Scandale de la corruption au CIO, fiasco de la billetterie, fuite des sponsors, menace de déficit budgétaire, crise de confiance du public australien… Les Jeux de Sydney ont traversé bien des tempêtes, ces deux dernières années. Mais le calme et l'enthousiasme semblent revenus dans la ville olympique. A cinq semaines de l'ouverture, les organisateurs des Jeux peuvent enfin apercevoir le bout du tunnel. Et Michael Knight, le président du comité d'organisation des JO, avoue sans rougir être optimiste.

Le Temps: A moins d'un mois de la cérémonie d'ouverture, où en êtes-vous dans la préparation des Jeux?

Michael Knight: Nous sommes parfaitement dans les temps. Et en excellente position. Toutes les constructions définitives sont terminées. Le stade de Home-bush, la plus vaste de toutes, l'était même en mars de l'année passée. Nous avons donc pu tester plusieurs fois notre dispositif, notamment le réseau de transports, dont la ligne spéciale de trains qui amènera les spectateurs directement au parc olympique.

– Les problèmes de billetterie (lire ci-dessous) ont, semble-t-il, creusé un trou dans votre budget. On parle d'un déficit probable des Jeux…

– Je n'y crois pas. Le gouvernement et le secteur privé ont financé la préparation des Jeux au fur et à mesure que nous avancions. Les constructions sont donc toutes financées. Le comité d'organisation a reçu ces dernières semaines une rallonge (ndlr: environ 150 millions de francs suisses) des pouvoirs publics. Mais il avait assuré le financement de la piscine et du stade d'athlétisme, qui deviendront propriété de l'Etat après les Jeux. Les finances se sont donc équilibrées.

– Le scandale de la corruption au CIO vous a-t-il rendu la tâche plus difficile, notamment pour la recherche de sponsors?

– Malheureusement oui. Pendant une période, il a été très difficile pour nous d'attirer des sponsors. Et nous avons d'ailleurs, à cette époque, réduit nos ambitions en matière de partenariat. Mais je veux y voir un élément positif. La crise traversée par le CIO a permis au mouvement olympique de mettre en chantier une réforme de ses structures et de son fonctionnement. Et il en sortira plus fort. Ce n'était pas très agréable sur le moment, notamment pour nous, mais le bénéfice est maintenant réel.

– Vous avez été contraints de réaliser ces derniers mois plusieurs coupes budgétaires. Ces mesures d'économie ont-elles été faites au détriment de la qualité de votre organisation?

– Certainement pas. Le comité d'organisation a tout fait pour que les Jeux soient une réussite. Cela suffira-t-il? La réponse ne dépend plus de nous. Mais une chose est sûre: nous avons préparé des Jeux avant tout destinés aux athlètes. Nous en avions fait la promesse pendant la campagne de candidature, et nous ne nous en sommes jamais éloignés. Si vous visitez le village olympique, vous comprendrez pourquoi les athlètes qui ont eu l'occasion de le découvrir avouent tous n'en avoir jamais vu de pareil. Si vous vous promenez autour du stade olympique, le plus grand de l'histoire des Jeux, vous comprendrez également que nous avons dépensé de l'argent en visant la qualité.

– Quelle image de Sydney et de l'Australie voulez-vous montrer au reste du monde pendant ces JO?

– Nous aimerions faire de ces Jeux un grand spectacle de Sydney et de l'Australie. En commençant dès le premier jour, avec la première épreuve, le triathlon féminin, disputé devant l'Opéra, avec le pont et la baie en trame de fond. Cette image devrait, je crois, donner le ton. J'aimerais que le reste du monde nous voie comme un très beau pays, un pays moderne et ayant la capacité de réaliser de grandes choses.

– Les Jeux d'Atlanta ont connu trois sérieux problèmes, avec la sécurité, les transports et la technologie. Qu'avez-vous prévu pour éviter d'en connaître de pareils?

– Nous avons beaucoup appris des erreurs d'Atlanta. Pour les transports, nous avons décidé d'innover en créant une organisation indépendante, l'ORTA, en charge de tous les transports terrestres, le train, les bus, le ferry, pour le public, les athlètes, les spectateurs… Nous lui avons donné du pouvoir et des moyens. Et, surtout, nous avons fait en sorte de tester notre dispositif le plus souvent possible, à l'occasion de toutes les grandes manifestations, sportives ou pas, organisées à Sydney ces trois dernières années. En termes de sécurité, nous avons mis en place notre propre service, avec un seul homme, le responsable de la police, pour diriger toute la sécurité, olympique et non olympique, dans tout l'Etat de NouvelleGalles du Sud au moment des Jeux. Nous n'avons pas, comme c'était le cas à Atlanta, plusieurs services de sécurité travaillant à leur propre vitesse. Enfin, pour la technologie, nous avons négocié avec IBM un accord très particulier. Nous les payons plusieurs millions de dollars, en plus de leur partenariat avec le CIO, pour qu'ils s'occupent de l'ensemble du réseau informatique. Ils sont très motivés. Et nous sommes parfaitement confiants dans leur capacité à relever le défi.

– Où serez-vous pendant les Jeux? Comment allez-vous les vivre?

– Je vais commencer chaque journée par une série de réunions avec nos principaux responsables, puis nous aurons tous les matins une réunion avec le Conseil du CIO. Le reste de ma journée dépendra de la façon dont les choses se passeront, quels problèmes il faudra régler. J'aime le sport. Et j'aimerais voir un maximum d'épreuves. Mais j'ai pris soin d'aller en voir le plus possible à Atlanta, au cas où je serais trop occupé à Sydney.

– Quel est, aujourd'hui, votre pire cauchemar olympique?

– Pour être tout à fait franc, j'ai peur de tout ce qui est incontrôlable, tous ces éléments sur lesquels nous ne pouvons intervenir. Et j'ai peur, aussi, que nous ayons oublié quelque chose de vraiment important. Mais mon pire cauchemar, celui qui me réveille parfois en pleine nuit, c'est l'image d'un orage terrible qui s'abattrait sur le stade olympique en plein milieu de la cérémonie d'ouverture.