Majid Pishyar, comme possédé, effectue un tour d’honneur extatique, adoubé par la foule. Tandis que le panneau d’affichage ose un «Yes we did» surmonté de son portrait, l’homme plane. Nous sommes le 31 mai 2011 et le miracle vient de se produire, conformément aux prophéties du patron: le Servette FC retrouve la Super League et son honneur perdu, sept ans après une douloureuse faillite. Comme dans un rêve.

Huit mois plus tard, le retour sur terre s’avère brutal. Et le messie est en train de devenir paria dans les chaumières grenat. Les méthodes autoritaires et parfois contradictoires de l’homme d’affaires iranien, son incapacité à travailler avec quiconque dans la durée, ainsi que sa manie de traîner les pieds au moment de payer ce qu’il doit avaient certes alimenté le doute. Aujourd’hui, les inquiétudes sont réelles. D’ailleurs, comme le révélait la Tribune de Genève mardi, la Swiss Football League, aux abois, a exigé des garanties quant au paiement de certaines charges sociales par le club. Les salaires des joueurs et autres employés tombent régulièrement en retard, plusieurs créanciers ont déjà saisi les poursuites, d’autres s’apprêtent à le faire. Et dans l’entourage plus ou moins direct du club, les langues se délient, en général anonymes, pour fustiger un homme terriblement manipulateur, prompt à la promesse, implacable à l’heure de ne pas la respecter. Inutile de préciser qu’une nouvelle issue fatale, après le cru «Marc Roger 2005», aurait des conséquences cataclysmiques pour la maison, à l’opposé des plans pharaoniques échafaudés par Majid Pishyar à son arrivée à l’automne 2008.

Très persuasif malgré son expérience désastreuse avec Admira Wacker en Autriche, «Magic» dit d’emblée vouloir faire de Servette un «petit Manchester United», il jure qu’il est «là pour toujours», assure que les largesses de son porte-monnaie suffiront pour décrocher le titre de champion national d’ici à 2014, puis s’engage à doter le canton d’un centre de formation digne de ce nom, à créer une vie en rose du côté de la Praille. Un jour d’euphorie, il parlera même de «planter le drapeau servettien sur tous les terrains d’Europe». Hier, sur le site du club, il hurlait au loup, implorant les Genevois de leur soutien.