Quel a été le moment décisif pour vous dans cette épreuve?

– L'arrivée.

– Comment analysez-vous votre course?

– J'ai bien réussi le slalom et pas trop mal la descente.

– A quand remonte votre première apparition en Coupe du monde?

– Il y a longtemps.

– Quel regard portez-vous sur l'ensemble de votre carrière?

– Ça avance.

– Serez-vous encore là aux Championnats du monde de Saint-Moritz dans deux ans?

– A priori non, mais on ne sait jamais.

Pas d'autre question. Fin de la prestation.

Dialogue surréaliste? Non, interview d'après-course, mardi après-midi, du Grison Paul Accola, troisième du combiné des Mondiaux de ski de St. Anton derrière le Norvégien Kjetil André Aamodt et l'Autrichien Mario Matt. «Il est toujours comme ça votre oiseau?», questionne un confrère américain. Hélas oui, il est toujours comme ça. Soit on prend ombrage du peu d'intérêt de Paul Accola pour les questions qu'on lui pose, soit on fait avec et on en rit. «Ses âneries ne font plus rire personne», enrage pourtant un journaliste alémanique.

A quelques pas de là, Jean-Raphaël Fontannaz, le porte-parole de Swiss-Ski, tente de dédramatiser la situation. «Sous ses dehors, Paul Accola est un grand sensible, dit-il. Pour moi, son agressivité permanente est une manière de se défendre. Le seul intérêt de «Pauli», c'est la course. Il déteste tout le tralala qu'il y a autour.»

Jean-Raphaël Fontannaz concède qu'Accola a les manières d'un ours. Pas seulement avec les médias. «C'est un solitaire, dit-il. Tenez, l'autre jour, l'entraîneur de condition physique lance au groupe: «Vous pouvez allez courir deux par deux. Si l'un d'entre vous n'a personne, il peut venir avec moi.» Paul a répondu du tac au tac: «A quelle heure tu pars?» Et que pensent de lui ses camarades? «Ils le prennent comme il est. Depuis le temps…»

Depuis le temps en effet. La première apparition de Paul Accola en Coupe du monde remonte à… 1984. Quatre ans plus tard, il devenait médaillé de bronze du combiné aux JO de Calgary avant de monter sur son premier podium de Coupe du monde en 1989. Quant à sa première victoire dans le Cirque blanc, elle date de l'exercice 1992. Un hiver faste pour «Pauli» qui s'imposa en slalom, en géant, en super-G et gagna même trois combinés: Garmisch, Kitzbühel et Wengen. Si, à ce jour, Accola totalise vingt-six présences sur les podiums de Coupe du monde (7 victoires). Quatorze d'entre elles datent de 1992, exercice au cours duquel il a non seulement remporté ses sept succès, mais aussi le classement général de la Coupe du monde, le globe de cristal de super-G, une 2e place au classement final du slalom et une 3e en géant.

Depuis? Plus rien. A part aux championnats du monde où le Grison a obtenu deux médailles de bronze en combiné: il y a deux ans à Vail et hier à St. Anton. En Coupe du monde. Paul Accola n'a plus jamais été en mesure de se mettre en évidence. Une situation qui a provoqué le désintérêt des médias. Ceci expliquant peut-être cela.

Reste que son parcours est impressionnant. Seule une descente manque et manquera probablement toujours à son palmarès. S'il n'est plus guère en mesure de jouer les premiers rôles, le skieur grison sait cependant pointer à l'heure lors des grands rendez-vous. Il en a administré une nouvelle fois la preuve hier. D'aucuns objecteront que le combiné ne signifie plus grand-chose (il n'y avait que 38 coureurs au départ à St. Anton) et que sa médaille de bronze n'a guère de valeur. Ils se trompent. Le combiné reste une épreuve à suspense, qui réclame des qualités incroyables. Un seul regret: il fait trop la part belle aux slalomeurs. Et c'est dans cette spécialité que, lundi soir, Paul Accola a perdu toutes ses chances de remporter l'or. Car en descente, il s'est tout simplement montré le plus rapide.

«Pauli» Accola, menuisier célibataire, fêtera ses 34 ans dans deux semaines. Lui qui a jadis montré son derrière aux dirigeants du CIO (tout en conservant sa combinaison tout de même). Lui qui a enterré son dossard dans l'aire d'arrivée du slalom des JO d'Albertville 1992 pour protester contre une épreuve «tronquée». Lui qui a reçu une grosse amende récemment de la part de Swiss-Ski pour avoir négligé quelques obligations contractuelles. Lui, Paul Accola, n'a pas souhaité dire hier à quel moment il entendait prendre sa retraite. «Comptez sur moi pour que, le moment venu, l'annonce soit spectaculaire», s'est-il contenté de dire. On craint le pire.