Vainqueur de la Coupe du monde 2014, de la Coupe des confédérations 2017 et de l’Euro M21 2017 avec 65 joueurs différents, l’Allemagne était partie pour régner sur le football mondial, peut-être pas mille ans mais au moins six comme l’Espagne (de 2008 à 2012), une ambition qu’une défaite contre le cours du jeu face à la France en demi-finale de l’Euro 2016 ne paraissait pas devoir entraver.

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Et puis, en 2018, le séisme: l’élimination au premier tour de la Coupe du monde (défaites contre le Mexique et la Corée du Sud), suivie de sa réplique, la relégation dans le groupe B de la Ligue des Nations (derrière les Pays-Bas et la France). Vingt ans plus tôt, la Deutscher Fussball-Bund (DFB) avait fait sa révolution pour moins que ça (après un 0-3 en quart de finale de la Coupe du monde 1998 contre la Croatie).

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Du travail pour rattraper le retard

Comme à leur habitude, les Allemands ont commencé par laver leur linge sale dans le Bild («La DFB est dirigée par des amateurs», a lâché Karl-Heinz Rummenigge, le président du Bayern) avant de se mettre autour d’une table pour réfléchir. Le fruit de cette réflexion a été présenté par Oliver Bierhoff, le directeur des équipes nationales, le 13 février dernier au siège de la fédération, à Francfort.

Pour Oliver Bierhoff, qui a maintenu sa confiance au sélectionneur Joachim Löw et s’est lui-même vu conforté par le président Reinhard Grindel, le football allemand n’est pas si éloigné du sommet mondial. «Mais nous sommes derrière et il faut travailler pour refaire notre retard.» Selon lui, le système mis en place en 2000 «a vingt ans maintenant et a besoin d’être adapté».

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Le constat allemand est celui de beaucoup de pays: le football de rue a disparu et il n’a pas été remplacé par la formation, qui formate trop les individus. Il faut donc amener le foot de rue dans les clubs, laisser une place aux individualistes. «Nos analyses ont montré qu’au moins un tiers de nos talents ne sont pas promus de manière optimale», constate Joti Chatzialexiou, le directeur sportif de la DFB. «Nous avons besoin de retrouver un football plus naturel et plus instinctif. Nous devons donner à nos joueurs plus de liberté pour être créatifs et avoir du plaisir à jouer», souligne Oliver Bierhoff, qui utilise le terme de «Bolzplatzmentalität».

Le «bolzplatz» est ce que les Français nomment «city-stade» et les Belges «agora». Transposé dans le cadre formel du football structuré, cela signifie adapter les dimensions du terrain, la taille des buts et le nombre de joueurs à l’âge des enfants. «Faire jouer des petits à 7 contre 7 n’est pas approprié, reprend Joti Chatzialexiou, ils n’ont pas assez d’actions et doivent prendre trop peu de décisions.»

Mieux former les formateurs

Le projet allemand s’inspire de la Belgique, qui est allée très loin dans ce domaine et a obtenu d’excellents résultats avec son «approche cousue main», centrée sur le joueur et non sur l’entraîneur. L’une des clés du système belge a été de comprendre que la formation de l’entraîneur devait évoluer pour s’adapter aux joueurs modernes. «Qu’est-ce qui fait un bon entraîneur?» demanda lors de la présentation Meikel Schönweitz, qui a remplacé au 1er janvier Horst Hrubesch au poste d’entraîneur-chef des équipes nationales masculines. «Est-ce sa connaissance du football? Sa capacité à transmettre? Sa compétence sociale? Quel genre d’entraîneur devrait entraîner les équipes nationales juniors: l’ex-pro? L’entraîneur «laptop»? Le spécialiste des tranches d’âge? La réponse: tous.»

Puisque les moyens de la fédération allemande sont quasi illimités, les équipes de jeunes seront encadrées par trois coachs, un entraîneur en chef et deux assistants, avec toujours trois profils différents: un expérimenté, un innovateur, un spécialiste. Tous sont désormais sensibilisés aux principes clés de l’enseignement moderne: individualisation, flexibilité, numérisation. «Notre analyse a montré que nous ne formons pas nos professeurs de football en fonction des compétences qui sont demandées aujourd’hui», note Tobias Haupt, directeur de la DFB Academy.

La DFB, qui a aussi étudié les modes d’apprentissage en vigueur chez Google et en NBA, souhaite développer la formation à distance afin de réduire considérablement (de 50% durant la saison, de 25% hors saison) le temps passé par les entraîneurs loin de leur club dans le cadre de leur formation académique à Francfort. L’entraîneur «laptop» ne sera bientôt plus une singularité en Allemagne, juste un outil de la performance. La fédération espère que la Mannschaft sera à nouveau compétitive dès l’Euro 2024, qu’elle organisera.