Un quotidien britannique l'a récemment dépeint perdu, au fond du gouffre. «Dans ce qu'écrit le Sun, il y a des choses vraies, et d'autres pas», rigole aujourd'hui Philippe Senderos. Le défenseur central de l'équipe de Suisse a manifestement oublié sa contre-performance du 8 avril face à Liverpool. «Ça allait très vite ce soir-là», résume-t-il. «J'ai fait une erreur, il faut l'accepter. Ça fait toujours mal de se faire éliminer en quart de finale de la Ligue des champions. Je pense qu'aucun d'entre vous ne peut savoir à quel point.»

L'ombre de Ronaldo

Clin d'œil et sourire chambreur. Le Genevois d'Arsenal, 23 ans, tranche avec la grisaille qui enveloppe le séjour luganais de la Nati. En toute décontraction, il cherche à distiller des ondes positives. Sa saison en dents de scie? «J'ai pris part à 30 matches avec mon club, mon développement se poursuit.» Les blessés de la Suisse? «Ça prouve l'engagement qu'il y a dans le groupe. Plus l'Euro approche, plus les gens ont envie de montrer au coach qu'ils veulent faire partie de l'équipe.» La perspective d'affronter le Portugais Cristiano Ronaldo, encore brillant mercredi en finale de la Ligue des champions? «Je le vois jouer tous les week-ends. Il est dur à marquer, mais rien n'est impossible. Il faut l'empêcher de recevoir le ballon ou faire faute tout de suite. Parce qu'après, avec sa vitesse et son côté imprévisible...»

Mais chaque chose en son temps. La première des deux rencontres amicales de la Nati se profile pour ce samedi devant la Slovaquie - la seconde est agendée au 30 mai face au Liechtenstein. «Pour la confiance, ce serait important de mettre deux victoires de côté», lâche-t-il le front plissé. L'ombre d'un doute? Pas le genre de la maison: «Ce que je crains le plus? Je n'y réfléchis pas...», s'étonne-t-il avant de dénicher une réponse. «Que la pression de l'extérieur vienne perturber l'équipe.»

La «bonne» pression

Cette fameuse pression, forcément, pèsera lourd le 7 juin pour le match d'ouverture face aux Tchèques. Comment la gérer? «C'est la question qu'on se pose aussi», sourit Philippe Senderos. «Le fait de jouer à domicile apporte forcément quelque chose de spécial. Ça n'arrive qu'une fois dans la vie [tel est le leitmotiv officiel du stage] et nous avons vraiment envie de faire quelque chose de grand. La pression, c'est celle qu'on se met nous, il faut qu'elle soit positive.»

Pour affronter tout ça, l'éventuelle arrivée de Patrick Müller en dernière minute ne ferait pas de mal. «Avec son expérience, il apporte beaucoup à l'équipe.» Et si le patron ne revient pas à temps, le Genevois enfilera son costard, qui a parfois paru un peu large ces derniers mois. «Patron ou pas, ça ne change rien: j'essaie tout le temps de prendre mes responsabilités. Des fois ça va, d'autres moins. J'ai davantage l'habitude de jouer avec Patrick, mais si c'est Djourou ou Eggimann à mes côtés, il n'y aura pas de problème.» Regard frontal. On a presque tendance à le croire.