On peut être champion du monde et faire la manche. En Suisse du moins, et tel est le cas de Stéphane Lambiel. Début mars, son fan-club a en effet adressé aux 8000 ménages du district de Martigny un flyers intitulé: «Aidez Stéphane Lambiel à réaliser son rêve olympique». Ou, plus prosaïquement dit, à boucler son budget annuel d'environ 130 000 francs. Le plus inquiétant est que, selon le président du fan-club, Remo Sargenti, «Stéphane Lambiel n'est pas dans le besoin, il se trouve simplement dans la même situation que la plupart des sportifs d'élite suisses». A savoir face à un soutien insuffisant des organismes institutionnels.

Dans le cas du patineur valaisan, les structures sportives – la Fédération de patinage, Swiss olympic, etc. – fournissent à peu près la moitié du montant nécessaire pour lui assurer le salaire de ses entraîneurs, le coût de ses déplacements, du matériel et autres charges inhérentes à une telle carrière. A quoi s'ajoute l'apport d'une entreprise valaisanne – Papival – et celui, donc, de son fan-club. Lequel, fondé en 2000 et fort de 250 membres, avait déjà déniché 20 000 francs de la même manière lors de la saison 2003-2004.

Gageons que, depuis hier soir, tout va se précipiter rapidement: les félicitations émues de la Suisse officielle et sportive d'abord, l'arrivée de sponsors nouveaux ensuite. D'ailleurs, le processus a déjà commencé: la Banque Cantonale du Valais vient de signer – c'était avant le triomphe moscovite, en février exactement – un partenariat avec le petit prince de Saxon. L'opération, dit la banque, «s'inscrit judicieusement dans le territoire de ses valeurs: la proximité et la jeunesse». L'apport de l'établissement cantonal représente, selon sa direction, «une part importante du budget de Stéphane Lambiel, plusieurs dizaines de milliers de francs». Ce qui s'appelle avoir le nez creux. Alors que jusqu'ici, les pirouettes de Stéphane Lambiel ne lui rapportaient guère que des cacahouètes.