Football

Le prince Ali, candidat des non-alignés

Derrière les deux favoris, le prince Ali de Jordanie poursuit sa campagne pour l’élection à la présidence de la FIFA. Avec un peu plus de transparence et un peu moins de chance d’être élu le 26 février

A quoi évalue-t-on la cote d’un candidat à la présidence de la FIFA? A sa disponibilité envers les médias, inversement proportionnelle à ses chances d’être élu le 26 février à Zurich. A deux semaines du vote, la campagne distingue clairement deux façons de faire. D’un côté, les deux poids lourds de l’élection, le cheikh Salman du Bahreïn, président de la Confédération asiatique de football (AFC), et l’Italo-Suisse Gianni Infantino, nouvel homme fort de l’Union européenne de football (UEFA). Eux sont quasiment inaccessibles et préfèrent aux micros tendus les discussions, pour ne pas dire les négociations, en tête-à-tête avec les votants.

De l’autre, le Français Jérôme Champagne, le Sud-Africain Tokyo Sexwale et le prince Ali de Jordanie multiplient les apparitions publiques et exposent leur programme comme si le vote allait se jouer sur des arguments. Jérôme Champagne est le plus abordable, il est le seul à avoir osé se rendre devant les députés européens le 27 janvier à Bruxelles. Il est aussi celui qui a le moins de chance d’être élu. A peine mieux placé dans les pronostics, Tokyo Sexwale se répand tout autant, principalement pour démentir la rumeur lancée par la Confédération africaine (CAF) de son retrait de la course. Reste le prince Ali, qui était jeudi l’invité du Club suisse de la Presse, à Genève.

Sans surprise, le frère cadet du roi Abdallah II de Jordanie se présente comme l’homme de la situation. Il est jeune (40 ans), instruit, trop riche pour être intéressé par l’argent, à la fois dans le système et hors système. Il n’a été élu au comité exécutif qu’en 2011, après l’attribution suspecte des coupes du monde 2018 et 2022 à la Russie et au Qatar. «J’ai été un des premiers à réclamer la publication complète du rapport Garcia. J’ai ensuite été un des premiers à démissionner du Comité exécutif.»

Le prince Ali était l’an dernier le seul rival de Sepp Blatter. Il est cette fois dans le rôle du troisième homme. Le Jordanien se pose en champion des non-alignés: si le cheikh Salman et Gianni Infantino (qu’il ne nommera jamais) discutent en coulisses, «à l’ancienne», pour obtenir l’adoubement des grandes confédérations (CAF et AFC pour l’un, UEFA et Conmmebol pour l’autre), lui s’y refuse. «Je ne suis pas un candidat qui tente d’utiliser des comités exécutifs ou des confédérations pour influencer le vote. C’est ce qui me différencie… D’autres choisissent de faire pression sur les régions et de diviser le monde.

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Peut-il gagner cette élection en étant «concret», «réaliste», «sans gimmicks ni slogans»? Dans une FIFA réformée, peut-être… Ali, qui se refuse à demander le soutien public de personnalités du football, fait soudain venir sur l’estrade Musa Bility. Le président de la fédération du Libéria, candidat invalidé par la commission électorale de la FIFA en novembre, revient dans la course en caution africaine. «Il n’est pas certain du tout que les fédérations africaines votent en bloc pour le cheikh Salman, affirme-t-il. On dit que Blatter a beaucoup fait pour l’Afrique; moi je ne l’ai pas souvent constaté. Le 26 février, on peut choisir de changer le système ou juste les noms. Le prince Ali est le seul choix si l’on veut changer le système.» «Les associations nationales ont besoin d’être aidées à devenir indépendantes, pas maintenues dans la dépendance, reprend Ali. Ce sont les 209 associations nationales qui possèdent la FIFA, pas l’inverse.»

Elu, le prince promet de publier immédiatement le rapport resté secret de l’enquêteur Michael Garcia sur les conditions d’attribution des Coupes du monde 2018 et 2022 («moi-même, j’étais au comité exécutif de la FIFA et je ne sais pas ce qu’il contient»). La Russie et le Qatar peuvent-ils commencer à trembler? Pas sûr. A la fin de la conférence de presse, une journaliste russe aborde le prince Ali: «Irez-vous le 17 février à la réunion organisée par le ministre russe des Sports Vitaly Mutko avec les candidats à la présidence de la FIFA?» Réponse de l’intéressé: «Je n’ai pas reçu d’invitation.»

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