Pour commencer, et dans la louable intention d’alléger la suite, éclusons un six-pack de superlatifs: phénoménal, ahurissant, faramineux, exceptionnel, génialissime, stratosphérique. Ça, c’est fait. Le reste appartient désormais à l’histoire du football suisse, dont le FC Bâle a écrit mercredi soir l’une des plus belles pages. Vainqueurs (2-1) de Manchester United dans un Parc Saint-Jacques en ébullition, les Rhénans ont réalisé le double exploit de se qualifier pour les huitièmes de finale de la Ligue des champions, tout en éjectant le finaliste 2011 de la compétition.

«Je ne suis pas inquiet, mon équipe passera», avait assuré Sir Alex Ferguson la veille, tel un vieux sage amadouant les oracles. Après neuf minutes déjà, la prophétie de l’Ecossais avait du plomb dans l’aile. Le temps pour Xherdan Shaqiri d’adresser un centre transformé en ouverture du score par Marco Streller. La reprise du gauche du capitaine rhénan, d’une pureté douteuse, a accouché d’un bonheur certain: à partir de là, le FC Bâle était virtuellement qualifié.

Ne restait «plus qu’à» tenir le score contre le géant United durant… quatre-vingt minutes et des poussières. Les joueurs d’Heiko Vogel l’ont fait – et bien fait. Certes, il y eut parfois le feu devant les filets de Yann Sommer. Mais les «rouge et bleu» n’ont jamais paniqué, éteignant les flammèches les unes après les autres. Certes, Wayne Rooney a beaucoup tenté. Mais il n’a rien réussi, à part lorsqu’il s’est agi de trouver le moyen de rater l’immanquable, seul à quelques mètres du but.

Souvent dominé mais jamais submergé, Bâle a tenu le ballon avec intelligence et maturité, se permettant le luxe de continuer à porter le danger dans le camp adverse. Mais ni la louchette de Shaqiri, juste à côté, ni le coup-franc d’Alexander Frei, dévié par David de Gea, ne firent mouche. Il fallait donc souffrir, encore. Tout sauf transcendant, Manchester United a failli voir la solution venir des pieds de Markus Steinhöfer. Mais le dégagement catastrophique du latéral bâlois s’écrasait sur la transversale de son propre gardien (60e).

Plus qu’une grosse demi-heure à gérer. Le ton monte d’un cran parmi les 36 000 spectateurs. La sensation, immense, se dessine; le miracle s’invite en pleine réalité. Il faut s’accrocher, tacler, juguler les envolées de Nani, contrecarrer les projets de Ryan Giggs, museler Wayne Rooney, et puis surveiller tous les autres, prêts à bondir sur l’occasion. Elle ne se présentera pas. D’abord parce qu’Alexander Frei a profité d’un nouveau centre en or de Shaqiri pour placer son plot et doubler la mise (84e). Ensuite parce que la réduction de la marque, extorquée au cœur de la mêlée par Phil Jones, est tombée trop tard (89e) pour changer le cours de la soirée.

Deux à un. Ultime coup de sifflet de l’arbitre néerlandais Sander Van Roekel. Rugissement extatique dans le «Joggeli». Longue et belle communion entre le public et ses héros. Bâle vient d’éliminer Manchester United de la Ligue des champions. Il incarnera un fier représentant helvétique, au mois de février, parmi les seize meilleures formations du continent. Neuf ans après un mémorable 3-3 contre Liverpool, qui lui avait déjà permis de vivre une rare sensation: celle de s’être cogné la tête contre la voûte céleste.