Le cyclisme est un sport individuel qui se pratique en équipe. Même s’il s’entoure de toujours plus de technologie et emprunte les codes de la Formule 1, il conserve de ses origines paysannes un rapport très direct avec les éléments, une âpreté au gain (qu’il s’agisse de francs, de secondes, de places ou d’exposition médiatique) et un souci constant de rationaliser ses efforts. Tout est calculé, pesé, soupesé, et concourt à définir chaque matin la stratégie de course pour la journée.

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Dans le bus, une heure avant l’épreuve

Chez BMC, comme dans un nombre croissant d’équipes, la «théorie» se déroule non plus à l’hôtel mais dans le bus, une heure avant le départ. Le lieu est confiné, les rideaux tirés, les coureurs sont déjà en tenue, en conditions. Défense d’entrer, même pour le grand patron Jim Ochowicz, qui discute dehors avec un petit groupe d’invités amené par le sponsor principal TAG Heuer. C’est Fabio Baldato qui prend la parole mais l’Italien, directeur sportif principal sur ce Tour de Romandie, a mis au point son discours le matin avec l’autre directeur sportif, Yvon Ledanois. Les deux hommes ont aussi pris la température auprès de quelques coureurs, leaders ou capitaines de route, hier soir à l’hôtel.

Aucune prise de risque

Avec la victoire la veille de Stefan Küng, le Tour de Romandie est déjà réussi pour BMC. Dès lors, la stratégie pour l’étape de vendredi, une triple boucle autour de Payerne sans difficulté particulière, est limpide. Après avoir rappelé le profil du parcours, Fabio Baldato donne la consigne: préserver les deux leaders, Richie Porte et Tejay Van Garderen, avant les étapes décisives du week-end. «Désormais, tout repose sur eux, explique Yvon Ledanois. Il faut les protéger du vent, veiller à ce qu’ils ne soient pas pris dans une cassure.»

Les BMC ne se mêleront pas à la lutte pour la victoire d’étape, que les équipes de sprinters se disputeront après s’être faits piéger la veille. Mais cela ne veut pas dire qu’ils se désintéresseront de la course. «Il faut toujours se méfier des étapes tranquilles, souligne Yvon Ledanois. Ce n’est pas le parcours qui fait la course. Il faut garder l’œil à tout. Avec les oreillettes, le moindre incident peut déclencher la bagarre en quelques secondes.»

«Le parcours ne fait pas la course»

Durant la course, Ledanois suivra un éventuel échappé alors que Fabio Baldato restera au contact des leaders. L’Italien a collé le parcours de l’étape sur le volant de sa voiture. Dans la portière, des dizaines de gels ou barres énergétiques. Tout semble prêt, prévu, planifié. Et pourtant… «Une course ressemble rarement à ce qu’on imaginait», admet Yvon Ledanois.

Ce fut pourtant le cas la veille avec Stefan Küng. «Nous avions prévu que Stefan prenne les échappées, mais nous ne savions pas quand, ni si cela pouvait aller au bout. C’est toujours la course qui décide. Combien de coureurs y a-t-il dans l’échappée? Collaborent-ils? Y a-t-il parmi eux un coureur dangereux pour le général? On ne peut jamais le prévoir.»

Yvon Ledanois et Fabio Baldato ne vont pas tarder à être fixés. La course est d’emblée secouée de tentatives solitaires. Aucun BMC ne s’y aventure. Sept hommes parviennent à sortir au douzième kilomètre. Ils comptent jusqu’à trois minutes d’avance mais sont repris à 37 kilomètres de l’arrivée. Les coureurs de BMC ont laissé travailler les équipes Bahrain et Trek-Segafredo. Danilo Wyss et Stefan Küng se montrent aux avant-postes, le Thurgovien grappille des points dans un sprint intermédiaire.

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«Une superbe démonstration»

A la flamme rouge, Chris Froome joue l’équipier de luxe pour ouvrir la route à son sprinter, Elia Viviani. L’Italien de la Sky s’impose avec une demie-roue d’avance sur son compatriote Sonny Colbrelli et l’Allemand Michael Schwarzmann. Les BMC finissent en roue libre, bien regroupés autour de Richie Porte. «Le but était de rester tranquille et c’est ce qui s’est passé, se félicite l’Australien. Les gars ont été super! Le travail de Michael Schär, Daniel Oss et Danilo Wyss, c’était une superbe démonstration.»

Nous pouvons désormais penser à préparer l’étape de demain.

Danilo Wyss répond à la RTS, Stefan Küng enfile un nouveau maillot vert sur le podium, les autres se dépêchent de monter dans le bus. Assis à l’avant, Fabio Baldato se détend et mâche un sandwich. «Tout s’est bien passé, résume le directeur sportif. L’échappée était prévue mais pas qu’elle prendrait aussi vite autant d’ampleur. Cela a rendu la course ouverte et nous a obligés à rester concentré durant toute l’étape. Mais au final, c’est une bonne journée et nous pouvons désormais penser à préparer l’étape de demain.»