Samedi, l'air était brûlant à Rio de Janeiro. Par 35 degrés, seuls les supporters du Vasco étaient venus soutenir leur équipe au Maracanã. En dépit du chaos pour acheter les places, près de 65 000 personnes s'étaient déplacées pour voir un des matches phares du premier Mondial des clubs, qui a lieu en ce moment au Brésil. Pour le stade mythique, rénové pour la circonstance, et pour une compétition internationale, cela peut être considéré comme un fiasco. Quelque trois cents Anglais étaient également présents dans les gradins. Le visage rouge, ils criaient des slogans pro Manchester puis lançaient des insultes contre le Vasco. «Les organisateurs ont fait exprès de nous faire jouer en fin d'après midi, et non le soir. Regardez nos joueurs: ils sont cramoisis et n'arrivent pas à courir», se plaignait l'un d'entre eux. De fait, sur le terrain, le Manchester United, sans Beckham suspendu, semblait l'ombre de lui-même (lire ci-dessous).

«Coup monté de la presse»

Les joueurs anglais, depuis le début de cette compétition ont beaucoup déçu. Sportivement, mais aussi hors des terrains. Alors que l'équipe revenait d'une promenade à la plage dans la zone chic de Sao Conrado, une touriste mexicaine a voulu se faire prendre en photo avec Beckham. Elle fut fortement bousculée par l'attaquant Cole et traitée d'imbécile. Plus tard, dans le hall de l'hôtel, Cole se réjouissait que les photographes ne l'aient pas piqué «en flagrant délit». Enfin, l'entraîneur Alex Ferguson, loin de s'excuser pour l'incident, déclara que c'était un coup monté de la presse!

L'affaire a dégoûté un peu plus les Brésiliens, déjà blessés par le peu d'enthousiasme manifesté par les Anglais pour cette compétition. La direction de Manchester a finalement accepté de participer à ce premier Mondial des clubs uniquement pour répondre aux pressions de la FIFA. Mais tout comme le Real Madrid, elle ne donne guère d'importance à cette manifestation. Conséquence: ce premier Mondial des clubs a comme une odeur de pétard mouillé. Annoncé en fanfare par l'organe faîtier du football mondial, il n'a guère séduit ni les spectateurs du monde entier ni même les Brésiliens.

«C'est bizarre, car normalement les Brésiliens sont fous de leur club. Ils l'aiment parfois plus que la seleçao. Le maillot national nous motive tous les quatre ans, alors que nous avons l'amour de notre club au quotidien», explique Raimundo Lopes, torcedor (supporter) du Vasco, l'un des plus grands clubs de Rio. De fait, au Brésil, on appartient à un club depuis sa naissance. Sur les fiches de naissance remplies en souvenir par les parents à la maternité, on inscrit le poids, la taille, le signe astrologique mais aussi le club de football favori du bébé!

30 millions de supporters

Le reste de la vie est normalement une histoire d'amour sans infidélité. Car ici «retourner son maillot» est très mal accepté, voire une preuve de fourberie. Même lorsque son équipe est au plus mal, tout torcedor (fan) qui se respecte doit assister à tous les matches de sa formation. Ainsi, les supporters du Fluminense, traditionnellement un très grand club de Rio, tombé en troisième division cette année, ont été plus nombreux dans les gradins en 99 que lors des précédentes saisons.

Le Flamengo est l'autre club de cœur des habitants de la grande ville brésilienne mais aussi des Brésiliens en général. Il compterait près de 30 millions de supporters. Les plus fervents sont appelés les «doentes» (les malades). La Nation Rouge et Noire, comme elle est connue, est une véritable force. Les politiciens s'y sont déjà intéressés. Mais aujourd'hui, les dirigeants du club essayent de transformer le torcedor en consommateur. Ils viennent de lancer un fournisseur d'accès Internet et espèrent remporter un franc succès sur ce nouveau marché. Les habituelles ventes de maillot et autres dérivés étant déjà très au point, puisque la grande majorité des fans se promènent habillés aux couleurs de leurs clubs les jours de match.

La FIFA pensait donc capitaliser de par le monde ce formidable investissement affectif. Depuis plus de 10 ans, elle envisageait de créer un championnat mondial des clubs réunissant les meilleurs de chaque continent et une équipe du pays d'accueil. Elle a d'ailleurs investi 30 millions de dollars pour créer ce mondial qui aura lieu tous les deux ans. Les vainqueurs recevront 6 millions de dollars, tandis que les autres s'en partageront 22. «Ce Mondial des clubs va devenir le deuxième plus important tournoi, après la Coupe du monde», a annoncé Julio Mariz, président du comité d'organisation au Brésil. Un vœu qui semble encore largement pieux.