Lizzie vit en Zambie et Scholastica au Kenya. 2000 kilomètres les séparent et pourtant ces deux jeunes femmes de 15 et 17 ans ont un point commun: devant leur maison en terre, un vélo les attend.

Estampillées du nom de «Buffalo» en raison de leur solidité et de leur durabilité, ces montures permettent à Lizzie et Scholastica d’économiser de longues heures de déplacement qu’elles auraient, sans elles, et comme les quelque 650 millions d’Africains qui ne jouissent pas de moyen de transport, dû faire à pied.

Avant que le soleil ne se lève, l’une d’elles commence sa journée en allant chercher de l’eau au puits à 2,5 kilomètres de son foyer. L’autre s’occupe de ses petits cousins et les emmène à l’école, à 7 kilomètres. Le vélo leur permet de diviser leur temps de trajet par trois et d’arriver à l’heure en classe. Elles économisent de l’énergie dans les gestes du quotidien et évitent aussi des rencontres inopportunes, voire dangereuses, qui pourraient survenir sur le chemin de l’école. Dans la cour, la présence en rangées d’autres bicyclettes Buffalo témoigne que Lizzie et Scholastica ne sont pas seules à bénéficier du programme de distribution de vélos lancé par World Bicycle Relief (WBR).

460 000 vélos distribués dans 19 pays

Depuis sa création en 2005, cette organisation à but non lucratif, qui vient d’enregistrer sa fondation à Genève et qui siège à Chicago, a distribué quelque 460 000 vélos dans 19 pays entre l’Afrique, l’Asie et l’Amérique du Sud. «Relief» signifie soulagement, et c’est par le vélo que l’ONG entend soulager la pauvreté dans les pays en développement. «Un vélo peut améliorer le revenu des familles de jusqu’à 35%», précise Dave Neiswander, le président de WBR.

Il présentait jeudi son organisation lors de l’événement The Spot, organisé à l’EPFL et destiné à réunir pendant deux jours des représentants des milieux du sport et des technologies. Ce lundi, ses collègues participeront à la Journée mondiale du vélo à l’Union cycliste internationale (UCI) à Aigle, qui, de son côté, promeut l’usage du vélo pour tous. «Nous cherchons à élargir notre réseau et à trouver de nouveaux donateurs», avance le président.

La particularité de WBR tient dans un premier constat: «Pour que notre démarche soit cohérente, nos vélos doivent être robustes et durables», expose Dave Neiswander. La monture en acier coûte 150 dollars et pèse 23 kilos. Elle est dotée d’un porte-bagages arrière qui supporte 100 kilos de chargement et sa géométrie solide permet aussi aux femmes en pagne de pédaler. «De par leurs activités, leur vulnérabilité et aussi leur fiabilité, les femmes représentent 70% des bénéficiaires de nos vélos», précise-t-il.

Créer un marché local

Tout a commencé en 2004 au Sri Lanka, lorsque le couple fondateur de l’ONG, F. K. Day et son épouse Leah Missbach Day, a été confronté aux ravages du tsunami. F. K. Day, lui-même à l’origine de la marque de composants de vélos SRAM, a vu dans son mode de transport favori un moyen de venir en aide aux populations sur place. Mais, très vite, les routes en terre et les nids-de-poule sont venus à bout des 24 000 bicyclettes distribuées.

Dave Neiswander a rencontré F. K. Day en 2005 lors d’un safari. «Nous avons passé le voyage à discuter assis à l’arrière du pick-up. F. K. m’a convaincu de me joindre à son projet», se souvient le président. Il quitte alors son poste de vice-président dans le domaine de la finance et s’installe en Zambie. «Notre volonté était de créer, à partir de ces vélos Buffalo, un marché indépendant et une expertise locale qui puisse bénéficier aux populations sur place», développe-t-il. WBR a ainsi formé quelque 2200 mécaniciens capables de construire ces vélos à partir des pièces importées de Taïwan.

World Bicycle Relief est soutenue aux deux tiers par des dons. Le reste est complété par les ventes des Buffalo Bikes générées à travers l’entreprise sociale Buffalo Bicycle, Ltd., créée à cette fin. «Nous fonctionnons ainsi en cycle, car les bénéfices de l’entreprise sont réinvestis dans le financement de nos programmes philanthropiques», précise Dave Neiswander.

Une pompe et un contrat

Son but est d’avoir le plus grand impact possible, et c’est avec ses connaissances financières que l’ancien banquier est le plus efficace. Les résultats s’avèrent positifs. Qu’ils soient agriculteurs, infirmiers, étudiants ou enseignants, le quotidien des bénéficiaires s’est significativement amélioré. «Les villageois sont très reconnaissants, les distributions de vélos sont accueillies par des fêtes où tous dansent, jouent de la trompette et défilent dans des cortèges officiels», décrit Dave Neiswander, qui a principalement officié en Zambie.

Choisis par la communauté locale, les bénéficiaires reçoivent, avec leur monture, une pompe à vélo et un contrat qui définit l’objectif du don. Dans certains cas, s’ils achèvent leur projet en cours, ils pourront devenir propriétaires de leur vélo. Lizzie, Scholastica et leurs camarades ont vu leur quotidien changer radicalement. Chaque matin, elles pédalent plus vite vers un avenir meilleur.