Euro 2016

Paul Pogba, le ballon dort

Après son bras d’honneur contre l’Albanie, qu’il n’a pas voulu reconnaître, le talentueux milieu de terrain de l’équipe de France doit une revanche à ses supporters, dimanche à Lille. Les Suisses sont prévenus

Evacuons vite la question du bras d’honneur de Paul Pogba à l’adresse de la tribune officielle du Stade Vélodrome de Marseille, mercredi, après le deuxième but de l’équipe de France contre l’Albanie (2-0). Une frustration évacuée à chaud, bien moins gênante que son démenti du lendemain – évoquant une «sarabande habituelle, bras en l’air et poing levé» – en ce qu’il laisse entrevoir de la personnalité du jeune joueur (23 ans): l’absence de remise en question, l’incapacité à assumer, le manque de respect envers tous ceux qui ont revu son geste en s’étouffant devant ses explications. Pogba ne s’est pas montré sous son meilleur jour depuis le début de cet Euro dont il était l’une des stars promises. Il s’est mis une pression supplémentaire avec ce dérapage.

Le président de la Fédération française de football, Noël Le Graët, et le sélectionneur Didier Deschamps ont avalé au nom de l’intérêt supérieur leur charte de bonne conduite instaurée depuis 2013. Après les polémiques ayant déjà touché les Bleus (affaire de la sextape, allégations de racisme de la part de Cantona et de Benzema), il n’a pas été question d’une sanction. La meilleure façon d’enterrer l’affaire, lui a certainement glissé Deschamps, est de répondre sur le terrain. Titulaire face à la Roumanie, Pogba avait déçu. Remplaçant face à l’Albanie, il n’a pas convaincu, malgré une avant-passe décisive sur le deuxième but. Attention, car c’est déjà le début d’une courbe ascendante.

«L’équipe de France est-elle meilleure sans Pogba?»

Dans sa préparation du match, le sélectionneur Vladimir Petkovic n’aura pas hésité en dessinant le profil de l’adversaire, avec Pogba titulaire dans une formation disposée en 4-3-3. Est-ce une mauvaise nouvelle? Toute relative. Le jour de la lourde défaite face aux Bleus (2-5) lors de la Coupe du monde 2014, le joueur de la Juventus était sur le banc, Moussa Sissoko titulaire. Un joueur travailleur et discipliné, au talent moindre. Très loin du statut acquis par son rival à la Juventus.

La question «Pogba peut-il être meilleur en équipe de France?» a été mille fois posée dans les médias hexagonaux, avec une réponse unanimement positive, ce qui a sans doute fini par provoquer son ressentiment. Car une autre question mériterait d’être posée: «L’équipe de France est-elle meilleure sans Pogba?» Et la réponse est non, jusqu’à preuve du contraire. C’est ce qui pousse Deschamps à être sans arrêt derrière sa jeune star à l’entraînement, comme dans les discussions intimes. Son exigence est simple: qu’il simplifie son jeu pour son bien et celui de l’équipe.

Le rêve d’être Ballon d'or

Sa technique rare pour un athlète aussi grand (1,91 m) le pousse souvent à tenter une roulette, un râteau ou quelque gri-gri pour le plaisir du beau geste. Mais le mal peut être plus profond. Pogba a souvent dit qu’il rêvait d’être Ballon d’or. La quête revendiquée d’un trophée individuel dans un sport collectif est toujours suspecte. Elle interpelle sur sa faculté à épouser les vertus collectives, dont ses entraîneurs (Antonio Conte puis Massimiliano Allegri à la Juventus, Deschamps en équipe de France) sont pourtant les chantres. Voilà pourquoi ils ont passé autant de temps à le recadrer. Voire à le placer sur le banc, la leçon passant visiblement mieux ainsi.

Pogba ne s’est pas rendu service. Il se met une pression incroyable et tend le bâton pour se faire battre en permanence.

«Pogba ne s’est pas rendu service. Il se met une pression incroyable et tend le bâton pour se faire battre en permanence. On lui en demande beaucoup trop», estime Emmanuel Petit, champion du monde 1998 avec l’équipe de France au même poste, aujourd’hui consultant sur RMC. Le malentendu viendrait donc du hiatus entre le potentiel du joueur et son rendu en Bleu, encore accentué par une nonchalance apparente et une coupe de cheveux ostentatoire. Ses agents, Oualid Tanazefti puis Mino Raiola, l’ont toujours brossé dans le sens du poil. Pas la meilleure manière d’aider un joueur à progresser.

La solution prônée aujourd’hui par certains entraîneurs français serait de placer Pogba sur le flanc gauche du milieu, où il s’exprime parfaitement à la Juve. D’autant que Blaise Matuidi semble en perte de fraîcheur. Pour qui connaît Deschamps, c’est une piste improbable. La religion de l’ancien milieu de terrain des Bleus est celle de l’équilibre collectif. Une vertu que lui offre toujours Matuidi, même amoindri. Et qu’il attend encore de son brillant soliste.

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