Il était quatrième sur seize concurrents à prendre le départ du barrage et les spectateurs avaient applaudi avec un enthousiasme poli la prestation de ce charmant inconnu. Mais au fur et à mesure que les cadors du circuit mondial échouaient derrière lui, le Brésilien Pedro Veniss a commencé à y croire. «Quand j’ai vu que Rolf-Göran Bengtsson (ancien numéro un mondial) n’avait pas été plus rapide que moi, je suis parti dans les écuries avec mon cheval et ma groom. Là, on a attendu la fin du barrage en écoutant les réactions du public. Je me souviendrai toute ma vie de cette journée.»

Pedro Veniss 33 ans, accent chantant de paolista et tête de gendre idéal a remporté à Genève sa première grande victoire sur le circuit international. Il a devancé au barrage le Belge Olivier Philippaerts et l’ancien numéro un mondial Scott Brash. Il a surclassé Steve Guerdat surtout, qui rêvait de remporter ce Grand Prix Rolex pour la dernière épreuve de son cheval olympique Nino des Buissonnets.

En Belgique avec Nelson Pessoa

Pedro Veniss s’est mis à cheval dans sa ville natale de Sao Paulo. Dès l’âge de 12 ans, il a pris l’habitude de passer ses étés en Europe pour se frotter aux meilleurs cavaliers du circuit. Après son bac, il a débarqué en Belgique dans les écuries du sorcier brésilien Nelson Pessoa. Il avait prévu d’y passer un an avant de commencer l’université. La fac l’attend toujours.

Aujourd’hui il est installé à un jet de pierre des écuries Pessoa avec un autre cavalier originaire de Sao Paolo, Cassio Rivetti. Il a épousé une Espagnole avec qui il a eu trois enfants et il a embauché son cousin pour travailler les jeunes chevaux. Quant à son étalon, Quabri de l’Isle, il appartient à sa belle-mère.

«Je n’ai pas pu participer aux Jeux olympiques de Londres car j’ai perdu mon cheval juste avant», raconte-t-il. Alors deux ans plus tard, ma belle-mère m’a dit: «je veux que tu aies la chance de monter les Jeux olympiques chez toi à Rio. Je t’achète un cheval.»

Un cheval pour les JO

Il suivait depuis longtemps la carrière d’un petit étalon alezan, Quabri de l’Isle. Le selle-français a appartenu à Rodrigo Pessoa. Il est ensuite passé par les écuries de l’oligarque ukrainien Alexander Onishenko qui souhaitait le revendre.

Pedro Veniss a commencé par les petits concours deux étoiles, pour progressivement haussé le niveau. «Il a amené Quabri jusqu’aux 5 étoiles, mais sans vouloir le changer. Il a essayé de le comprendre», a dit à Equidia le sélectionneur de l’équipe du Brésil Jean-Maurice Bonneau. «C’est un cavalier d’équipe extraordinaire qui est toujours partant. Il donne le maximum.»

Seizième aux JO de Rio

L’histoire rappelle celle d’un autre concurrent qui avait lui aussi reçu son premier cheval de haut niveau pour monter les Jeux olympiques à domicile, le Britannique Scott Brash. Celui-ci avait remporté la médaille par équipe et était devenu numéro un mondial.

Pedro Veniss n’a pas un tel palmarès. L’équipe du Brésil s’est classée à la cinquième place à Rio et le cavalier s’est emparé d’un honorable 16e rang en individuel. Mais l’aventure est loin d’être terminée. Grâce à une troisième place en septembre à Calgary, Pedro Veniss a été invité à monter le CHI de Genève.

Car il n’est pas toujours facile pour les cavaliers extra-européens d’accéder aux grands concours. Grâce à sa prestation à Genève, Pedro Veniss pourra défendre ses chances l’été prochain à Aix-la-Chapelle, la Mecque du saut d’obstacles. Et leur histoire ne fait sans doute que commencer.

Des adieux émouvants à Nino

Le Grand Prix Rolex était aussi le dernier concours de Nino des Buissonnets, la monture olympique de Steve Guerdat. Le champion jurassien a pris beaucoup de risques au barrage pour s’offrir cette dernière victoire, mais Nino a refusé un obstacle abordé trop de biais. Le couple a fini au douzième rang.

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«Je m’en veux, je me suis planté au barrage», a analysé le champion. «Je m’attendais à ce que ces adieux soient forts, beaux et intenses, mais ça a dépassé toutes mes espérances.» C’est en larmes et sous les applaudissements d’un public ému que Steve Guerdat a symboliquement dessellé son cheval sur la piste pour un dernier tour d’honneur sous les projecteurs.