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Des supporters du Guangzhou Evergrande. La Chine veut exporter ses joueurs au Portugal, mais sait aussi attirer les étrangers. Le club s’est offert l’Argentin Dario Conca pour 7 millions d’euros. 
© © Thomas Peter / Reuters

Football

Le Portugal craint l’occupation chinoise

Intégrer des joueurs chinois aux meilleures équipes du championnat: voilà l’étonnante contrepartie négociée par la multinationale Ledman pour sponsoriser la deuxième division portugaise. Symptomatique d’un Empire du milieu qui se rêve en nouvelle puissance du ballon rond

La deuxième division portugaise va-t-elle devenir un laboratoire européen du football chinois? C'est le souhait de la multinationale Ledman, basée à Shenzhen, qui a conclu cette semaine un accord de sponsoring avec la Ligue portugaise de football professionnel (LPFP). Selon le communiqué de l'entreprise, «dix joueurs et trois entraîneurs assistants chinois seront intégrés dans les dix meilleurs clubs de deuxième division portugaise pour améliorer leur niveau». D'un partenariat commercial découlerait ainsi des contraintes sportives, une forme de recrutement forcé.

L'annonce a provoqué son lot de réactions incrédules et outrées. «On ne peut pas nous imposer la venue de joueurs chinois, cela doit rester une option», a estimé le patron des clubs de Ligue 2 José Godinho. «Nous ne comprenons pas que la Ligue accepte qu'un groupe économique impose des joueurs aux clubs et aux entraîneurs», a dénoncé le président du Syndicat des joueurs professionnels Joaquim Evangelista. De son côté, la LPFP a tenté cette semaine de calmer le jeu: d'une, l'accord signé en Chine par son président Pedro Proença doit encore être validé par la direction à son retour; de deux, «la Ligue garantit que rien ne sera imposé aux clubs», a affirmé le directeur de communication Germano Almeida. Tout en admettant qu'il «y aura bien un échange de footballeurs».

Prime à l'embauche

De fait, «personne ne peut imposer l'embauche d'un joueur dans un club, c'est interdit par les règles de la FIFA, de la Fédération portugaise de football et par la Ligue, a indiqué à l'AFP l'avocat spécialiste du droit du sport Joao Manteigas. Mais il y a une façon de les contourner en proposant aux clubs une prime pour l'embauche de joueurs chinois: tant qu'il n'y a rien d'obligatoire, c'est parfaitement légal». En 2015, les clubs de deuxième division avaient en prévision établi une grille de compensation financière pour l'engagement de joueurs chinois qui devait servir de base de négociation avec Ledman.

Pour l'heure, la LPFP ne confirme rien, ni les montants du contrat, ni ses termes exacts, ni le changement de nom de la division (de «Segunda Liga» à «Ledman Proliga»). Mais les inquiétudes vont bon train. Il n'y a pas si longtemps, voir des acteurs chinois perturber la (très relative) routine du football européen aurait tenu de la science-fiction. Mais depuis quelques années, l'Empire du milieu se passionne pour le ballon rond et avance ses pions. A tous les niveaux.

Présence européenne

2015 restera comme l'année de la grande offensive. En janvier, le groupe Wanda (dirigé par Wang Jianlin, 42e fortune du monde) est devenu actionnaire de l'Atlético Madrid à hauteur de 20% pour 45 millions d'euros. En juillet, la société Ledus s'est offert le FC Sochaux-Montbéliard, en reprenant l'intégralité des parts de l'actionnaire historique, PSA Peugeot Citroën. En novembre, l'entreprise Rastar Group a racheté 56% des parts de l'Espanyol Barcelone. Début décembre, enfin, un consortium des fonds d'investissement chinois China Media Capital et CITIC Capital a acquis, pour 375 millions d'euros, 13% de Manchester City.

