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Image d’illustration: un cavalier et son cheval sur le circuit Coupe du Monde de saut d’obstacles de Göteborg, en Suède, le 25 février dernier.
© AFP PHOTO / TT News Agency / Adam IHSE / Sweden OUT

équitation

«Et là, le prince Philip me dit: faites-moi une proposition»

Alors rédacteur en chef du «Luzerner Tagblatt», Max Ammann a créé la Coupe du monde d’équitation en 1978. En négociant à Windsor avec le mari de la reine d’Angleterre

«Ma famille a toujours eu des chevaux. En 1945, mon père a commencé à participer à des concours d’attelage et je l’ai accompagné. C’est comme cela que je suis entré dans le milieu équestre. Je suis ensuite parti étudier à New York, où je suis devenu correspondant pour divers journaux alémaniques. Je couvrais l’ONU, la culture et la société.

Lire aussi: Ce que le sport moderne doit à la presse

»A mon retour en Suisse, en 1973, je suis devenu rédacteur en chef du Luzerner Tagblatt, qui n’était pas encore la NLZ, et j’ai couvert l’actualité hippique. Après un relatif désintérêt dans les années 1960, dû au fait que les grandes compétitions (JO 1964 à Tokyo, Championnats du monde 1966 à Buenos Aires, JO 1968 à Mexico) se déroulaient hors d’Europe, il y avait un regain d’intérêt. Les journalistes discutaient beaucoup de nouvelles compétitions. On voyait que cela bougeait en ski, en Formule 1, en tennis.

Beaucoup de mes collègues n’avaient pas de vision, ils étaient dans le présent, les résultats

Max Ammann, ancien directeur de la coupe du monde d’équitation

»A Genève, le Concours hippique avait encore lieu dans l’ancien Palais des expositions à Plainpalais. La presse logeait à l’Hôtel Aïda et avait son stamm au Restaurant 13 Etoiles. Avec François-Achille Roch, Monique Pieri, Anne Hirsch, Roger Félix, nous avons fondé l’Association des journalistes équestres, dont je suis devenu le président. L’année suivante, en 1977, s’est créé le Club des cavaliers et j’en ai été nommé secrétaire général.

»Je m’excuse de le dire, mais beaucoup de mes collègues n’avaient pas de vision, ils étaient dans le présent, les résultats. Moi, le vainqueur ne m’intéressait pas beaucoup. Je préférais essayer de comprendre pourquoi un concours avait du succès ou réfléchir à comment il était possible de développer notre sport. Ma double fonction de président de l’Association des journalistes et de secrétaire du Club des cavaliers m’a permis de faire avancer la réflexion. A Montréal, durant les JO de 1976, j’avais déjà exposé quelques idées devant la Commission de saut de la Fédération équestre internationale (FEI) et j’avais reçu un bon accueil.

Entrevue avec le prince Philip

»L’élément déclencheur a été fourni par les conditions de travail souvent catastrophiques auxquelles nous étions soumis. Aux Championnats d’Europe 1973 à Rome, il n’y avait pas de téléphone dans la salle de presse, ce qui nous obligeait à quitter la salle, sortir dans la rue, descendre Plaza di Spagna et faire la queue devant une cabine à la poste! L’année suivante, aux Championnats du monde à Hickstead, il fallait attendre dix heures avant de pouvoir taper un télex. Suite à ça, j’ai demandé une entrevue au président de la FEI, le prince Philip, l’époux de la reine d’Angleterre.

»Il me reçoit à Windsor, m’écoute avec attention et accepte nos revendications. Comme je le sens bien disposé, je me lance: «La FEI a-t-elle déjà pensé à créer une Coupe du monde d’équitation?» Je lui explique les grandes lignes, le modèle du ski ou de la F1, et il me dit: «D’accord, faites-moi une proposition.» Je suis reparti et je suis allé voir mes collègues et les cavaliers.

»L’idéal aurait été d’établir un calendrier très identifiable sur le modèle de la Formule 1, mais ça n’était pas possible pour de multiples raisons. Il y avait trop de conflits de dates, cela coûtait très cher et les chevaux ne sont pas des voitures qu’on déplace à sa guise. La seule solution résidait dans un système de ligues. Nous avons débuté à l’automne 1978 avec une ligue européenne avec neuf étapes indoors et une ligue nord-américaine avec sept dates. Mais qui dit «ligues» dit «finale». J’ai regardé le calendrier et deux concours s’y prêtaient bien: le vieux Genève, présidé par Yves Piaget, et le jeune Göteborg, soutenu par Volvo.

Repas chez le président de Volvo

»Je préférais Genève. Je suis allé déjeuner avec Yves Piaget au Schweizerhof et je lui ai demandé deux choses: est-ce que Genève est intéressé? Est-ce que Piaget est intéressé? Il ne m’a donné qu’un seul oui. Par un copain de la télé suédoise, j’ai contacté le directeur du concours de Göteborg, qui était aussi le président de Volvo. Il m’invite à Stockholm et me reçoit, chez lui, avec son épouse. Nous avons mangé, bu un cognac et il m’a tendu la main en me disant: «It’s a deal!» Pour 480 000 francs, l’affaire était entendue.

»Je suis donc retourné à Windsor exposer mon projet. Le prince Philip, qui était un bon président pour la FEI, très actif, m’a dit: «C’est accord, mais c’est vous qui vous en occupez. Quel titre voulez-vous?» Je lui ai répondu: directeur. J’ai quitté le journalisme. Volvo est resté sponsor de la Coupe du monde durant dix ans et moi directeur durant vingt-cinq ans.»

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