E-sport

Plongée dans la Coupe du monde de «Fortnite»

Grâce à la Coupe du monde, plusieurs jeunes sont devenus millionnaires. Les cinq Suisses n’ont pas fait les résultats espérés. En finale solo, le Fribourgeois Kinstaar s’est tout de même hissé à la 26e place

Fébriles, ultra-concentrés et encadrés comme des stars. Quand 200 gamers professionnels de Fornite sont lâchés en plein New York, les messages crépitent sur les réseaux sociaux. Comme «Imagine t’es à New York et tu restes enfermé dans ta chambre d’hôtel, c’est grave nan?» du joueur suisse Vato (qui a tout de même posté le même jour, sur Twitter, une photo de Central Park avec un smiley aux yeux en forme de cœur). Ou une petite vidéo diffusée par son compatriote Airwaks, tout content de pouvoir s’admirer sur grand écran à Times Square, grâce à un clip.

«Une villa pour la mama»

Mais ça, c’était avant. Avant les trois jours de folie, de vendredi à dimanche, de la première Fortnite World Cup, cette Coupe du monde où les joueurs évoluent en mode survie et combattant sur une île virtuelle qui se rétrécit plus le temps avance. Au départ, ils sont 100. A la fin, il n’en reste plus qu’un seul. Le dernier survivant.

Parmi les 100 joueurs solos et 50 duos à la quête du graal (des récompenses qui ont de quoi faire tourner la tête): il y avait cinq Suisses. Le Fribourgeois Kinstaar (Duong Huynh, 19 ans), qualifié en solo et en duo; le Genevois Airwaks (Karim Benghalia, 24 ans); le Vaudois 4zr (Jérémy Dang, 14 ans) et le Neuchâtelois Vato (Pierre Mesey, 20 ans), tous trois en binôme. Sans oublier l’Alémanique Issa (Issa Rahim, 17 ans), né en Suisse, mais présenté, en solo, sous sa nationalité irakienne.

Tous logeaient au Grand Hyatt Hotel, tout près du Chrysler Building, cocoonés comme des chenilles pas encore tout à fait sorties de leur chrysalide. Ce week-end, aucun n’a décroché le gros lot. C’est un Américain de 16 ans, Bugha (Kyle Giersdorf), qui a remporté dimanche le titre de champion du monde et les 3 millions de dollars qui vont avec. Il a dominé le tournoi depuis le début, très bon dans chacune des six parties de vingt minutes de Fortnite, Battle Royale. Quand il a soulevé la coupe, ce jeune à la silhouette allongée, victime d’un lâcher de confettis, ne semblait toujours pas se rendre vraiment compte de ce qui lui arrivait.

Kinstaar, 26e, a tout de même remporté 50 000 dollars, tout comme Issa, 37e. Samedi, lors de la journée des duos, le premier Suisse à apparaître dans le classement était Vato, en équipe avec le Français Skite, en 10e position. Ils ont désormais 225 000 dollars à se partager. 4zr s’est placé en 13e position avec son coéquipier. Airwaks n’a été que 29e. Il rentrera, comme 4zr, avec la somme minimale de 50 000 dollars attribuée à chacun des participants. La veille pourtant, lors d’une journée caritative, il avait remporté, en duo, 1 million de dollars pour le WWF. Sur Twitter, à quelques heures de sa finale, il a plaisanté en postant un extrait d'un clip de Mister V chantant «Demain, j’achète une villa pour la mama». La maman d’Airwaks va encore devoir patienter un peu.

Des gourdins gonflables

La Coupe du monde s’est déroulée dans le Queens, dans le stade Arthur-Ashe, capable d’accueillir près de 23 000 personnes et qui héberge habituellement le tournoi de tennis de l’US Open. Dimanche, il était loin d’être plein. Il était par contre ultra-climatisé. De quoi – il faut bien trouver un avantage – neutraliser les odeurs de pizzas, hot-dogs, frites, bières et pop-corns qui s’empilaient dans les rangées.

