Depuis deux ans, le court central de Flushing Meadows a un nouveau nom, dévolu à la mémoire d'Arthur Ashe. Depuis deux ans aussi, cette même enceinte, la plus grande de la planète avec ses 23 500 places, a un patron: Patrick Rafter, qui n'en est encore jamais sorti la tête baissée. Mais l'atmosphère est restée identique depuis vingt-deux ans, depuis que l'US Open a délaissé Forest Hills pour prendre ses quartiers dans le Queens, théâtre en général du tournoi du Grand Chelem le plus démentiel de l'année, là où les forces s'égalisent, permettant à l'agressivité et à la puissance de faire jeu égal avec la finesse et la guerre d'usure sur ce hardcourt considéré comme modérément rapide.

A quelques heures des premiers coups de raquettes, les courts sont encore faciles d'accès pour les jeunes supporters, qui collectionnent surtout les autographes de Sampras, Agassi et des sœurs Williams, bref le clan américain. Pour les sportifs, une odeur de soufre est déjà perceptible entre les allées. Pour les visiteurs, impossible d'échapper aux relents de hamburgers et hot-dogs. Les restaurateurs clament, fièrement, que les records de consommation, qui se chiffrent en dizaine de tonnes, seront battus.

La dernière occasion

De record plus sérieux, il en est question quand on évoque le numéro 1 mondial, codétenteur avec l'Australien Roy Emerson du nombre de trophées dans les épreuves du Grand Chelem et qui a les moyens de devenir l'unique recordman, s'il emporte son 13e trophée, le cinquième à l'US Open, comme Jimmy Connors, la référence dans ces contrées bruyantes. Sur sa route, Patrick Rafter visera la passe de trois, ce que seuls McEnroe (1979-81) et Lendl (1985-87) ont réussi depuis l'introduction de l'ère open. Mais tant Sampras que Rafter devront veiller à ne pas glisser d'emblée sur deux peaux de banane aux allures de piège, respectivement Safin et Pioline…

Dernière grande occasion de sauver, rater ou confirmer une saison, Flushing Meadows le sera plus que jamais cette fois encore. Chez les hommes comme chez les dames, la hiérarchie reste à établir pour une année équilibrée au possible où aucune véritable suprématie n'a été établie, quand bien même Pete Sampras semble sur un nuage depuis son succès à Wimbledon. Cinq numéros un mondiaux en sept mois chez les hommes, un mano a mano Hingis-Davenport chez les dames et surtout six vainqueurs différents à Melbourne, Roland-Garros et Wimbledon, soit Kafelnikov, Agassi et Sampras ainsi que Hingis, Graf et Davenport. Comme en 1998, où huit champions différents avaient été sacrés dans les quatre grands tournois. Qui a parlé de vacance du pouvoir?

Martina Hingis en quête de réhabilitation

L'un des finalistes de l'an passé, Pat Rafter, confiaient dimanche encore à leurs proches: «Aujourd'hui, tout peut se passer dès le premier tour, les visages changent constamment et au bas mot, pas moins de 200 tennismen peuvent, dans un bon jour, les faire trébucher.» Les décideurs des deux grandes chaînes qui couvrent la quinzaine, USA Network surtout, et CBS pour le dernier week-end, s'interrogent publiquement: est-ce bien la meilleure situation? «A la télévision, un sitcom ne peut pas captiver longtemps l'attention si l'ensemble de ses acteurs change presque à chaque épisode.»

Depuis le début de l'année, une place royale a été accordée aux outsiders, Hrbaty et Medvedev à Paris, Alexandra Stevenson, Jelena Dokic et Mirjana Lucic à Londres. Mais c'est à chaque fois un favori qui s'est imposé. A New York, les grosses pointures affichent leurs ambitions: Sampras, Agassi, Rafter ou Martina Hingis, Lindsay Davenport et les sœurs Williams. Mais une joueuse en particulier risque gros et se voit quasiment confrontée à son destin: en quête de réhabilitation après ses dérapages parisiens et ses ratés londoniens, Martina Hingis sera suivie à la loupe.