DOPAGE

Sous la pression des joueurs de tennis, Petr Korda risque un an de suspension

La Fédération demande une suspension, suite au contrôle positif du Tchèque à la nandrolone

Aux Antipodes, il fait beau. La saison de tennis reprend gentiment son cours à Brisbane, Auckland ou Perth. Les résultats n'intéressent que peu les gazettes. Par contre, ce que l'on nomme déjà l'«affaire» Korda alimente toutes les discussions. Le 22 décembre 1998, le Tchèque, contrôlé positif à la nandrolone (un stéroïde anabolisant) en juillet dernier lors du tournoi de Wimbledon, a échappé à une suspension sportive. La commission d'appel de la Fédération internationale de tennis (FIT) – un organe indépendant de la FIT – a accepté les arguments du joueur selon lesquels il a pris ce produit à son insu. «L'appelant ne savait pas qu'il prenait (ou qu'on lui administrait) le produit en question, et il s'est comporté de façon raisonnable dans toutes les circonstances», précise le communiqué.

Depuis, un vent de fronde s'est levé parmi les joueurs. Et, sous la pression de ceux-ci, Brian Tobin, président de la Fédération internationale de tennis (FIT), a usé de son droit de recours et a annoncé jeudi à Perth, en marge de la Hopman Cup, qu'il allait faire appel dans un délai de dix jours devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) de Lausanne. La FIT demande une peine d'un an de suspension, comme le prévoit le règlement en cas de prise de nandrolone. Pour l'instant, Petr Korda a été privé des 199 points et des 94 529 dollars (130 000 francs suisses) gagnés à Wimbledon. Désormais, trois arbitres du TAS vont être nommés pour juger cette affaire et le verdict sera connu au plus tard dans quatre mois (durée maximale de la procédure d'appel).

Depuis le début, Petr Korda clame son innocence: «Je ne suis pas un tricheur et je ne chercherai jamais à obtenir un avantage sur mes adversaires par ces moyens.» Conscient du fardeau qu'il traîne désormais derrière lui, le joueur clame toujours son innocence, comme il l'a confié au quotidien français L'Equipe: «Je ne demande aucune pitié, mais je ne souhaite à personne de se retrouver un jour dans mes chaussures. J'ai désormais une marque noire dans le dos et je la porterai toute ma vie. Mais je vais continuer à me battre, à me battre, à me battre. Jusqu'au bout.»

Suspicion dans le milieu

Pourtant, la suspicion est très présente chez les joueurs. Les langues se délient. Le Néerlandais Richard Krajicek, actuellement à Sydney où il s'entraîne, avait été le premier à demander dès lundi à la FIT des explications sur le cas du Tchèque. L'ancien vainqueur de Wimbledon avait appelé les joueurs du circuit international à faire la même démarche auprès de la Fédération internationale: «C'est un problème sensible. Soit vous êtes contrôlés positif, soit vous ne l'êtes pas, et les gens veulent savoir exactement ce qui s'est passé.»

Jonas Bjorkman ne mâche pas ses mots: «Si vous trichez, vous devez être suspendus deux, trois, quatre ou cinq ans, peu importe, mais vous devez être sanctionnés. Les stéroïdes, vous les prenez ou pas. Il a joué son meilleur tennis jusqu'à Wimbledon et, après, c'était fini.» Byron Black s'est également exprimé: «Tout le monde est un peu surpris parce que dans les règlements les choses sont plutôt claires. On doit tous être traités de la même façon: pour ce genre de substance, quand vous êtes pris, c'est un an de suspension. Et la Fédération internationale aurait dû appliquer cette sanction.» La numéro un mondiale, l'Américaine Lindsay Davenport, est aussi de cet avis: la FIT a créé un «problème insoluble» en ne sanctionnant pas sportivement Korda.

La Fédération internationale a finalement réagi sous la pression de ses ouailles. Après les affaires de dopage qui ont secoué le monde sportif ces derniers mois, notamment au Tour de France, on aurait pu s'attendre à plus de célérité de la part des dirigeants du tennis mondial.

Publicité