Renaissance

Petra Kvitova, le tennis au bout des doigts

Grièvement blessée à la main lors d’une agression au couteau en décembre 2016, la Tchèque est en finale de l’Open d’Australie. Elle sera même la numéro un mondiale si elle est bat la Japonaise Naomi Osaka samedi

Le public et les médias aiment les histoires fortes, surtout lorsque cela permet de distinguer une grande fille blonde de l’Est de toutes les autres qui peuplent le circuit WTA. Plus que la double vainqueur de Wimbledon (2011 et 2014), Petra Kvitova est ainsi connue des profanes pour être la joueuse agressée au couteau par un cambrioleur, en décembre 2016. L’histoire pourrait connaître un épilogue heureux: jeudi, Petra Kvitova s’est qualifiée pour la finale de l’Open d’Australie.

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La Tchèque, sixième joueuse mondiale, a battu en demi-finale la surprise du tournoi, l’Américaine Danielle Collins, en deux sets (7-6 6-0). Commencée sous une chaleur écrasante (40° au plus fort de la journée), la partie s’est jouée sous toit à partir de 4-4. Kvitova, qui a sorti Belinda Bencic au troisième tour, a remporté ses six matchs en deux manches, en n’étant jamais inquiétée plus d’une manche par match. Grande, déliée, elle possède évidemment un bon service et un grand coup droit, surtout lorsqu’elle peut s’ouvrir le court, mais son point fort est son troisième coup. Dans le tennis féminin, le service est rarement décisif, au contraire du retour. Le troisième coup devient la réponse à la première attaque, comme l’est le retour dans le tennis masculin. Chez Petra Kvitova, c’est aussi une façon d’abréger l’échange car au-delà des cinq ou six coups de raquette, sa relative lenteur de déplacement la rend vulnérable.

«J’ai la chance d’être en vie»

C’est bien entendu son histoire tragique qui a été évoquée après sa qualification, ramenant Petra Kvitova au 20 décembre 2016 lorsque, seule chez elle à Prostejov (Moravie), elle fut attaquée par un cambrioleur qui lui mit un couteau sous la gorge. «En essayant de me défendre, j’ai été blessée à la main gauche [celle qui tient la raquette], écrira-t-elle le jour même sur Twitter. Je suis secouée mais j’ai la chance d’être en vie.» Une photo qu’elle publiera elle-même des mois plus tard montre l’étendue du désastre: cinq doigts profondément entaillés, parfois jusqu’à l’os, et deux nerfs sectionnés.

Il y a eu un moment où je ne savais pas si je pourrais rejouer au tennis

Petra Kvitova

Elle sera opérée pendant quatre heures, portera une attelle durant huit semaines, ne pourra mettre de poids sur les tendons pendant trois mois, mettra plus d’un an avant d’être capable de serrer entièrement le poing ou de sentir l’intégralité de ses phalanges. «Je pense que pas grand monde n’y croyait, estime-t-elle avec du recul. Et c’est vrai qu’il y a eu un moment où je ne savais pas si je pourrais rejouer au tennis. C’était beaucoup, beaucoup de travail de soins et de rééducation. Les trois premiers mois ont été durs. J’ai appris plus tard qu’au deuxième mois, mon médecin était un peu inquiet de mes cicatrices, parce qu’elles étaient épaisses et très dures. Je pense que le sport m’a aidé: je voulais vraiment revenir et j’ai tout fait pour.»

«La première finale de ma seconde carrière»

Petra Kvitova fit son retour sur le circuit en mai 2017. Elle gagna assez vite un petit tournoi sur gazon en juin à Birmingham et décrocha un quart de finale à l’US Open en septembre, réintégra le top 10 en 2018 mais sans parvenir aux résultats qui étaient les siens avant. Les blessures invisibles sont parfois les plus longues à cicatriser. «Il m’a fallu du temps pour refaire confiance, spécialement aux hommes. Et en même temps, je n’aimais pas être seule. Je me souviens que la première fois où je me suis sentie à l’aise dans le vestiaire de mon club, à Prague, je suis venue dire à mon équipe: C’est une bonne journée, je me sens bien.»

Il y a eu une autre joueuse de tennis agressée au couteau: Monica Seles, poignardée dans le dos par un spectateur le 30 avril 1993 à Hambourg. Les deux femmes se sont rencontrées en juin 2018. «C’est elle qui a voulu me rencontrer, ce que j’ai considéré comme un honneur et une chance, explique Petra Kvitova. Son agression a d’autant plus affecté sa carrière qu’elle avait eu lieu sur le court. C’était un peu différent, mais cela m’a fait du bien de discuter avec quelqu’un qui est passé par les mêmes sentiments, les mêmes doutes.»

De cette troisième finale en Grand Chelem, Petra Kvitova dit joliment que «c’est la première de [sa] seconde carrière». En novembre 2017, la police tchèque a classé l’affaire, faute d’éléments suffisants mais en mai 2018, un signalement anonyme a permis d'appréhender Radim Zondra, 33 ans. Formellement identifié par Kvitova, l'homme nie les faits. Son procès a débuté fin octobre à Brno. Il encourt douze ans de prison.

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