La société des Maxi One Design (MOD), dirigée par Ernesto Bertarelli, a annoncé officiellement lundi qu'elle se séparait avec effet immédiat de Pierre Fehlmann. Le navigateur morgien n'a donc plus aucune responsabilité dans la gestion de la flotte des huit maxi-voiliers et l'organisation du championnat du monde. Le secrétariat de la société a quitté les bureaux morgiens pour aller s'installer à Genève à la suite d'un déménagement forcé révélé dimanche par Le Matin. Le feuilleton se termine ainsi dans la confusion. Une issue qui ne faisait aucun doute depuis quelques semaines. Flash-back.

En décembre 1998, on baptise à Marseille le dernier-né de la flotte des huit gros monocoques de 24,5 m. Pierre Fehlmann est ravi car, alors qu'il avait été sur le point de renoncer, Ernesto Bertarelli, richissime industriel genevois passionné de voile, est venu à son secours, rachetant les bateaux et permettant ainsi l'achèvement de leur réalisation. Fehlmann et Bertarelli décrochent un partenariat avec Adecco et mettent sur pied le championnat du monde 1998. Huit bateaux, huit nations, un programme international et un «prize money» alléchant d'un million de francs suisses.

Tout était bien parti

Prologue entre Cadix et Lorient, première épreuve du championnat à Scheveningen aux Pays-Bas: tout se déroule bien. En apparence du moins. Fehlmann gère l'organisation de la compétition, Bertarelli barre son voilier suisse baptisé Alinghimax. C'est d'ailleurs au moment du Bol d'or, en juin, que les premiers bruits de ponton concernant des tensions au sein de l'organisation des MOD se font entendre. Bertarelli ne serait pas satisfait. Des têtes pourraient sauter.

Concrétisation en Allemagne lors de la semaine de Kiel. On frôle la rupture. Mais, finalement, on opte pour une réorganisation et une nouvelle répartition des tâches. Un certain Michel Bonnefou est nommé officiellement administrateur délégué. Fehlmann se voit cantonné à l'aspect sportif uniquement. En juillet, lors du Grand Prix de Lorient, le Morgien demeure muet comme une carpe: «Il y a eu des problèmes, mais cela s'est arrangé. Je préfère ne pas en parler.» La semaine suivante à Cowes, alors que les bateaux – et avec eux Ernesto Bertarelli – viennent de prendre le départ de la Course du Fastnet, dernière épreuve du championnat 1999, Pierre Fehlmann en profite pour laisser entendre son intention de quitter la société des MOD pour divergences de vues quant à l'organisation du championnat qui se termine bien. Pour la plus grande joie de ses organisateurs.

Une dernière régate hors championnat se déroule à Lisbonne. Bertarelli s'octroie une deuxième place. Fehlmann barre avec plaisir le voilier français. Pourtant, le conflit entre les deux hommes prend de l'ampleur. Fehlmann ne veut toujours pas se prononcer, mais son départ semble imminent et il ne l'aurait pas choisi. Survient enfin le coup de théâtre de ce dernier week-end.

Le mutisme de Fehlmann

Joint lundi par téléphone à Palma de Majorque, Fehlmann se refuse à tout commentaire: «Ce que vous avez pu lire ne correspond pas à ce que j'avais annoncé à Cowes. Je préfère ne pas en parler au téléphone. Rappelez-moi demain, je devrais être rentré en Suisse.» Entre-temps, un communiqué annonce la séparation officielle. «Je regrette d'avoir eu à prendre cette décision, car j'espérais beaucoup de cette collaboration. Je suis d'autant plus déçu que Pierre Fehlmann est le skipper suisse le plus connu au plan international et celui qui a le plus contribué au rayonnement de la voile suisse, écrit Bertarelli. Malheureusement, nos relations professionnelles se sont progressivement détériorées au point que notre collaboration en est devenue impossible. L'organisation en place assurera la préparation du championnat 2000 avec un accent particulier sur l'aspect sportif de la compétition. Le déménagement s'est précipité car le climat de confiance s'est très vite dégradé. Il était nécessaire de rapatrier les dossiers de la société le plus vite possible.» «Fehlmann ayant fait changer la serrure de son bureau personnel, on pouvait craindre que des dossiers disparaissent», précise de son côté Nicolas de Saussure, l'un des porte-parole de Bertarelli qui rappelle que cette décision ne concerne que Pierre Fehlmann, le reste de l'équipe continuant à œuvrer dans les nouveaux locaux.