Richard et Luc sont tombés dans les bras. Sur les joues du premier, de la pluie certes mais aussi quelques larmes. Les nerfs craquent un peu. A cause du score (1 à 0) et du corps arbitral qui est allé chercher on ne sait où cinq minutes de temps additionnel. «C’est énorme, c’est énorme», chuchote Richard.

Un dernier regard sur le grand écran: Gelson Fernandes qui a inscrit le but victorieux de la Suisse, à genou sur la pelouse de Duban, lève les bras au ciel. «Vous vous rendez compte, battre l’archi-favori et à la régulière en plus. Ce que la Nati vient de faire est tout simplement historique, lâche Luc. Nous n’avions jamais battu la Roja en 18 matches et on se paie les champions d’Europe en titre en coupe du monde».

Tous deux qui travaillent dans une boîte informatique à Carouge ont rallié la Fan Zone de la Praille sur les coups de 17h, pour suivre la seconde mi-temps de cet Espagne-Suisse, en trichant cependant un peu sur leur horaire. Ils étaient environ 400 supporters helvètes et ibères à braver courageusement le crachin.

Les Suisses n’ont pas regretté le déplacement. Luc lance: «Je rentre chez moi, je prends ma voiture et je vais klaxonner en ville. Les Français ont fait ça en 1998 et 2002, les Italiens en 2006 et les Espagnols en 2008. A notre tour de nous éclater, nous ne sommes pas champions du monde mais c’est comme si.»

Patricio venu avec femme et enfants est dépité. Ce Madrilène qui réside à Genève depuis 20 ans avait pronostiqué un 3 à 1 pour les rouges et jaunes. Il avait déniché une vuvuzela rouge et blanche dans une station essence au prix de 4,90 F. Un coup de peinture jaune au milieu et la trompette est devenue espagnole. Si elle a beaucoup bourdonné en première mi-temps lorsque Andres Iniesta affolait la défense helvète, elle fut muette à compter de la 52ième minute. «Il nous reste deux matches, le Chili et le Honduras, se rassure-t-il. L’idéal maintenant serait une double qualification suisse et espagnole.»

La vingtaine de restaurateurs qui ont ouvert boutique devant le stade de Genève affichaient enfin une mine réjouie. Le chiffre d’affaire depuis l’ouverture de la Fan Zone vendredi dernier était pour le moins maigre par la faute d’une météo maussade et d’un spectacle sur les terrains plutôt pauvre. Le coup de tonnerre de Durban pourrait enfin lancer ce mondial.