Ce mardi 20 octobre est un jour de derby à la Tissot Arena. Le HC Bienne reçoit son rival cantonal du CP Berne en National League de hockey sur glace, et la patinoire va faire le plein très, très facilement. Pas en accueillant 6500 spectateurs, comme en temps normal, ni même 3777, sa «capacité Covid-19» en vigueur depuis le début du mois. Non, ils ne seront pas plus d’un millier à pouvoir assister à la rencontre. Ainsi en ont décidé dimanche les autorités bernoises.

Prohibées du 28 février au 1er octobre sur le plan national, les grandes manifestations n’auront été possibles que 19 jours dans le canton. Leur nouvelle interdiction s’inscrit bien sûr dans le contexte du rebond de la pandémie en Suisse. Où 8737 cas de contamination au nouveau coronavirus ont été recensés entre vendredi et lundi. Où le ministre de la santé Alain Berset n’hésite plus à parler de «deuxième vague».

Et pourtant: c’est peu dire que le monde du sport a été pris par surprise. Quelques jours plus tôt, le Conseil fédéral avait réaffirmé sa confiance envers les protocoles sanitaires stricts établis pour permettre un retour du public aux matchs de football et de hockey sur glace, et préserver les clubs professionnels du marasme économique.

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En solo… pour l’instant

Les mesures prises – port du masque, désinfection des mains, distanciation sociale, traçage, absence de fans des équipes visiteuses – semblaient fonctionner: «Plusieurs semaines après la reprise des championnats, nous n’avons connaissance d’aucun cas de contamination au Covid-19 lié au fait d’avoir assisté à un match professionnel», relèvent les hockeyeurs du CP Berne et les footballeurs des Young Boys dans une lettre ouverte commune adressée ce lundi aux autorités bernoises.

Les deux clubs doutent donc du bien-fondé de l’interdiction de la nouvelle mesure, qui frappe aussi le FC Thoune (en Challenge League), le HC Bienne et le SC Langnau (en National League) ainsi que le SC Langenthal (en Swiss League). Tous ont déjà ressorti l’argumentaire aiguisé durant la belle saison: impossible de survivre en n’accueillant que 1000 spectateurs par match. Le CP Berne dit son existence menacée à moyen terme. «La faillite du HC Bienne est une crainte concrète», affirme la coprésidente du club Stéphanie Mérillat au micro de Radio Jura bernois.

Dans leur lettre ouverte, Young Boys et le CP Berne s’étonnent par ailleurs qu’une heure après les mesures «proportionnées, sensées et compréhensibles» annoncées par le Conseil fédéral pour lutter contre le développement de la pandémie, leur canton se soit lancé en solo dans l’interdiction des grandes manifestations.

En réalité, il pourrait n’être qu’un précurseur en la matière. Selon le Tages-Anzeiger, Bâle et Zurich envisageraient aussi une telle mesure. En Suisse romande, Genève n’y songe pas pour l’instant mais d’autres cantons y réfléchiraient. La déception guette Swiss Olympic, qui disait espérer que «la décision du canton de Berne n’aura pas un effet de signal pour les autres gouvernements cantonaux» dans un communiqué publié dimanche soir.

Les mesures annoncées dimanche 18 octobre: Le masque s’impose dans les lieux publics fermés

Bonnes affluences en hockey

L’association faîtière du sport suisse s’accroche au fait que «les concepts de protection élaborés fonctionnent et protègent à la fois les athlètes et le public contre les infections». Mais plusieurs cantons touchent actuellement à leurs limites en matière de traçage, et les grands rassemblements représentent une source d’inquiétude. Même si stades et patinoires ne sont garnis au maximum qu’aux deux tiers de leur capacité normale. Même si les concepts sanitaires ont été élaborés avec le plus grand soin. Même si le public les respecte scrupuleusement.

Cette crainte de la foule ne concerne du reste pas que les autorités. Nombre d’amateurs de sport ne sont pas encore prêts à retourner au match.

Depuis le 1er octobre, les audiences du championnat de première division de hockey sur glace font très bonne figure. Le CP Berne, habitué à réunir 17 000 personnes dans sa PostFinance Arena, n’a par exemple eu aucun mal à trouver les 6750 spectateurs qui y étaient autorisés jusqu’à ce week-end. Huit des douze clubs de l’élite affichent un taux de remplissage supérieur à 85% de leur «capacité Covid-19».

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Un retour au stade timide

En football, le retour au stade est en revanche beaucoup plus timide. Seul le FC Saint-Gall a presque fait stade comble (9244 spectateurs sur 10 000 autorisés contre Servette). Seul Young Boys a attiré plus de 10 000 personnes (sur 20 305 autorisés, contre Vaduz). Sinon? Le derby entre Sion et Lausanne, ce dimanche à Tourbillon, aurait pu accueillir 5300 spectateurs mais ils n’étaient que 2850. Une semaine plus tôt à la Pontaise, seuls 2350 fidèles applaudissaient la victoire du LS contre Zurich, alors que 8371 fans auraient été autorisés.

Le solide concept sanitaire de Servette permet d’accueillir 19 000 personnes, mais 5240 seulement étaient au rendez-vous pour la venue du champion en titre, Young Boys, ce samedi. Le contexte, toujours. «Comparés aux affluences des autres matchs du week-end, nous sommes très satisfaits», indique Loïc Luscher, le responsable communication du club genevois, qui «remercie les personnes présentes». Selon lui, deux catégories de spectateurs hésitent à revenir au stade: «D’une part les personnes à risque, ce qui est légitime, et d’autre part ceux pour qui les mesures imposées (enregistrer ses données, rester assis, porter un masque, consommer sa bière à sa place et non au bar) empêchent de profiter de tout ce qu’il y a autour d’un match.»

A Berne, l’interdiction des grands rassemblements empêchera même de nombreux abonnés de profiter des matchs.