une épreuve dont elle détient les records de sélections, de saisons jouées et de matches gagnés en simple comme en double pour son pays! Même si le capitaine Heinz Günthardt, confronté à un refus de la 96e joueuse mondiale, Stefanie Vögele, n’avait pas beaucoup d’autres choix que de lui demander de venir à Cluj, ce retour illustre bien la capacité qu’a eu Patty Schnyder d’étonner son monde tout au long de sa carrière.

Une vie de roman

Et pas toujours dans le meilleur sens du terme, malheureusement. Joueuse talentueuse, elle prenait à 20 ans une orientation singulière en choisissant pour coach Rainer Harnecker, qui n’était de loin pas une référence dans le monde du tennis et qui, tel un gourou, lui avait imposé un étrange régime à base de jus d’orange. Débarrassée de cette influence néfaste mais fâchée avec ses parents, la Bâloise avait ensuite opté pour un autre Rainer, Hofmann, le garde du corps engagé pour la protéger… de Harnecker! Rainer Hofmann a eu des problèmes avec la justice et a causé des préjudices financiers importants à sa compagne.

La vie tumultueuse de Patty Schnyder n’a pas empêché cette gauchère très talentueuse d’atteindre la finale de la Fed Cup en 1998, les demi-finales de l’Open d’Australie en 2004 et le 7e rang mondial en 2005 ainsi que de rester treize ans parmi les 50 premières du classement WTA. Mais c’était aussi une joueuse qui, confrontée sur le court central de Roland-Garros à Anna Kournikova, qu’elle n’appréciait guère, était capable de réaliser un non-match sans donner l’impression de se battre, ou de ne jamais se convaincre qu’elle pouvait accomplir de grandes performances sur le gazon de Wimbledon.

Méritoire mais insuffisant

En 2011, Patty Schnyder mettait un terme à sa carrière mais continuait de défrayer la chronique, notamment en ne donnant pas signe de vie pendant quelque temps, ensuite en devenant mère d’une petite Kim Ayla en 2014. L’année suivante, elle annonçait son retour à la compétition. Indifférente aux questions et à l’incompréhension, elle remontait progressivement au classement WTA, pour faire désormais partie des 150 meilleures joueuses du monde. Seules cinq Suissesses sont aujourd’hui mieux classées qu’elle.

Cette progression méritoire à près de 40 ans n’est cependant pas suffisante pour que Patty Schnyder soit vraiment compétitive au plus haut niveau et on a pu s’en rendre compte à Cluj. Invitée à affronter la numéro 1 mondiale, Simona Halep, en remplacement de Timea Bacsinszky, touchée physiquement, elle n’a pu inquiéter son adversaire. Il faut dire qu’elle n’a pas été aidée par le fait d’apprendre au tout dernier instant qu’elle devait jouer. Nettement battue (6-2 6-1), la Bâloise, dont la dernière confrontation avec la Roumaine remontait à 2010 (!), s’est montrée philosophe à l’issue de sa défaite: «Je ne suis pas la première ni la dernière à être dominée de la sorte par Simona Halep.» Le dernier simple (Begu-Golubic) n’a pas été joué alors que la Suisse (Golubic et Teichmann) remportait le point de l’honneur en double.

«Redevenir maman»

Patty Schnyder, qui avait déjà retrouvé la Fed Cup en tant que consultante à la télévision, avait dimanche le recul nécessaire pour analyser son retour inattendu dans l’équipe. «J’ai passé une superbe semaine en compagnie de personnes que j’aime beaucoup, notamment Martina Hingis avec qui j’ai partagé tant de bons moments. J’ai accepté volontiers ma sélection mais, croyez-moi, je ne serai pas du tout triste si Timea Bacsinszky et Belinda Bencic recouvrent tous leurs moyens et que de jeunes joueuses suisses me dépassent et prennent ma place en Fed Cup.»

Patty Schnyder aspire désormais à «voyager en famille, avoir du plaisir sur le court et rejouer quelques tournois du Grand Chelem». Pour l’heure toutefois, son esprit n’est plus à la balle jaune: «Je n’ai pas été maman pendant huit jours; j’aimerais le redevenir le plus vite possible!»

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