«Notre plus grand désir consiste à lutter contre toute forme de dopage. Mais pour que ce combat demeure crédible, les tests doivent absolument être fiables. Or, celui dont il est question repose sur des probabilités et fait l'objet d'une interprétation au terme d'un processus complexe.» Alors que son équipe Phonak est prise dans les tourbillons du soupçon, le patron Andy Rihs maintient le cap. Le fait que trois de ses principaux coureurs aient subi un contrôle positif depuis le mois de juillet ne semble pas trop le chiffonner. Son seul souci: dénicher, via une cellule d'experts scientifiques, un vice de forme dans la méthode de détection dont ont été «victimes» ses protégés.

Des médecins personnels

Le cas d'Oscar Camenzind, contrôlé positif à l'EPO peu avant les Jeux d'Athènes, ne porte pas directement à conséquence: le Schwyzois a avoué sa faute avant d'annoncer sa retraite, dédouanant les membres et l'entourage de la formation helvétique. Les deux suivants, plus encombrants, laissent planer un doute sur un éventuel dopage organisé au sein du team. Accusés de transfusion sanguine illicite, Tyler Hamilton et Santiago Perez clament leur innocence. Le champion olympique américain, qui a pu conserver sa médaille d'or suite à une erreur de réfrigération de son échantillon athénien, a subi un second contrôle le 11 septembre dernier lors de la Vuelta. Positif. Quant à l'Espagnol, fringant deuxième de cette même Vuelta avec trois victoires d'étape à la clé, il a été retenu dans les mailles du filet le 5 octobre à Aigle.

Après avoir pris la précaution de préciser que les deux coureurs étaient suivis par un médecin personnel et extérieur à leur structure, les responsables de Phonak ont réaffirmé hier leur volonté de prouver l'innocence de leurs coureurs. Ou plutôt, nuance de taille, les éventuelles failles de la méthode de détection utilisée. Cinq chercheurs – trois Américains et deux Suisses dont l'identité n'a pas été dévoilée – ont ainsi été mandatés afin de trouver la bulle susceptible de sauver les apparences et d'éviter une suspension aux deux leaders de l'équipe. «J'ignore qui sont les chercheurs qui ont accepté de collaborer, mais je sais que beaucoup de scientifiques contactés ont refusé», lâche Martial Saugy, directeur du Laboratoire suisse d'analyse du dopage, qui a contribué à rendre valide la méthode en question.

En s'appuyant sur le travail d'un groupe de chercheurs australiens, le laboratoire lausannois a mis sur pied, d'après des données utilisées dans le domaine des transplantations, des standards utilisables dans la lutte antidopage. «Nous avons pleine confiance en cette méthode, affirme Frédéric Donzé, porte-parole de l'Agence mondiale antidopage (AMA). Les critères de validation sont de plus en plus sévères. Des panels d'experts et plusieurs laboratoires ont effectué et reproduit ces tests avant d'en confirmer la validité. Les scientifiques sont unanimes.» Ce qui n'empêche pas Urs Freuler, manager de Phonak, d'émettre de sérieux doutes: «Je reste persuadé qu'il y a quelque chose qui ne fonctionne pas bien dans ces tests…»

«Nous sommes habitués à ce genre de riposte de la part des équipes, poursuit Martial Saugy. Cette méthode se base sur des principes scientifiques et cliniques avérés. Et toutes les précautions juridiques ont été prises pour qu'elle puisse tenir la route, le cas échéant, devant un tribunal.» Un cas qui ne manquera sans doute pas d'échoir…