Ligue 1

Le printemps du football français

Des clubs performants, des entraîneurs inspirants, des stars de retour et des jeunes de talent: le championnat de France vaut bien mieux que sa sinistre réputation

Le football français n’est pas encore remis de l’exploit monumental du Paris Saint-Germain contre le FC Barcelone (victoire 4-0) qu’il en redemande déjà. Mardi, toujours en huitième de finale aller de la Ligue des Champions, l’AS Monaco, meilleure attaque d’Europe, défie le Manchester City de Pep Guardiola.

En début de saison, personne n’aurait misé un jeton de casino sur les chances des Monégasques. Mais cette équipe, portée par un entraîneur dont plus personne ne se moque et des jeunes joueurs qui affolent les recruteurs d’Europe, s’est révélée à elle-même, au point de compter trois points d’avance sur le PSG en championnat et de faire douter City.

Comme l’AS Monaco, la Ligue n’a cessé ces derniers mois de prendre une ampleur dont on ne la croyait pas capable. Longtemps catalogué morne, stérile et défensif, le championnat de France est en pleine métamorphose et vaut déjà bien mieux que sa triste réputation. La preuve en cinq points.

1. Des entraîneurs de caractère

Marcelo Bielsa est le plus fascinant des entraîneurs actuels et il revient en France. A Lille, le 1er juillet, deux ans après avoir quitté l’OM. Il y retrouvera trois des meilleurs entraîneurs européens actuels, le Portugais Leonardo Jardim (Monaco), l’Espagnol Unai Emery (PSG) et le Suisse Lucien Favre (Nice). Des étrangers, enfin (on peut ajouter le Portugais Sergio Conceição à Nantes), dans un pays qui a longtemps privilégié le réflexe corporatiste à la volonté de se confronter à d’autres footballs. La Ligue 1 compte également des entraîneurs français de qualité, comme Rudy Garcia (OM), Christian Gourcuff (Rennes), Jocelyn Gourvennec (Bordeaux). Encouragés par la Ligue (qui souhaite vendre un spectacle plus attrayant) et la Direction technique nationale, ils promeuvent un jeu offensif et rompent enfin avec l’héritage (bloc-équipe, puissance, vitesse) des Bleus champions du monde en 1998. Il était temps!

2. Des résultats encourageants

Septième à l’indice UEFA en 2015, la Ligue 1 a depuis dépassé la Russie et le Portugal et fait à nouveau partie des cinq meilleurs championnats européens. Elle vient de placer deux clubs en huitièmes de finale de Ligue des Champions, le PSG et Monaco (qui avait échoué en barrage l’an dernier) et a qualifié ses trois clubs pour la phase de poule pour la première fois depuis quatre ans. Le football français brille également avec l’équipe nationale, en finale d’une grande compétition (l’Euro 2016) pour la première fois depuis dix ans. Antoine Griezmann a été élu meilleur buteur et meilleur joueur de l’Euro 2016 et s’est classé troisième du Ballon d’or. Paul Pogba est le joueur le plus cher du monde (110 millions de francs).

3. Des nouveaux moyens financiers

En France, le modèle traditionnel de l’industriel local président cède la place à l’actionnariat étranger. Outre le PSG (propriété du fond qatari QSI) et Monaco (le milliardaire russe Dimitri Rybolovlev), Nice a été acquis l’an dernier par des fonds chinois et américains, l’OM racheté cet été par l’Américain Frank McCourt et Lille vient d’être cédé au Luxembourgeois Gérard Lopez. Lyon a également ouvert son capital à des Chinois.

La France avait raté le virage de la Coupe du monde 1998 en n’investissant pas suffisamment pour rénover ses stades (600 millions d’euros, dont 400 pour le seul Stade de France). L’Euro 2016 (1,8 milliard d’euros d’investissements) va enfin permettre au football français de rattraper son retard. On trouve des enceintes modernes et confortables, susceptibles de générer de nouvelles recettes, à Paris, Lille, Nice, Bordeaux. Le nouveau Vélodrome est l’un des stades les plus impressionnants d’Europe et celui de Lyon l’un des plus connectés.

La Ligue a également investi pour de meilleures pelouses et de meilleures images TV. Objectif: améliorer le produit pour augmenter sa valeur marchande. Les recettes de sponsoring, de droits TV (+23%) et de billetterie (+160 millions d’euros) sont toutes en hausse.

4. Des stars de retour

Première conséquence de ces nouveaux moyens financiers: les clubs français ont dépensé comme jamais durant le mercato d’hiver. Plus de 150 millions de francs, quatre fois plus que la saison précédente! Seule la Premier League a dépensé plus d’argent. Plus significatif encore: les clubs français n’ont pas eu besoin cette fois de vendre pour acheter. Le solde de la balance commerciale est largement déficitaire (-113 millions d'euros) et tout le monde s’en félicite!

L’autre grande nouveauté, c’est que cet argent a servi à engager de grands joueurs: le champion du monde allemand Julian Draxler a rejoint le PSG, la star de l’équipe de France Dimitri Payet est retournée à l’OM. Ils rejoignent Mario Balotelli (Nice) et Radamel Falcao (Monaco). Pour rejoindre le championnat de France, des joueurs ont quitté le Real Madrid (Jesé), la Juventus (Patrice Evra), Manchester United (Memphis Depay).

5. Des jeunes de talent

La véritable richesse du championnat de France reste ses jeunes talents. Chaque été, les plus prometteurs s’en vont en Allemagne ou en Angleterre et chaque hiver, d’autres émergent. Anthony Martial (MU), Ousmane Dembélé (Dortmund) et Samuel Umtiti (Barça) sont partis? Qu’importe: toute l’Europe s’arrache déjà Kylian Mbappé ou Thomas Lemar (Monaco), Alexandre Lacazette et Nabil Fékir (Lyon), Maxime Lopez (OM). Sans compter tous ceux que Lucien Favre, Unai Emery ou Marcelo Bielsa feront prochainement émerger.

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