Voilà une décision qui va faire cogiter les linguistes. Le pentathlon moderne ne va plus compter que quatre épreuves.

Soyons honnêtes: il n'est pas sûr que les foules, elles, s'émeuvent. Ce sport confidentiel ne sort de l'anonymat que tous les quatre ans, parce qu'il est au programme des Jeux olympiques depuis 1912. Cette discipline fut en son temps imaginée par le baron Pierre de Coubertin, le fondateur des Jeux modernes, pour mettre en valeur les talents du soldat idéal. Elle compte cinq arts: l'escrime, le tir au pistolet, l'équitation, la natation et le cross-country.

Course et tir réunis

Le temps a fait son œuvre, et l'on prête aujourd'hui au Comité international olympique la volonté de débarrasser son programme de ce sport un peu vieillot, d'autant plus indigeste qu'il traîne en longueur - jusqu'à douze heures, en cumulé.

Il fallait donc réagir, se sont dit les autorités du pentathlon moderne, réunies à Antigua, au Guatemala, du 21 au 23 novembre. Pour réduire la durée des épreuves, il a été décidé de fondre en un seul rendez-vous la course à pied et le tir, ce dernier venant s'intercaler entre des courses de 1000m.

Il n'empêche... Les mots sont censés avoir un sens. «Penta», en grec, signifie cinq, et «athlon» renvoie à «athlos», qui veut dire combat. Cinq combats, cinq concours! Le pentathlon, désormais, usurpe son nom. D'autant, comme le note le New York Times dans un article sur ce sujet, que l'adjectif «moderne» va mal à ce sport.

Biathlon déguisé

L'affaire est-elle pourtant si simple? Pas sûr. Car la nouvelle épreuve qui mêle course à pied et tir n'est, finalement, rien d'autre qu'une sorte de... biathlon d'été. En hiver, des skieurs de fond filent de cible en cible dans une seule épreuve, et on n'y trouve rien à redire. Par une légère altération de l'héritage hellénique, biathlon semble signifier «deux disciplines», fondues en un seul combat, une seule épreuve. Ouf! Le pentathlon peut ainsi prétendre garder son appellation.

Que pense Claude Guiguet, le directeur technique français, de tout ce chambard? «Franchement, ce n'est pas le nom qui a fait débat... C'est vraiment le changement d'épreuve, car tirer en étant essoufflé, comme cela va être le cas, c'est très différent pour un athlète.» Les Français ne sont pas hostiles à cette nouveauté, à l'inverse des Hongrois, des Tchèques et des Polonais. Une sorte de querelle des Anciens et des Modernes.