Entre autres conséquences, la pandémie de Covid-19 a conduit à un rajeunissement des contingents des équipes et à une augmentation du pourcentage des joueurs formés au club. Le fossé générationnel entre les entraîneurs et les joueurs s’est ainsi encore creusé, même si les récentes nominations de Julian Nagelsmann (33 ans) au Bayern, Matthias Jaissle (33 ans) à Salzbourg et de Ryan Mason (29 ans) à Tottenham (intérim), constituent de spectaculaires contre-exemples. Les différences entre générations sont également plus marquées que par le passé et cela doit nous interroger sur le rôle que peuvent jouer chacune d’elles.

Il reste à haut niveau quelques entraîneurs de la génération des baby-boomers (nés entre 1945 et 1964). Les progrès de la médecine et une meilleure hygiène de vie leur ont permis de retarder l’usure et de prolonger leur carrière, mais ils sont rares. On peut citer Roy Hodgson, Marcelo Bielsa ou Carlo Ancelotti. Le football assiste aujourd’hui à un phénomène bien connu dans le milieu du travail: la mise à la retraite des cadres seniors. On peut se demander si un entraîneur de plus de 60 ans peut encore connaître le succès ou, plus intéressant, comment il peut encore faire profiter de son expérience dans le coaching de haut niveau.

Une précédente chronique: Ne parlez plus de retraite à un sportif dans la trentaine

Nés entre 1965 et 1980, les entraîneurs de la génération X (Conte, Guardiola, Zidane) sont au sommet de leur art. Ils ont l’énergie, la résilience, l’autorité, la capacité d’innovation managériale et l’inventivité typique de leur génération, mais surtout des années d’expérience dans différents contextes, comme joueurs, formateurs, entraîneurs de la deuxième équipe. Ils connaissent la réussite, l’ingrédient principal pour la confiance en soi dans ce contexte sportif professionnel et incertain. Ils se sont entourés d’assistants fidèles et de préparateurs physiques en qui ils ont une totale confiance.

Un milieu particulier

Ce staff leur est indispensable, il les soutient et les protège. A leur tête, les «X» possèdent deux arguments décisifs pour réussir: la vigueur indispensable pour diriger une équipe, ainsi qu’une proximité avec la génération d’après, les «Y» ou les «milléniaux», qui est tout à fait ouverte à leur manière de diriger et qui représente la moitié des contingents d’une équipe. Ces joueurs sont les plus influents dans le vestiaire et les entraîneurs ont intérêt à les avoir avec eux.

Une étude de l’Observatoire du football CIES corrobore ces vues: le profil type d’un coach est celui d’un homme en poste depuis moins d’une année (301 jours), ayant grandi dans le pays du club dirigé (dans plus de sept cas sur dix), d’un âge de 50 ans. Ce dernier critère ne surprend pas. On parle d’un métier où l’énergie demandée est très grande dans un contexte très incertain, celui de la compétition, où les résultats conditionnent très fortement la «durée de vie» d’un entraîneur à son poste.

Les contingents actuels, constitués par les «zilléniaux» – amalgame de générations Z et Y –, supposent de la part de l’entraîneur principal des qualités supplémentaires et des staffs plus fournis pour gérer les joueurs. Ceux qui ont entre 18 et 25 ans (Sancho, Foden, Sané, Mbappé, Haaland) sont très branchés sur les réseaux sociaux, ultra-connectés, et ils veulent savoir si on les aime à travers un feed-back immédiat sur leur performance. Tout va très vite, ils sont extrêmement volontaires et veulent brûler les étapes. Cette ambition, généralement bienvenue dans le monde professionnel, peut être un désavantage dans un contexte comprenant au moins deux générations de joueurs, dirigés par un entraîneur d’une autre génération encore.

Comme un grand-papa

La génération des baby-boomers peut y avoir un rôle intéressant à jouer. Comme d’ailleurs les grands-parents pour les jeunes enfants, ils ont la distance nécessaire pour conseiller les uns (les entraîneurs) et les autres (les joueurs). Ils pourraient proposer une cellule d’aide au coaching à différents niveaux: aux jeunes entraîneurs qui débutent avec des juniors, aux entraîneurs qui font le pas vers une carrière professionnelle, à ceux qui traversent un moment difficile. Ce serait une manière de profiter de leur expérience.

Le sport professionnel a énormément évolué et de nouvelles figures sont apparues: les préparateurs physiques, les psychologues, les analystes vidéo, etc. Pourquoi ne pas songer à l’utilisation du savoir-faire des «vieux entraîneurs» et recourir aussi à leur sagesse, dans un rôle d’entraîneur superviseur, comme il en existe aujourd’hui dans plusieurs professions. Recours possible et même souhaitable. A certaines conditions.

Tout d’abord, ces entraîneurs à la retraite doivent avoir dépassé égocentrisme et méfiance, deux caractéristiques qui continuent à faire partie du profil du coach de haut niveau, métier de tous les dangers. Ensuite, il est indispensable que ces entraîneurs travaillent avec leurs collègues en étant engagés et payés par eux et non pas par le club. Enfin, les dirigeants doivent appréhender cette supervision comme un signe de maturité et non un aveu de faiblesse de la part de l’entraîneur qui décide d’y recourir.

Ce sont là des problèmes faciles à résoudre pour peu que chacun fasse preuve d’intelligence, d’altruisme et de sens moral. Des caractéristiques très présentes dans le football, on le sait bien…