Les responsables de la Fédération internationale de ski (FIS) n'hésitent plus une seule seconde. Si la météo met en danger les coureurs, elle renvoie ou annule une course sans discuter. C'est ce qui s'est produit ce week-end à Sankt Anton, où les descentes masculine et féminine des championnats du monde ont été reportées à mardi (lire ci-dessous). La FIS ne badine pas avec la sécurité, notamment depuis le décès de l'Autrichien Gernot Reinstadler lors de la descente du Lauberhorn en 1991, puis celui de sa compatriote Ulrike Maier lors de la descente de Garmisch trois ans plus tard.

«Nous sommes effectivement devenus beaucoup plus prudents, explique Günter Hujara, l'un des cinq professionnels de la FIS chargés de la sécurité. Nous essayons d'apporter continuellement des améliorations à ce domaine.» De fait, les responsables de la FIS inspectent chaque année toutes les pistes accueillant des épreuves de Coupe du monde. «Nous faisons régulièrement changer soit les filets de sécurité, soit les installations qui les supportent.» Les organisateurs de la descente du Lauberhorn se sont vus contraints récemment de modifier les ancrages de certains filets. «Il nous en a coûté 450 000 francs sur deux ans, confie Fredy Fuchs, chef technique de l'épreuve bernoise.» Présent aux championnats du monde de Sankt Anton, Fredy Fuchs ne nie pas l'importance de la sécurité. Mais, pour des questions de coûts, il n'accepte pas de gaieté de cœur les diktats de la FIS. «Si nous voulons que notre épreuve continue d'appartenir

à la Coupe du monde, il nous faut pourtant bien en passer par là.»

Au Lauberhorn, les responsables de la sécurité de la FIS n'ont pas seulement réclamé des modifications de matériel. Ils ont aussi exigé une évolution du tracé. «Nous faisons ce genre de chose en fonction de l'évolution du matériel des skieurs et de l'amélioration de leurs qualités athlétiques, précise Günter Hujara. Nous tenons à contrôler leur vitesse et la longueur de leurs sauts.» Une volonté louable. Mais ne nuit-elle pas au spectacle? «Pas du tout, estime le juge-arbitre allemand. Ici, à Sankt Anton, les descendeurs ont protesté au terme de leur premier entraînement. «Cela tourne beaucoup trop», nous ont-ils dit. Lors des deux séances chronométrées suivantes, ils ont eu l'opportunité de «goûter», à leur corps défendant, à la dureté, la vitesse et la raideur de la piste, au point que la plupart ont terminé complètement épuisés. Je vous assure qu'aujourd'hui, ils ne trouvent plus que cela tourne trop….» Et d'ajouter: «Il y a cinq ans, les skieurs s'opposaient au système d'injection d'eau, qui permet de rendre les pistes plus dures. Aujourd'hui, ils protestent si les organisateurs d'épreuves n'utilisent pas de tels procédés.»

Les responsables de la sécurité de la Fédération internationale de ski n'agissent pas seulement sur les tracés ou les éléments de sécurité qui les bordent. Ils imposent aussi leurs vues aux fabricants de skis, coupables à leurs yeux de produire du matériel permettant d'aller de plus en plus vite. Depuis l'apparition des skis carvés, un règlement limite ainsi le rayon des skis. Il faut savoir que plus la taille de guêpe du ski (obtenue en mesurant la largeur de la spatule, du patin et du talon) est prononcée, plus le rayon du virage est court. Ce qui a pour conséquence de solliciter énormément les ligaments des genoux des athlètes. «Le fait que le rayon soit modifié de temps à autre nous oblige à construire de nouveaux moules de fabrication, affirme Philippe Auer, chef de course de l'équipementier français Salomon. Cela nous coûte une fortune.»

Philippe Auer affirme qu'il lui est très difficile d'accepter les décisions de la FIS. «Bien sûr, la sécurité est importante. Les skieurs vont de plus en plus vite, il y a de plus en plus de blessés et le ski devient très pointu. Mais ce qui me navre, c'est que nous investissons énormément sans avoir rien à dire. On nous écoute poliment, sans plus. Nous ne pourrons pas toujours l'accepter.»

Salomon et les autres équipementiers ne sont pourtant pas au bout de leurs peines. Mandaté par la FIS pour étudier, l'année dernière, toutes les chutes qui se sont produites sur le circuit féminin, le professeur Werner Nachbauer, ingénieur en biomécanique à l'Université d'Innsbruck, a mis au point de nouvelles normes touchant au rayon des skis, ainsi qu'à la hauteur des plaques fixées sous les fixations. Le professeur autrichien – qui procède cet hiver à des études sur les circuits masculin et féminin pour le compte de l'IRT (International Racing Teams, qui regroupe les fabricants de skis et de fixations, notamment) – préconise une modification des normes en vigueur chez les jeunes. Jusqu'ici, la FIS s'est bornée à les recommander, contrairement à ce qu'elle a fait en Coupe du monde. La sécurité, oui, mais d'abord chez les plus anciens, en quelque sorte.