Depuis une semaine, le téléphone n'arrête pas de sonner à la carrosserie d'Alain Balet. Même la presse thurgovienne s'enquiert des réminiscences de «M. Coupe», auteur de quatre buts en trois finales, anomalie superbe pour un défenseur. «Je dois toute ma notoriété à ces quatre buts. J'ai eu du pot. En quinze ans de carrière, j'ai peu marqué.»

Raconté par Alain Balet, le FC Sion est le dépositaire d'un petit supplément d'âme, le chantre d'une légende valaisanne. «La population nous a donné la force, le courage de repousser nos limites. Quand nous allions au Wankdorf, nous partions presque à la guerre, je dirais. Nous représentions la mentalité valaisanne. C'était profondément ancré dans nos têtes.»

Aux mécréants de la modernité triomphante, le FC Sion a opposé le serment des braves. «Nous colportons ce mythe de la volonté qui déplace des montages mais, en l'occurrence, c'était un peu le cas. Nous avons gagné toutes nos finales avec la combativité. A l'époque, nous étions une modeste équipe au ventre mou, guère mieux. Le public a décuplé notre allant. A un mois de la finale, nous ne pouvions plus sortir dans la rue sans entendre: «Ramène-nous cette Coupe. Tout le Valais compte sur toi.» Aujourd'hui, c'est pareil. Les joueurs sont constamment harcelés.»

Racontée par Alain Balet, «la magie de la Coupe» confine à la sorcellerie: «Il y avait un côté mystique. En 1980, une voyante a prédit que jamais nous allons perdre. Quelques années plus tard, j'ai moi-même consulté une personne qui avait des dons de voyance. Elle a confirmé. Ces prédictions, bien sûr, restent invérifiables, mais elles entretiennent la légende. Les rumeurs circulent dans les vestiaires. Elles influent sur les jeunes générations, sur les renforts étrangers, et... sur l'adversaire.»