Peut-être est-ce le secret de son galbe? Pippa Middleton (32 ans) aime les sports d’hiver et les courses d’endurance. La belle-soeur de William, Duc de Cambridge et petit-fils de la reine Elisabeth, sera au départ mardi soir de la Patrouille des glaciers, dossard 97. La présence à Zermatt d’une membre de la famille royale britannique est sans importance, mais pas sans intérêt. Elle vient rappeler ce que les sports d’hiver, particulièrement en Suisse, doivent aux sujets de Sa Très Gracieuse Majesté.

Les Anglais se sont passionnés pour nos montagnes bien avant nous. Au milieu du XIXe siècle, alors que les vallées alpines ne sont, dans l’imagerie populaire, peuplées que de loups, de crétins et de goitreux, ils arrivent par centaines à Zermatt, Davos ou Klosters, portés par les chemins de fer, les voyages Cook, le sentiment que le monde est un empire à conquérir. Ils fuient la révolution industrielle pour les bienfaits du thermalisme et l’attrait du romantisme. Lord Byron, Mary Shelley, William Wordsworth ou Arthur Conan Doyle les ont précédés et rapporté des récits baroques et fascinants. Le monstre de Frankenstein naît dans les Alpes suisses, Sherlock Holmes y meurt.

La prophétie de Conan Doyle

A Saint-Moritz, où l’hôtelier Johannes Badrutt a convaincu les riches curistes que la saison d’hiver était aussi belle que l’été, les Anglais inventent le skeleton et le bobsleigh. Leurs architectes revisitent le chalet suisse, qui conquiert les jardins des demeures aristocratiques et s’impose en retour dans les montagnes. Grâce aux sports d’hiver, Saint-Moritz est en 1878 la première commune de Suisse à s’éclairer à l’électricité.

Arthur Conan Doyle s’y installe en 1893 pour soulager son épouse, tuberculeuse. Pour tuer le temps, le père de Sherlock Holmes fait venir de Norvège une paire de skis, engage deux guides pour six semaines de cours et raconte, dans le magazine anglais The Strand la magie d’une descente au dessus d’Arosa dans un champ de neige immaculé. Prophétique, il annonce: «Le temps viendra où des centaines d’Anglais viendront en Suisse pour la saison de ski.» Ils sont aujourd’hui 700 000 par an.

Course aux sommets

Mais l’invention la plus anglaise est bien évidemment l’alpinisme. En 1787, six jours après de Saussure, le colonel anglais Mark Beaufoy effectue l’ascension du Mont-Blanc. Sans aucune visée scientifique, juste pour le défi et pour le sport, un mot qui n’existe pas encore. Quatre suivront en trente ans, puis cent de 1818 à 1860. C’est l’âge d’or de l’alpinisme et les Alpes sont the playground of Europe, selon la formule de l’écrivain et alpiniste Leslie Stephen.

A partir de 1850, les Anglais partent à la conquête de tous les sommets alpins. La pointe Dufour, le plus haut sommet de Suisse, cède le 1er août 1855 sous les coups de piolet de Charles Hudson. Deux ans plus tard naissent les premiers Alpine-Club, qui essaiment dans toute l’Europe. Ils organisent les compagnies de guides, font construire des refuges et garnissent les cimetières. A Zermatt, les patronymes anglais couchés dans le granit, à l’ombre de l’English Church, sont presque aussi nombreux que les Perren, Julen, Zermatten.

En 1863 à Olten, le géologue Rudolf Simler fonde le Club alpin suisse (CAS), dont l’une des missions est de ne pas laisser l’exploration des Alpes aux seuls étrangers. Mais les Anglais sont insatiables. Mummery, Collie et Slingsby innovent et se lancent pour la première fois sans guide. Le 14 juillet 1865, Edward Whymper, qui vient d’ouvrir les voies de L’Aiguille Verte et des Grandes Jorasses, se précipite pour être le premier en haut du mythe ultime, le Cervin. Mais lors de la descente, quatre hommes trouvent la mort, trois sont Anglais: Lord Douglas, Robert Hadow et Charles Hudson. Whymper est accusé d’avoir «fait un champ de course des cathédrales de la terre».

L’alpinisme perd de sa vigueur, le ski se développe. A Davos, une plaque posée en 1968 remercie Arthur Conan Doyle pour avoir popularisé les sports d’hiver en Suisse. A Mürren, un mémorial rappelle qu’un autre Anglais, Arnold Lunn, a lancé les premières compétitions de ski alpin dans les années 1920. Le contour lumineux des chalets de Gstaad, aujourd’hui la signature de la station bernoise, est une idée de l’actrice Julie Christie. Le Britannique le plus célèbre, James Bond, est venu trois fois skier en Suisse (Goldfinger, 1964, Au service secret de sa Majesté, 1969, Goldeneye, 1995). La famille royale a ses habitudes à Klosters, Roger Moore réside à Crans-Montana et James Blunt à Verbier. Pippa Middleton est en bout de cordée.