«J’essaie de ne pas stresser et de me concentrer sur mon jeu», répète Skite au présentateur qui l’interroge en hurlant dans son micro. Les spectateurs les plus motivés, surtout des jeunes et des familles, agitent leurs gourdins gonflables. Les plus valeureux ont enfilé leur masque en carton version «Marshmello». Le youtubeur et DJ Marshmello himself était là pour ouvrir les feux avec un mini-concert et électriser l’atmosphère.

Au milieu du stade, malgré toute l’agitation ambiante, les 100 joueurs étaient concentrés, parqués dans leur box, dont le devant était recouvert d’un écran qui les filmait. Au-dessus, des écrans géants diffusaient les parties des meilleurs joueurs pendant que deux présentateurs surexcités s’égosillaient. Les boules Quies violettes distribuées avec les billets d’entrée ont trouvé beaucoup d’oreilles dans lesquelles se loger.

Pour participer à cette Coupe du monde, l’âge minimum requis était de 13 ans. C’est l’âge de l’Argentin King (Thiago Lapp), tout mignon dans son t-shirt clair. Petit mais costaud. Fin stratège, il prend des risques et n’a pas froid aux yeux, affichant un style ultra-agressif. Dimanche, lors de la finale solo, il a su se hisser à la 5e place, entraînant l’admiration de ses pairs. La star de la journée, c’était finalement aussi lui.

Ninja, 500 000 dollars par mois

Les joueurs sont toujours plus entraînés comme de vrais athlètes: exercices physiques, alimentation saine, préparation mentale et tests de résistance au stress. D’ailleurs, ne les traitez pas de geeks, ils risqueraient de mal le prendre. Ce sont des «superstars». Sur les réseaux sociaux, certains sont de véritables influenceurs, qui côtoient des célébrités.

Lire aussi: La préparation physique bien réelle des athlètes virtuels

L’Américain Tyler Blevins, ou «Ninja», qui partage avec la footballeuse Megan Rapinoe une passion pour les teintures de cheveux improbables, était par exemple l’an dernier le streamer le plus populaire sur Twitch, avec plus de 10 millions de followers. Sur YouTube, il est suivi par 20 millions de personnes. Selon The Business Insider, le joueur de 27 ans gagne près de 500 000 dollars par mois en jouant à Fortnite depuis sa chambre à coucher, où il reste scotché devant son écran pendant près de douze heures par jour. Heureusement, sa femme est aussi une joueuse professionnelle.

C’est le plus populaire des joueurs pros, régulièrement invité sur des plateaux de télévision. Mais finalement pas toujours chanceux: Ninja n’a pas été qualifié pour cette toute première Coupe du monde. Ce qui a constitué une grosse surprise chez les gamers.

A New York, les sommes en jeu étaient phénoménales: en tout, les joueurs se sont partagé 30 millions de dollars. Epic Games, l’éditeur du jeu et filiale du géant de l’internet chinois Tencent, avait lors des dix semaines de qualifications virtuelles, qui se sont déroulées du 13 avril au 16 juin, déjà alloué 1 million de dollars par semaine pour les joueurs. Rien que pour 2019, ce sont 100 millions de dollars que la structure compte dépenser, en organisant d’autres tournois, «dans une grande variété de modes et de formats, afin d’élargir le champ compétitif», précise un communiqué.

Le secteur du gaming est aussi dynamique que compétitif. Sorti en été 2017, Fornite, qui reste gratuit, connaît un succès phénoménal, avec plus de 250 millions de joueurs et des recettes de 2,4 milliards de dollars en 2018. Mais, déjà, Apex Legends, un jeu de tir, commence à lui faire de l’ombre. Et ses promoteurs n’hésitent pas à mettre le paquet: Ninja aurait reçu 1 million de dollars pour y jouer quelques heures à sa sortie.

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