Vingt ans après Gérard d'Aboville, Peggy Bouchet a réussi la traversée en solitaire et à la rame de l'océan Atlantique. Partie le 18 novembre des îles du Cap-Vert, et après 49 jours en haute mer, la jeune Evianaise de 26 ans a touché mercredi aux aurores les côtes de la Martinique. Pour cette jeune femme, qui réside en Bretagne depuis quatre ans, la deuxième tentative aura été la bonne. Contactée par Le Temps, elle explique que «la joie d'avoir franchi la ligne d'arrivée se mêle à l'énorme soulagement d'y être enfin parvenue».

800 000 coups de rame

En mai 1998, en effet, elle avait failli devenir la première femme à réussir cette transatlantique. Alors qu'elle se trouvait à 130 kilomètres du but, son embarcation avait chaviré, la contraignant à l'abandon. Sa performance n'avait pas été homologuée, en dépit des 5300 kilomètres parcourus en 79 jours.

Malgré ses 800 000 coups de rame, Peggy Bouchet n'est donc pas la première femme à réussir l'Atlantique à la rame. Partie en toute discrétion des Canaries, le 13 septembre, une Américaine, Victoria Murden, a atteint la Guadeloupe le 3 décembre dernier. «Si je considère qu'avec mes deux traversées, j'ai parcouru 10 000 km à bout de bras, je suis amplement satisfaite», se rassure la Française. Même si elle a été beaucoup plus rapide, cette seconde tentative a été plus éprouvante. «En 1998, je ramais 8 à 10 heures par jour. Cette fois, la cadence était plutôt entre 10 et 13 heures», raconte-t-elle, avec une voix qui laisse deviner sa fatigue.

Au cours de cette traversée, Peggy Bouchet n'a pas rencontré de problèmes particuliers. Sauf lorsqu'un chalutier l'a abordée en pleine nuit. Elle s'est retrouvée seule en face d'une dizaine de pêcheurs à la mine patibulaire. Elle a crié, ils sont partis. Tout au long de son parcours, des poissons l'ont accompagnée. «J'ai même vu un espadon de 3 mètres. Il s'est approché à un mètre de mon canot, par curiosité sans doute. Ça me change des perches du Léman!» A la fin du mois Peggy Bouchet va publier un livre, où elle racontera son aventure. «Le message que je souhaite transmettre, c'est qu'il faut croire en ses rêves, et les réaliser rapidement. On dit bien que l'on vieillit quand le nombre des regrets a dépassé celui des rêves.»

Pour l'instant, Peggy Bouchet souhaite passer des vacances chez ses parents, à Evian, et profiter de la neige pour skier. «C'est étrange mais j'ai toujours eu beaucoup plus peur de la montagne que de la mer…»