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Serena Williams s’est offert samedi un septième sacre à Wimbledon en s’imposant en finale face à l’Allemande Angelique Kerber.
© Andy Couldridge

Tennis

«Le physique de Serena Williams n’est pas adapté au tennis»

L’Américaine a remporté samedi son septième Wimbledon et son 22e tournoi du Grand Chelem, record de Steffi Graf égalé. Son entraîneur Patrick Mouratoglou répond aux critiques sur son jeu et ses formes

Malgré la bonne résistance d’Angelique Kerber, Serena Williams n’a cette fois pas craqué. Samedi, l’Américaine de 35 ans a remporté Wimbledon pour la septième fois en dominant la N°4 mondiale 7-5 6-3. C'est le 22e titre en Grand Chelem pour Williams qui égale le record de l’ère Open de Steffi Graf et se rapproche du record «toutes catégories» de Margaret Court (25).

Bien qu’elle s’en soit souvent défendue, la quête de ce 22e sacre était devenue une obsession pour Serena Williams, au point d’être passée au travers lors des trois précédents tournois, où elle craqua inexplicablement au moment décisif (défaite en demi-finale à l’US Open 2015, en finale à l’Open d’Australie et à Roland-Garros en 2016). «Cela m’a donné quelques nuits blanches en effet, a-t-elle admis après sa victoire. Je m’étais mise de la pression. Mon objectif, c’est de gagner au moins un titre majeur par an. J’ai eu des défaites difficiles. Mais, il fallait arrêter de se focaliser sur ces défaites.»

Vainqueur de 13 titres entre 1999 et 2010, Serena Williams en a remporté 9 autres (sur 17 possibles, un taux de réussite exceptionnel de 52%) depuis Wimbledon 2012 et sa collaboration avec l’entraîneur Patrick Mouratoglou. Le mois dernier dans une interview au Monde, le Français se défendait des critiques les plus récurrentes sur le «phénomène Serena Williams».

Le Temps: Certains considèrent que son ultra-domination fait perdre son intérêt au circuit WTA…

Patrick Mouratoglou: Que certains n’apprécient pas le tennis féminin, ce n’est pas un problème, les gens sont libres d’aimer ou de ne pas aimer. Ce qui me dérange, c’est quand on essaie de dévaloriser le tennis féminin. Et surtout en utilisant des arguments qui, généralement, ne sont pas très pertinents. Le niveau est nul parce que Serena domine outrageusement? Et Novak Djokovic, il perd beaucoup de matchs? On a la même situation chez les hommes, pourtant ça ne choque personne. A Roland-Garros, je regardais jouer Bernard Tomic. Et je me disais, le joueur est top 20, mais il joue en marchant et en poussant la balle. J’étais avec Serena sur le court et je lui ai dit: «Tu te rends compte? Si c’était une fille qui jouait comme ça, on dirait que le niveau du tennis féminin est nul.»

- Selon un récent sondage auprès de joueurs professionnels, Serena se classerait aux alentours de la 500e place chez les hommes. C’est totalement farfelu?

- La comparaison entre les hommes et les femmes n’a aucun sens, ce sont deux sports complètement différents. C’est comme si on demandait combien Zidane vaut en tennis. Quelqu’un paierait pour aller voir le 500e mondial? Non.

- Que répondez-vous à ceux qui la réduisent à un physique?

- S’il suffisait d’un physique pour être numéro un, il y aurait beaucoup plus de dopage qu’il n’y en a! Contrairement à l’athlétisme, au cyclisme ou à la natation, le tennis n’est pas un sport de performance physique. Il y a une dimension physique mais c’est loin d’être celle qui prédomine. Parmi les âneries sur Serena, j’entends souvent: «Elle a de la chance, elle est hyper puissante.» Mais le volume musculaire, en tennis, c’est un énorme handicap car c’est un sport d’explosivité et de changements de direction. Ce qui compte pour développer de la vitesse et de la qualité de frappe, c’est le relâchement et l’accélération du poignet. Le volume musculaire, ça ne sert à rien. Le physique de Serena est inadapté au tennis.

- Comment compense-t-elle?

- Avant tout par son coup d’œil monstrueux, c’est une joueuse qui anticipe très tôt. Mais si elle domine le tennis de cette façon, c’est aussi grâce à son mental absolument hors norme. Elle pense comme une gagnante et a cette faculté d’oublier ses victoires dans la minute qui suit, quand d’autres font la fête pendant dix ans. En 2013, quand elle a remporté Roland-Garros onze ans après son premier titre, pendant sa récupération juste après la finale, elle m’a dit: «Maintenant, il faut gagner Wimbledon.» Elle était déjà passée à autre chose. Et Serena a cette espèce d’ego sur le terrain qui fait qu’elle refuse l’idée de perdre.

- Pour un coach, il est sûrement plus facile d’avoir à gérer un joueur doté de cet état d’esprit…

- Ce n’est pas une question de savoir si c’est facile ou pas, c’est la mentalité la plus adaptée pour gagner des grands titres et arriver au plus haut niveau, c’est certain. Je prends plaisir à l’entraîner mais je pense que c’est la personne la plus difficile du monde à entraîner. Parce que son niveau d’exigence est extrêmement élevé. Elle fait peur à tout le monde, personne n’ose lui parler…

- Elle déclare «ne pas être une joueuse ordinaire». Est-ce de l’arrogance?

- Pourquoi dire une vérité est-il perçu comme de l’arrogance? Bien sûr que ce n’est pas n’importe qui, c’est la plus grande joueuse de l’histoire. Encore un Grand Chelem à gagner et il n’y aura plus aucune discussion.

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