Chaque année, à pareille époque, le calendrier rappelle Fribourg Olympic à ses obligations: la victoire nette et sans bavure et, en fin de compte, le développement du patrimoine. Samedi, les douze formations de l'élite du basket suisse ont rallié les parquets, plus ou moins au courant de l'actualité: «Notre objectif cette saison est d'aller bousculer Fribourg. Ce club est la référence en Suisse. Nous devons nous en inspirer», a confessé en préambule le coach du BBC Nyon Hugues Occansey.

De tout temps, le club fribourgeois a cultivé une certaine idée de l'excellence et, avec elle, du travail bien fait. Aujourd'hui, les instances dirigeantes de la première équipe, victorieuse de Lugano (80-73) lors de la première journée, aspirent à la réussite en compétition européenne et militent pour une forme quelconque de concurrence en Ligue nationale A. En attendant mieux. Au terme d'une décennie de pourparlers avec les autorités, le chantier de Saint-Léonard a enfin démarré. Dans deux ans, le club le plus titré du pays vendra ses facilités dans une halle omnisports ultramoderne: 3500 mètres carrés de revêtement satiné dévolu à la formation junior du club, au centre national de basket et à la première équipe. Dix-sept millions de francs investis dans les actions fribourgeoises et, en amont, les revendications du président Philippe Kapsopoulos. Lancer franc.

Le Temps: Nouvelle saison, nouvelle victoire. Rien ne change à Fribourg...

Philippe Kapsopoulos:Il était important de bien débuter en championnat. L'équipe n'est de loin pas à 100%, il manque encore des automatismes, mais elle a une grande envie de jouer ensemble. Cela dit, bien sûr que le club connaît des changements: nous sommes passés de sept à huit joueurs professionnels et, dans le même temps, de quatre à six jeunes au sein de la première équipe. Et puis il y a la retraite d'Harold Mrazek et la longue absence de Dave Esterkamp (ndlr: six mois au moins) qu'il va falloir gérer.

- Comment expliquez-vous que Fribourg Olympic soit un cran au-dessus depuis quelques années?

- Le succès commence par une histoire. On oublie souvent l'histoire, mais elle fait partie du succès d'Olympic aujourd'hui, car elle s'est répétée. Nous avons toujours eu la chance d'avoir de grands joueurs et des personnalités qui ont porté le club vers le haut. Nous avons des moyens financiers aujourd'hui (1,385 million de budget) parce que hier des gens sont allés chercher des sponsors.

- Le président de la Ligue nationale, François Barras, propose une limite de joueurs étrangers pouvant figurer sur la feuille de match. En quoi cela pourrait-il affecter Fribourg, qui en compte quatre sous contrat?

- Il ne s'agit, pour l'heure, que de discussions. Mais nous ne serions pas touchés par ce genre de mesure. Nous souhaitons même qu'un nombre minimum de joueurs suisses soient alignés sur la feuille de match et, surtout, jouent. On s'y prépare depuis deux ans avec notre centre de formation, l'Académie. Nous sommes prêts.

- Votre réussite suscite des réactions. Comprenez-vous celle de l'ancien président de Monthey, Jean-Marc Tornare, lequel s'inquiète de «l'appétit relatif des joueurs fribourgeois qui ont déjà tout gagné en Suisse»?

- Je ne peux pas lui laisser dire cela! Olympic et ses joueurs ont encore un rôle à jouer en Suisse. Nous devons montrer la voie pour que le basket s'élève à un niveau professionnel.

- N'est-ce pas prétentieux de le dire ainsi?

- Pas du tout, pourquoi? Il s'agit d'un état de fait.

- Vous concevez néanmoins que vos discours puissent agacer certains dirigeants?

- Je peux le comprendre, mais cela me déçoit. Car si mon discours agace, alors il est mal compris. En Suisse, nous avons des problèmes avec le succès. A Fribourg, les gens qui suivent le club se sont habitués à ce qu'il gagne. Cela est devenu normal que Fribourg Olympic remporte tous ses matchs. On a peut-être fait trop de titres, mais que voulez-vous, on ne va tout de même pas s'excuser?

- Quand même, le manque de concurrence ne risque-t-il pas, à terme, de dévaluer le basket suisse?

- De toute évidence, si nous sommes toujours tout seuls dans les trois ou quatre prochaines années, une vraie menace planera sur le basket helvétique. Mais des clubs comme Nyon ou Massagno nous ont déjà contactés afin de savoir comment nous travaillons. Ils souhaitent ainsi tirer profit de notre progression.

- L'implantation du centre national en 2010, la nouvelle salle de Saint-Léonard et l'engouement que génère la discipline à Fribourg ne font-ils pas de la ville la capitale du basket suisse?

- Oui, on peut le dire très franchement. Nous évoluons au sein de l'élite depuis 1961 et, nulle part ailleurs, un club de basket ne suscite autant d'intérêt chez les gens. D'ailleurs, nous venons de croiser (ndlr: dans un café de Fribourg) Ferdinand Masset, président d'honneur du club. A 84 ans, il vient toujours voir nos matchs!

- On parle souvent du football-business. Y aurait-il une forme de «basket-business» à Fribourg Olympic?

- Je ne le crois pas, ni à Fribourg, ni ailleurs en Suisse du reste. Notre objectif est simplement de développer un basket de qualité et d'offrir du spectacle aux gens. Et si cela peut devenir du business pour le club, c'est tant mieux.

- Vous fonctionnez néanmoins comme une entreprise...

- Avec le budget qui est le nôtre, forcément, le club est une petite entreprise. Mais le président est 100% bénévole! Je travaille une quinzaine d'heures par semaine pour Fribourg Olympic et je paie mes consommations au bar! Le seul privilège du président est un abonnement annuel. Mais il est précieux, par les temps qui courent...