La décision de la Ligue nationale (LN) de hockey sur glace, samedi dernier à Zoug, d'annuler les play-out de ligue nationale B (LNB), faute de candidats de 1re ligue à la promotion, semble a priori anecdotique. Sa portée réelle l'est beaucoup moins. Par leur peu d'empressement à évoluer en LNB, les responsables de 1re ligue contredisent dans les faits l'un des arguments majeurs des défenseurs de la formule actuelle de championnat. Un argument selon lequel la compétition sportive ne serait concevable que s'il existe une émulation entre des équipes aspirant à se hisser dans la catégorie de jeu supérieure. Contre cette idée à la vie dure, ils font valoir que, dans la structure pyramidale que prétend être le hockey helvétique, chaque catégorie a son sens, sa mission. En d'autres termes, les clubs de 1re ligue ont préféré demeurer des clubs formateurs, plutôt que de devenir ces formations hybrides entre amateurisme et professionnalisme que sont les équipes de LNB aujourd'hui.

Le constat est certes différent en ce qui concerne les aspirations que les clubs de LNB entretiennent envers la LNA. Mais il n'est pas si éloigné qu'il n'y paraît. Cette saison, trois équipes seulement sur onze (Bienne, Lausanne et GE-Servette) ont formellement déposé un dossier de candidature à la ligue A, conformément aux nouvelles exigences de la LN. Car, depuis cette année, il faut montrer patte blanche économiquement parlant pour prétendre évoluer parmi l'élite. Prouver qu'on a la capacité d'assumer des charges sans comparaison avec celles de LNB (6 millions de francs de budget de moyenne en LNA, contre 2,5 millions en LNB). L'exigence n'est pas de pure forme. La LN, elle-même constituée en S.à.r.l. depuis trois ans, a en effet obligé les clubs à abandonner eux aussi leur statut d'association. Ils découvrent donc les joies du Code des obligations en termes de tenue de comptabilité. Bienne, Lausanne et GE-Servette seront fixées le 28 février sur les conclusions de la LN, étant entendu que les équipes devront quand même se départager sur la glace lors des play-off qui commencent vendredi.

Ces deux éléments (renoncement des clubs de 1re ligue et candidature de trois clubs de LNB) traduisent la mutation discrète et, semble-t-il, irréversible du hockey suisse: la «fermeture» progressive de chacune des trois catégories de jeu qui constituent le haut de la pyramide. Fermeture au sens où l'aspect sportif est en train d'être relégué après les impératifs d'ordre économique, un peu à l'image du système de franchises propre à la National Hockey League (NHL). «Vous voulez intégrer l'élite? demande désormais la Ligue nationale aux clubs. Prouvez-nous que vous en avez les moyens.» En d'autres termes, ironie du sort, les responsables de club se retrouvent dans la situation de devoir appliquer de leur propre initiative une «fermeture» formelle de la LNA qu'ils avaient rejetée lors de la grande réforme de l'hiver 1999 (réforme qui avait notamment débouché sur l'augmentation de la LNA de 10 à 12 clubs).

La physionomie du championnat 2000-2001 de ligue A, dont le tour qualificatif s'est terminé dimanche, participe de la même évolution. Le classement final, au terme des 44 journées de la saison régulière, ressemble en effet à s'y méprendre à celui de l'an dernier (voire infographie): deux leaders (Lugano et Zurich) rapidement intouchables; deux néo-promus (La Chaux-de-Fonds et Coire) dont le sort est scellé dès les premières journées; un premier ventre mou d'équipes (Davos, Zoug, Kloten, Berne) dont la hiérarchie dans la partie médiane supérieure du classement se décide dans les dernières rencontres; un second ventre mou composé de formations (Rapperswil, Fribourg-Gottéron, Langnau) dont l'objectif se réduit rapidement à décrocher une qualification aux play-off. Seule exception: Ambri-Piotta, champion d'Europe et finaliste des play-off du championnat de Suisse en 1999, dont la dégringolade cette saison semble tout autant sportive que financière.

Cette physionomie récurrente confirme en effet, si besoin était, l'extrême difficulté, quand ce n'est pas l'impossibilité, pour une équipe de ligue B, de se hisser dans l'élite. A plus forte raison d'y avoir des résultats satisfaisants et de s'y maintenir à moyen ou long terme. Ainsi, Langnau va disputer à partir de samedi ses troisièmes play-out depuis sa promotion en LNA en 1998. En compagnie d'Ambri-Piotta, de La Chaux-de-Fonds et de Coire, les deux néo-promus. Les Chaux-de-Fonniers en ont l'habitude. En 1996-1997, pour leur retour en LNA, ils avaient été sauvés par une première tentative de «fermeture» de la ligue A. L'année suivante, année de la «réouverture», leur avait en revanche été fatale (relégation en LNB). A chaque fois, la raison est la même: les néo-promus, fixés sur leur sort en toute fin de saison, débarquent sur un marché des transferts pillé par toutes les autres équipes.

A l'approche des play-off, on peut donc se demander qui, de Lugano, de Zurich ou d'un improbable outsider, sera champion suisse. Mais cette question paraît bien dérisoire au regard d'une autre interrogation: quelle sera la prochaine victime d'un système qui fait si peu de cas des néo-promus? Aucun doute, la physionomie du championnat de LNA appelle une accélération des réformes en cours.