En pleurs. Le Français Damien Hureau a fini ses Mondiaux le visage caché dans ses mains, réconforté par son coach qui, lui non plus, n'en menait pas large. La France, pourtant, venait de gagner les Championnats du monde de pétanque. Oui mais voilà; des deux équipes hexagonales qui disputaient la finale, hier à Genève, c'est la tenante du titre qui l'a emporté, et non celle du jeune tireur. Après deux heures et dix minutes dans la torpeur de la halle des Vernets, cela a donc été une explosion de joie pour Philippe Quintais, Philippe Suchaud et Henri Lacroix et de colère pour Michel Loy, Bruno Le Boursicaud et Damien Hureau.

Quelques minutes plus tôt, ces derniers avaient le titre à portée de boule. Dans la onzième mène (ou manche), alors que sa triplette perdait 9 à 6, Michel Loy a sorti un coup qui a retourné la partie. Une série de boules stratégiques bloquaient le score. Le Parisien est allé chercher, au tir, une boule adverse et a permis à son équipe de marquer six points d'un coup: 12 à 9 pour l'équipe de France 1. Le titre mondial était à 3 points. Un changement de rythme total. Philippe Quintais, qui avait remporté le concours de tir la veille, était mis au pied du mur. La douzième mène pouvait être celle où il perdrait son maillot arc-en-ciel.

Mais la triplette championne du monde se complète comme un trio de comédie. Philippe Suchaud, le placide, alignait les tirs gagnants avec la régularité d'une machine. Philippe Quintais, dans son inimitable manière de soupeser la boule dans la paume de sa main, lançait des fers qui valaient de l'or. La rondeur des courbes qu'il dessinait alors n'a d'équivalent que celle de son ventre, très avantageux. C'est à Henri Lacroix, le plus petit des trois, que revint l'honneur de placer la dernière boule, à la quatorzième mène. Pour lui, c'est le troisième titre mondial. Philippe Suchaud en est à cinq contre huit pour Philippe Quintais, également quatre fois vainqueur du tir de précision. Sur 39 compétitions mondiales, la France en a remporté vingt, les trois dernières consécutivement.

Dans les vestiaires, c'était le même mélange de frustration et de soulagement que sur le gravier. Les bulles de champagne étaient amères pour Michel Loy, qui ne cachait pas que sa sixième défaite contre Quintais lui pesait.

S'il est convenu que dire que le niveau des Championnats de France, avec ses plus de 450 000 licenciés, est plus élevé que celui des Mondiaux, «la pression, elle, est bien plus forte ici où toutes les boules comptent», disait Philippe Suchaud. La casquette toujours vissée sur la tête, il confiait qu'il «n'en pouvait plus». Pour lui et ses partenaires, ces Mondiaux n'ont été qu'une parenthèse entre une série de grands tournois en France. En juillet et en août, ils sont en compétition tous les jours; en juin et septembre, tous les week-ends. Aujourd'hui, Philippe Suchaud s'accorde une pause. Il est à Sion pour apprendre quelques secrets à de jeunes boulistes suisses.

Parmi ses élèves pourrait se trouver un futur champion du monde. Quatre fois vainqueur du titre suprême, la Suisse n'a plus rien gagné depuis vingt ans. Cette année, elle a fait son meilleur résultat depuis quinze ans en perdant contre France 1 dans un quart de finale à la folle intensité. «Ça s'est joué à une boule», regrettait hier le Genevois Luc Camélique. Selon lui, la restructuration qui est en cours au sein de la fédération (Lire LT du 16 juillet 2003) est la voie à suivre: «Les titres passent par ces efforts d'organisation.» S'il dit vrai, il faut croire que la Thaïlande, qui s'est inclinée face à la Belgique dans la finale pour la troisième place, n'est plus loin du sommet, elle qui s'était classée troisième en 2002.