Lire aussi: «Le Sochaux chinois s'échoue»

De leur côté, les clubs de Chinese Super League cassent leur tirelire pour attirer des joueurs de renom. Le premier coup d'éclat en la matière a été le transfert de l'Argentin Dario Conca, en 2011, de Fluminense (à Rio) vers Guangzhou Evergrande pour 7 millions d'euros et un salaire annuel annoncé de 10,6 millions d'euros, ce qui faisait alors du demi offensif, jamais sélectionné en équipe nationale, le cinquième footballeur le mieux payé du monde. D'autres grands noms ont depuis répondu à l'appel du football chinois, de Nicolas Anelka à Didier Drogba, en passant par Robinho et le Français Guillaume Hoarau, aujourd'hui à Young Boys. La tendance se confirme cet hiver: Ramires (Chelsea) vient d'être engagé par Jiangsu Suning, Gervinho (Roma) par Heibi China Fortune FC et Fredy Guarin (Inter) par Shanghai Greenland Shenhua.

Nouvel ordre mondial

Dans un rapport publié la semaine dernière, la FIFA remarquait que la Chine avait augmenté les montants dépensés sur le marché des transferts de 65,4% entre 2014 et 2015, à 154,3 millions d'euros, participant à un «nouvel ordre mondial» en la matière, où les clubs asiatiques investissent beaucoup plus que ceux d'Amérique du Sud (294 millions d'euros contre seulement 89).

Il n’y a pas vraiment de culture foot en Chine, mais elle commence à se développer

Tout cela répond à une volonté politique majeure. Début 2015, le gouvernement chinois dévoilait un plan en cinquante points pour faire de la Chine une place forte du football mondial. Tous les niveaux sont concernés, le sportif (multiplication par dix, de 5000 à 50 000, et en dix ans du nombre d'écoles où le football est enseigné), le financier (création d'une loterie pour nourrir le développement de la discipline) et même le politique (séparation des structures dirigeantes du football de celles, étroitement liées au gouvernement, qui gèrent le sport en général). But ultime, pour le président et leader du Parti communiste Xi Jinping, véritable fan de football: se qualifier à nouveau pour la Coupe du monde, en organiser une… et en gagner une.

Peu de jeunes joueurs

La route promet d'être longue. Sélectionneur de l'équipe nationale depuis février 2014, le Français Alain Perrin a été démis de ses fonctions début janvier, alors que la perspective d'une participation au Mondial 2018 devenait de plus en plus hypothétique. «On part de très, très loin concernant la formation», expliquait-il à L'Equipe en décembre dernier. «La particularité du football en Chine est qu'il n'y a pas de structure associative, donc très peu de licenciés en catégorie de jeunes. (…) Une anecdote: il y avait la remise des oscars du foot, il y a quelques semaines, et celui du meilleur espoir n'a pas été remis car il n'y a pas assez de joueurs de moins de 23 ans. L'éclosion des joueurs est assez tardive. Il n'y a pas vraiment de culture foot, mais elle commence à se développer.»

Pour accélérer le processus, les autorités envisageraient de donner la nationalité chinoise à des footballeurs étrangers, a rapporté cette semaine le Wall Street Journal. Une pratique qui existe ailleurs (le Qatar en a par exemple fait une spécialité), mais qui résonnerait de manière particulière dans un pays dont le droit ne reconnaît pas la double nationalité. L'idée a été accueillie dans une «tempête de protestations», souligne le journal. «Peut-être qu'un jour, il sera possible d'incorporer des étrangers, mais cela ne doit pas nous exonérer de poursuivre la voie fondamentale qui est la formation des jeunes», écrit le Zhongguo Tiyu Bao («Journal des sports de Chine»), cité par le Courrier International.

La formation, la progression de jeunes talents: voilà qui fait écho au partenariat signé par Ledman et la Ligue portugaise de football professionnel, dernière manifestation en date et symbole de la volonté chinoise de jouer un rôle dans le sport le plus populaire du monde.

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