Directeur de Morat-Fribourg depuis 2018, Olivier Gloor estime que son rôle est de faire en sorte que la course ait «encore lieu dans cinquante ans». Mais à cinq mois de la 87e édition, prévue le dimanche 4 octobre, il ne peut pas garantir qu’elle se déroulera en 2020. Depuis sa création en 1932, elle n’a manqué au calendrier qu’une seule fois, en 1939. Mais comme tant d’autres manifestations, sportives ou pas, elle se retrouve aujourd’hui menacée par la pandémie de Covid-19.

Le Conseil fédéral doit annoncer ce mercredi des mesures d’assouplissement de l’accès aux infrastructures sportives. Il sera vraisemblablement bientôt possible de renouer avec les disciplines qui peuvent être pratiquées dans le respect strict des recommandations sanitaires d’usage. Mais l’horizon des compétitions et des rassemblements populaires demeure, lui, très chargé. Le marathon de Berlin a par exemple déjà été annulé alors qu’il était prévu à la fin du mois de septembre. Une petite semaine avant Morat-Fribourg…

Foule de coureurs et public dense

Ce mardi, les organisateurs de la «classique moderne» ont décidé de repousser l’ouverture des inscriptions, qui marque le départ symbolique de l’épreuve, au 15 juin. «Nous n’avons d’autres choix que de rester humbles et de mesurer l’évolution de la situation lors des prochaines semaines, note le responsable. Nous ne commencerons à enregistrer des inscriptions que s’il y a un espoir raisonnable d’aboutir, mais même dans ce cas, nous devrons réévaluer les choses constamment. Nous risquons de nous engager dans une lutte qu’on ne pourra peut-être pas mener à bien.»

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Morat-Fribourg, c’est une foule de marcheurs et de coureurs s’élançant à l’assaut de la terrible montée de La Sonnaz, mais aussi un public dense dans les rues des deux cités et toute la campagne traversée. Olivier Gloor le reconnaît: par les temps qui courent, difficile de se projeter sur une édition classique, avec 13 000 personnes libérées à Morat par blocs de 1000 toutes les trois minutes, dans une joyeuse cohue qui jure fort avec les principes de distanciation sociale que la lutte contre le nouveau coronavirus a imposés. Avec son équipe, il réfléchit à «différents scenarii», dont certains sacrifieraient la partie festive de l’événement pour sauver, au moins, la course en elle-même.

La lumière au bout du tunnel

Mais leur marge de manoeuvre n’est pas immense. «Le parcours emprunte la route cantonale de Morat à Fribourg, il n’est pas envisageable de la fermer tout un week-end pour que les participants puissent s’élancer de manière plus répartie», souligne-t-il. Pas question, non plus, de changer de date, par souci de diligence vis-à-vis des autres événements prévus à cette époque de l’année. Mais les organisateurs ont préféré jouer la montre encore un peu plutôt que de tout annuler de manière trop précipitée. «Ce qu’il y a de terrible dans la période que nous vivons, c’est l’incertitude, le fait de ne pas savoir de quoi les prochains mois seront faits, de ne rien pouvoir prévoir. Si Morat-Fribourg pouvait être une lumière au bout du tunnel pour les amateurs de course à pied, ce serait super», lance Olivier Gloor.

L’épreuve commémorative de la bataille de Morat a pour elle de reposer sur des appuis solides: une participation essentiellement suisse et des sponsors de longue date. «Aucun n’a profité de cette période difficile pour se désister», remarque le directeur. Cela devrait permettre d’assurer la pérennité de la course à moyen terme, même elle devait finalement capituler face au coronavirus.