La rencontre entre le «roi» Pelé et Kylian Mbappé touchait à sa fin, mardi soir à l’Hôtel Lutetia à Paris, lorsque la présentatrice franco-portugaise a lâché le chiffre du record à battre pour la jeune star du Paris Saint-Germain et du onze tricolore: 1235 buts marqués par l’archange brésilien aux trois Coupes du monde victorieuses (1958, 1962 et 1970). Joli geste en défense pour Kylian Mbappé qui a de suite ironisé, estimant possible d’atteindre un pareil score «si l’on inclut les buts de Playstation».

Tout était dit dans cet échange entre le bientôt octogénaire Pelé (né le 23 octobre 1940) et son très lointain disciple, tout juste 20 ans. Les deux seuls adolescents à avoir marqué en finales de Coupe du monde sont vêtus de noir, presque à l’identique. «Hublot mise d’ordinaire sur les «légendes» passées du foot, mais nous avons là deux héros, confie Michel Pont, l’ancien entraîneur adjoint de l’équipe de Suisse, ambassadeur du ballon rond pour la marque horlogère. Mbappé est un prodige qui assume parfaitement son rôle de modèle pour la jeunesse. Lui faire rencontrer Pelé, qui fut le symbole de toute une génération, c’est remonter le temps d’un football de rêve.»

De belles paroles amicales et conviviales

Les coulisses du Lutetia donnaient une juste image de l’événement mis en scène dans ses moindres détails. Pas de questions offertes à la centaine de journalistes présents dans la salle. Seuls quelques apartés télévisés négociés de haute lutte, à l’issue de la rencontre d’environ 40 minutes. Au menu donc? Une discussion assez publicitaire entre Pelé et Mbappé, animée par deux présentateurs surtout là pour valoriser le moment et leur faire accoucher de belles paroles amicales et conviviales. Pelé? «J’ai commencé à 17 ans, lui à 18. Il ne m’a donc pas complètement égalé. Mais il a une bonne tête…»

Mbappé? «C’est votre histoire que vous devez écrire, pas répéter celle d’un autre. Moi, j’essaie de créer mon propre chemin…» L’heure tourne sur les montres Hublot diffusées sur les écrans, que le duo de stars brandira ensuite, à la fin de la rencontre. Au premier rang, le petit frère de Kylian Mbappé regarde, ébahi, l’archange d’une autre ère footballistique: celle du Santos FC et de cette fameuse finale de 1958 remportée 5-2 par le Brésil contre la Suède, pays hôte. Après une précédente victoire des Brésiliens, en demi-finale, contre la France de Just Fontaine (meilleur buteur de l’épreuve) et de Raymond Kopa. Sur le même score…

«Souvenir éternel»

Ricardo Guadalupe, le PDG de Hublot, avait soigné l’événement dont le coût, bien sûr, demeure secret. Une scène aménagée, sur laquelle les deux hommes ont pénétré, tels des acteurs, derrière un épais rideau noir. Fauteuils baquets. Nuée de caméras. Diffusion «live» en eurovision. Le partage des rôles? La marque horlogère en fabrique de légendes. Pelé en modèle d’un autre âge «lorsque les attaquants n’étaient pas marqués de si près, que le football était plus ouvert». Kylian Mbappé en étoile sage tombée du firmament dans une famille sportive qui continue de l’encadrer de près.

Maman, assise au premier rang, a négocié avec les Suisses. Son fils, lui, distille avec un sourire désarmant les éléments de langage: «Je ne sais pas ce que c’est qu’être une étoile. Je sais en revanche que je dois rester moi-même en respectant les autres. C’est comme cela que les autres te respectent.» Avec ce qu’il faut de propos collectifs: «Je suis très médiatisé, j’ai une responsabilité vis-à-vis des enfants. Je suis parfois sorti des rails. Mais mon cadre est solide, grâce à ma famille.»

Pelé est une montre suisse du football business. Il distille, avec le sourire de l’aîné qui a tout vu et tout connu, sa version de son ascension footballistique «dictée par la volonté de ressembler à mon père». Mbappé est un mouvement d’horloge. Il sait que le temps joue pour lui, au sein de cette équipe de France, «dotée d’un incroyable potentiel». Le duo répète le mot «souvenir éternel» soufflé par l’animatrice. Rideau. Personne n’a parlé transfert, argent, futur club, regrets, erreurs, etc. Le cadran des légendes est un divin carcan.